• Y a-t-il encore des censures aujourd'hui ?

     

    Quand nous pensons au mot censure, nous imaginons immédiatement une œuvre interdite, mutilée ou même détruite. Cela semble appartenir au passé, l'histoire de religieux aigris interdisant toutes sortes de livres... Mais est-ce que les censures ont vraiment disparu aujourd'hui ? C'est la question que nous avons essayer de traiter dans ce travail.

    Pour commencer, définissons ce qu'est la censure :

    • Censure : examen d'une autorité décidant de ce qui peut être publié et diffusé (livres, journaux, films... )
    • et Autocensure : censure préventive effectuée par un auteur sur ses propres œuvres.

     

     

    1. En quoi consiste la censure dans Le Nom de la Rose ?

     

     

    C'est le frère Jorge de Burgos, aveugle, qui exerce sa censure sur le second livre de la Poétique d'Aristote. Ce livre est considéré comme dangereux car il étudie la comédie. Or Jorge est un moine qui condamne le rire, contrairement aux autres moines bénédictins qui, eux, rient spontanément dans le film notamment lors de la scène où une souris se balade dans le scriptorium. Pour Jorge, le rire est un « souffle diabolique » et « fait ressembler l'homme au singe », « Le Christ n'a jamais ri », le rire tue la peur et sans cette peur, l’autorité de l’Église et de la religion est en danger.

     

     

    Jorge a le droit de pratiquer cette censure et de décréter que tel ou tel ouvrage est un livre interdit, une hérésie, un écrit dangereux pour l’Église, dans la mesure où il est le bibliothécaire de l'abbaye. Il a tous les droits concernant les livres de la bibliothèque dont il est responsable, et il peut donc les censurer s'il les trouve dangereux ou inappropriés pour la religion.

    Nous pensons que l'Église a pu instaurer un tel niveau de censure parce que seuls les gens d'Église étaient lettrés et que les œuvres se diffusaient très lentement : la population ne savait pas ou peu lire. Les copies étaient alors très rares et précieuses, et donc faciles à mettre hors de portée ou à détruire.

     

     

    2. Les causes et les conséquences de la censure au cours de l'histoire

     

    La censure existe depuis l’antiquité et prend plusieurs formes au fil des siècles.

    Pendant l’antiquité, sa forme est répressive et non préventive : certains auteurs sont condamnés à l'exil ou à la mort ; les ouvrages de Protagoras, un penseur du Ve siècle avant JC, furent brûlés car il émettait des doutes sur l'existence de la divinité.

     

     

    Ce fut avec l'avènement de l'empereur Constantin que s'instaura la censure religieuse. Il fit par exemple disparaître les écrits d'Arius, un théologien libyen. La censure se poursuivit avec violence avec l'arrivée de l'empereur Théodose Ier : de nombreux ouvrages furent brûlés, car considérés comme hérétiques (contraires à la religion d’État, qui était le christianisme).

     

    La censure préventive est inaugurée surtout avec l'apparition de l'imprimerie. La diffusion rapide de textes hérétiques faisait peur à l’Église, qui devait réagir. C'est à ce moment-là que l'Inquisition fait son apparition et limite le droit à la liberté de pensée, car l’Église soumit les imprimeurs à l'obligation de transmettre les ouvrages au clergé avant des les imprimer sur papier.

    De plus, l’Église mit en place de nombreux tribunaux permettant de punir les crimes d'hérésie. Cette censure sévère s'est appliquée pendant plus de cinq cents ans, dans toute l'Europe, et a inspiré une grande terreur parmi la population.

     

    Les pays européens, effrayés par la réforme protestante, continuèrent à appliquer la censure pour tenter d'enrayer la diffusion du protestantisme. François Ier interdit l'impression d'ouvrages et leur diffusion sans l'examen et l'autorisation préalable de l'Université de théologie : ils devaient obtenir ce qu'on appelait l'imprimatur. S'ils étaient contraires à la religion, ils étaient au contraire mis à l'Index (abréviation pour Index librorum prohibitorum : liste des livres interdits).

     

     

     

    Durant le XVe siècle, le théâtre est libre. Cependant, durant le XVIIe siècle, le roi chargeait son procureur de surveiller les différentes pièces et d'interdire celles qui pourraient choquer le roi ou le clergé. C'est ainsi que de nombreuses pièces, notamment le Tartuffe de Molière, sont censurées.

    Ce contrôle s'exerce d'autant plus dans le domaine des idées. En 1752, l’Encyclopédie écrite par Diderot et d’Alembert est censurée car son contenu politique et philosophique est contesté. De manière plus générale, beaucoup de philosophes des Lumières, au XVIIIe siècle, ont dû chercher des moyens de contourner la censure.

     

      Napoléon Bonaparte, en 1802, contrôle la presse par des mesures préventives. Les journaux qui ne respectent pas ce décret peuvent être censurés, interdits. Durant tout le XIXe siècle, la censure s'exerce dans de nombreux domaines, au gré des régimes politiques successifs. Ses victimes lui donnent un surnom, Anastasie, et la représentent avec les grands ciseaux dont elle use pour limiter la liberté d'expression.  

     

     

     

     

    Durant la première Guerre Mondiale, la censure préventive est largement utilisée : elle entre en vigueur le 4 août 1914. On ne veut surtout pas que les femmes de soldats sachent les conditions de vie de l'armée et que la population perde le moral, et donc qu'on perde la guerre. Le courrier sera donc lu par les autorités et censuré en cas de nécessité. Le 12 octobre 1919, un an après la fin de la guerre, la censure est levée.

     

     

     

    On retrouve cette censure dans tous les régimes totalitaires du XXe siècle, nazis, fascistes et communistes : sous forme d'autodafés, de falsifications photographiques, etc, mais aussi et surtout d'élimination de tous les opposants (camps de concentration, goulag), elle accompagne la propagande et permet de manipuler les populations.

     

     

    3. La censure de nos jours

    Aujourd'hui, dans notre pays, la censure est beaucoup moins répressive ; elle est donc très peu visible, ce qui peut amener à croire qu'elle est inexistante. Or elle est bel est bien présente en France, mais essentiellement sous une forme préventive, pour protéger les différents types de citoyens. Elle empêche par exemple l'expression de propos incitant à la haine, comme par exemple des propos racistes, homophobes, misogynes…

    Notre société actuelle censure surtout certains sujets sensibles, qui heurtent la sensibilité du public comme la violence (verbale, physique, psychologique), le sexe, la nudité, etc. On s'en rend compte au cinéma avec les limitations ou interdictions de diffusion en-dessous d'un certain âge :

    En France, les lois Hadopi et Loppsi interviennent dans le filtrage d'internet, mais ont suscité de vives réactions. Un spécialiste des médias, Fabrice Epelboin, les a dénoncées en détournant des affiches de propagande nazies ou américaines, pour alerter avec ironie sur les restrictions qu'elles imposent aux libertés individuelles :

     

     

    On parle ici de la censure exercée par le domaine public sur les médias dits traditionnels. Mais le type de censure est très différent selon le pays qui choisit un certain degré de répression.

     

    La liberté de la presse dans le monde

    Classement mondial de la liberté de la presse, 2016 - Document de Reporters sans frontières
    Cliquer sur l'image pour accéder au dossier complet et aux données numériques

     

    Nous pouvons remarquer grâce aux données collectées pour 2016 par Reporters sans frontières qu'en matière de liberté de la presse, la France est classée au 45e rang, tandis que la Corée du nord, qui est actuellement un régime totalitaire, est le 179e et avant-dernier pays de la liste : la censure est délibérément choisie par le régime politique.

     

    La censure internet, ou cyber-censure


    Carte mondiale de la cyber-censure, 2010-2011 - Document de Reporters sans frontières



     

    La censure de l'internet désigne les limitations de l'information disponible par l'intermédiaire de ce réseau, pratiqué en général au niveau des États, et à l'encontre des droits de l'Homme.

    En effet, bien que la Déclaration universelle des droits de l'homme fasse de l'accès à l'information un droit indéniable (article 19), certains États semblent, comme pour d'autres médias, vouloir réguler Internet. Dans certains cas, certaines associations, comme Reporters sans frontières, accusent ces États de censure. Entre 1999 et 2004, cette association s'est même fait l'écho d'une augmentation spectaculaire du filtrage.

     


    Quelques exemples, empruntés au site de Reporters sans frontières

    L’Érythrée a le plus grand nombre de journalistes en prison de toute l’Afrique. Aucune de ces détentions n’a fini au tribunal, et la crainte de l’arrestation a forcé des douzaines de journalistes à s’exiler. Les exilés essaient de fournir un accès aux sites web en ligne indépendants et aux émissions de radio, mais les possibilités sont limitées, en raison du brouillage des signaux et du contrôle étroit en ligne exercé par l’unique compagnie de télécommunications étatique, EriTel.

     

    Un Érythréen passe devant le bureau du seul et unique fournisseur d’accès à Internet à Asmara. Le gouvernement contrôle l’Internet et tous les médias en Érythrée, ce qui crée un climat restrictif pour la presse.

     

    Le 14 mai 2008, Man Patanottai, ministre thaïlandais de l'Information et de la Communication, a affirmé qu'il valait mieux supprimer les informations diffusées par certains sites Internet plutôt que de lancer des poursuites judiciaires à leur encontre. Un numéro de téléphone a également été mis en place pour permettre aux internautes de signaler tout site coupable de crime de « lèse-majesté », le 1111.

     

    Cinq sites Internet ont été arbitrairement fermés par les autorités italiennes suite à la plainte pour "blasphème" du quotidien du Vatican L'Osservatore Romano. La page d'accueil des sites www.bestemmie.com et www.porcamadonna.com a été remplacée par le message suivant : "Site saisi par le commandement des unités spéciales de la garde des finances de Rome sur décret du procureur de la République de Rome".

     

    En mai 2008, au moins quatorze sites Internet défendant la cause féministe ont été bloqués par les autorités iraniennes. Ils soutenaient tous la campagne « Un million de signatures pour obtenir la modification des lois discriminatoires envers les femmes » lancée en 2005 par un groupe de «cyberféministes» . 

     

     

    La Chine

    La Chine est un pays asiatique sous régime communiste. La politique de répression est très dure, et la censure très importante. Les critiques du régime ou les mouvements contestataires ne sont pas du tout tolérés. La liberté d'expression est bridée dans tous les médias (radios, art, littérature). L'état impose un contrôle impitoyable sur ceux-ci, et en particulier sur internet, qui est un média moderne et très libre. Le gouvernement chinois a passé un accord avec l'entreprise Google pour censurer certaines recherches, et il y a des mots interdits pour le blog. La population est victime de désinformation et elle est sévèrement punie si elle pense différemment de l'autorité. Les sanctions sont très graves et ne respectent pas les droits de l'homme.

    On peut prendre l'exemple de bullog.cn qui est un site où l'on pouvait discuter de politique. Il a été fermé pour cause de « pornographie ». On peut clairement observer la surveillance impitoyable de l'état sur sa population.

     

     

    La censure a existé et existera toujours dans tous les domaines d'expression des idées et de transmission de l'information.

    Il en existe plusieurs usages : la censure préventive et la censure répressive. En effet dans de nombreux pays, la plupart développés, cette censure est utilisée en principe pour protéger les citoyens, mais dans certains pays (Érythrée, Corée du nord, Chine) elle est utilisée pour contrôler le peuple, à des fins idéologiques.

    Actuellement, son utilisation suscite des discussions en France dans le cadre de la lutte antiterroriste : où finit la protection nécessaire et où commence la restriction insupportable des libertés individuelles ?

     


    Natacha C., Chloé B., Lucia V., 201.