• Thésée et Sinis

                 

     

    Sinis est un brigand nuisible aux voyageurs, dont les méthodes sont assez sombres et impitoyables. Fils de Polypémon, il était surnommé « Pityocamptes », ce qui signifie « qui courbe les pins », et il sévissait dans la région de l’isthme entre Corinthe et le golfe Saronique, dans les recoins reculés de la forêt. Avec sa force herculéenne, il pouvait courber les pins jusqu’à ce que ces derniers touchent le sol. Ensuite, il demandait de l’aide aux différentes personnes qui s’aventuraient sur ses terres. Lorsque l’innocent voyageur aidait le brigand à soutenir l'arbre, Sinis brusquement  relâchait la pression et le corps du malheureux se retrouvait propulsé dans les cieux ou se fracassait contre le sol. Sinis pouvait aussi écarteler ses victimes en rapprochant deux pins et en attachant les deux extrémités de sa victime à ces derniers, puis en relâchant les deux arbres qui s'écartaient violemment. L’écartèlement est l’un des moyens les plus fréquemment utilisés par ces brigands.

    Thésée vengea tous ces malheureux en faisant subir le même sort à leur bourreau. Comme les autres actions de Thésée, celle-ci témoigne d'une force surhumaine, qui surpasse celle du commun des mortels.

    Dans certaines versions, en particulier celle de Plutarque, Sinis aurait eu une fille nommé Périgouné, qui s’était enfuie au cœur de la forêt. Mais quand elle vit le meurtrier de son père, elle tomba sous son charme, lui pardonna ses actes et se donna à lui. Elle eut par la suite un fils, Mélanippe ; puis Thésée la donna en mariage à Déionée.

     

     

     

    Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Thésée, 10  (début du IIe s. apr. JC)

    Dans la Vie de Thésée, Plutarque reprend la chronologie des travaux de Thésée fixée par Diodore, en racontant l'épisode de Sinis, situé à Corinthe, entre celui de Périphétès et celui de Sciron. Son exploit est donc le deuxième. En rapportant l’histoire de la fille de Sinis, le moraliste insiste sur l'importance de la raison (ou de l'amour) qui peut primer sur les liens familiaux : Périgouné pardonne au meurtrier en reconnaissant les actes impardonnables de son père et le charme de son meurtrier, et c’est cette morale-là qui est mise en avant.

     

    Ἐν δ´ Ἰσθμῷ Σίνιν τὸν πιτυοκάμπτην, ᾧ τρόπῳ πολλοὺς ἀνῄρει, τούτῳ διέφθειρεν, αὐτὸς οὐ μεμελετηκὼς οὐδ´ εἰθισμένος, ἐπιδείξας δὲ τὴν ἀρετὴν ὅτι καὶ τέχνης περίεστι καὶ μελέτης ἁπάσης. ἦν δὲ τῷ Σίνιδι καλλίστη καὶ μεγίστη θυγάτηρ ὄνομα Περιγούνη. (4) ταύτην τοῦ πατρὸς ἀνῃρημένου φυγοῦσαν ἐζήτει περιιὼν ὁ Θησεύς. ἡ δ´ εἰς τόπον ἀπελθοῦσα λόχμην ἔχοντα πολλὴν στοιβήν τε πλείστην καὶ ἀσφάραγον, ἀκάκως πάνυ καὶ παιδικῶς ὥσπερ αἰσθανομένων δεομένη προσεύχετο μεθ´ ὅρκων, ἂν σώσωσιν αὐτὴν καὶ ἀποκρύψωσι, μηδέποτε λυμανεῖσθαι μηδὲ καύσειν. ἀνακαλουμένου δὲ τοῦ Θησέως καὶ πίστιν διδόντος ὡς ἐπιμελήσεται καλῶς αὐτῆς καὶ οὐδὲν ἀδικήσει, προῆλθε, καὶ τῷ μὲν Θησεῖ συγγενομένη Μελάνιππον ἔτεκε.

    De là étant passé à l'isthme de Corinthe, il fit périr Sinis par le même supplice que ce brigand faisait souffrir aux passants ; non que Thésée eût jamais appris ou exercé de pareilles cruautés, mais il voulait montrer que la vertu est toujours supérieure à l'art même le plus exercé. Sinis avait une fille grande et belle, nommée Périgouné,qui, voyant son père mort, avait pris la fuite. Thésée la cherchait de tous côtés dans un bois épais, rempli d'épines et d'asperges sauvages, où elle s'était jetée. Elle adressait la parole à ces plantes avec une simplicité d'enfant, comme si elles eussent pu l'entendre ; et, les conjurant de la dérober à la vue de Thésée, elle leur promettait avec serment, si elles lui sauvaient la vie, de ne jamais les couper ni les brûler. Cependant Thésée l'appelait à haute voix, et lui donnait sa parole qu'il ne lui ferait aucun mal, et qu'il la traiterait bien. Rassurée par ses promesses, elle sortit du bois et alla le trouver. Thésée eut d'elle un fils qu'il nomma Mélanippe.

     

     

     

    Thésée et Sinis
    Kylix attique à figures rouges
    490-480 av.JC
    Munich Staatliche Antikensammlung

     

     

     

     

    Le fond plat de cette kylix à boire du vin est occupé par la représentation en tondo du combat entre Thésée et Sinis, le plieur de pins qui cette fois échoue à utiliser son arme face à la force du héros. On peut supposer qu’il a tenté de catapulter Thésée comme il le faisait d'habitude, mais cette fois son adversaire a attrapé la branche et se prépare à y attacher Sinis, pour lui faire subir le même sort : il le tient par l’avant-bras. Sinis lutte en essayant d’assommer son adversaire pour qu’il relâche la pression : il s’apprête à lui lancer une pierre. Le pin a les branches recourbées et souples, ce qui peut rappeler le nombre de victimes qu'a provoquées cette arme : mais maintenant, c'est la dernière fois.

     

     

     

    Thésée et Sinis
    Kylix attique à figures rouges
    440-430 av.JC
    British Museum

     

     

     

     

     

     


    Yann A., 206