• Thésée et Sciron

                 

     

    Sciron est un brigand au statut particulier, puisqu'il est le roi de Mégare. Fils de Poséidon (ou de Pélops ou encore de Pylas selon les versions), il passait ses journées sur les falaises de la Mégaride, dont il fit son repère au bord de la mer. Il exigeait de tous les passants de lui laver ses pieds, en abusant de son pouvoir royal ou plutôt par un caprice que lui autorisait cette fonction. Mais lorsque ces pauvres gens commençaient leur besogne, il les frappait d’un violent coup de pied et les faisait tomber du haut de la falaise. La souffrance de ces êtres ne s’arrêtait d'ailleurs pas là : au pied de la falaise se trouvait une tortue géante, assoiffée de sang humain, qui guettait le moment où Sciron lui servirait son repas.

    Alors Thésée, faisant semblant de se plier au désir royal, se pencha vers les pieds du brigand puis il attrapa ses chevilles, le fit basculer, et envoya à la mer ce roi tyrannique, qui fut le dernier à nourrir cette gigantesque tortue. Une nouvelle fois, cette action souligne les qualités de Thésée et plus particulièrement celles qui vont lui permettre de devenir roi : il est rusé et courageux, ce qui en fait un héros, mais il est aussi pieux, à l’image d'Egée. Il a donc toutes les qualités pour faire prospérer Athènes en prolongeant le règne de son père.

     

     

    Pseudo-Apollodore, Epitome, I, 1, 2 (IIe s. apr. JC)

    L'Epitome du Vatican est le résumé de la Bibliothèque d'Apollodore, mais est lui-même fragmentaire. Il commence par le troisième travail de Thésée, ce qui nous permet de compléter le trajet de Thésée à Athènes qui figurait dans l'original aujourd'hui perdu. La rencontre de Thésée et Sciron est le quatrième travail du héros.

     

    τέταρτον ἔκτεινε Σκείρωνα τὸν Κορίνθιον τοῦ Πέλοπος, ὡς δὲ ἔνιοι Ποσειδῶνος. οὗτος ἐν τῇ Μεγαρικῇ κατέχων τὰς ἀφ' ἑαυτοῦ κληθείσας πέτρας Σκειρωνίδας, ἠνάγκαζε τοὺς παριόντας νίζειν αὐτοῦ τοὺς πόδας, καὶ νίζοντας εἰς τὸν βυθὸν αὐτοὺς ἔρριπτε βορὰν ὑπερμεγέθει χελώνῃ. Θησεὺς δὲ ἁρπάσας αὐτὸν τῶν ποδῶν ἔρριψεν.

    Puis il tua Sciron, le Corinthien, fils de Pélops, ou peut-être de Poséidon. Sciron habitait sur le territoire de la Mégaride, et contrôlait ce promontoire rocheux, qui, de son nom, fut appelé roche scironienne. Tous ceux qui passaient par là, Sciron les contraignait à lui laver les pieds ; dès qu'ils avaient fini de les lui laver, il les jetait dans la mer où une gigantesque tortue les dévorait. Mais Thésée l'attrapa par les pieds et le précipita dans la mer.

     

     

    Plutarque, Vies des hommes illustres, Vie de Thésée, 10  (début du IIe s. apr. JC)

    Après le récit de la rencontre entre Thésée et Sinis, Plutarque poursuit sa narration avec l'épisode de Sciron.

     

    Σκείρωνα δὲ πρὸ τῆς Μεγαρικῆς ἀνεῖλε ῥίψας κατὰ τῶν πετρῶν, ὡς μὲν ὁ πολὺς λόγος λῃστεύοντα τοὺς παριόντας, ὡς δ´ ἔνιοι λέγουσιν ὕβρει καὶ τρυφῇ προτείνοντα τὼ πόδε τοῖς ξένοις καὶ κελεύοντα νίπτειν, εἶτα λακτίζοντα καὶ ἀπωθοῦντα νίπτοντας εἰς τὴν θάλασσαν. οἱ δὲ Μεγαρόθεν συγγραφεῖς ὁμόσε τῇ φήμῃ βαδίζοντες καὶ "τῷ πολλῷ χρόνῳ", κατὰ Σιμωνίδην, "πολεμοῦντες", οὔθ´ ὑβριστὴν οὔτε λῃστὴν γεγονέναι τὸν Σκείρωνά φασιν, ἀλλὰ λῃστῶν μὲν κολαστήν, ἀγαθῶν δὲ καὶ δικαίων οἰκεῖον ἀνδρῶν καὶ φίλον. Αἰακόν τε γὰρ Ἑλλήνων ὁσιώτατον νομίζεσθαι, καὶ Κυχρέα τιμὰς θεῶν ἔχειν Ἀθήνησι τὸν Σαλαμίνιον, τὴν δὲ Πηλέως καὶ Τελαμῶνος ἀρετὴν ὑπ´ οὐδενὸς ἀγνοεῖσθαι· Σκείρωνα τοίνυν Κυχρέως μὲν γενέσθαι γαμβρόν, Αἰακοῦ δὲ πενθερόν, Πηλέως δὲ καὶ Τελαμῶνος πάππον, ἐξ Ἐνδηίδος γεγονότων τῆς Σκείρωνος καὶ Χαρικλοῦς θυγατρός· οὔκουν εἰκὸς εἶναι τῷ κακίστῳ τοὺς ἀρίστους εἰς κοινωνίαν γένους ἐλθεῖν, τὰ μέγιστα καὶ τιμιώτατα λαμβάνοντας καὶ διδόντας. ἀλλὰ Θησέα φασὶν οὐχ ὅτε τὸ πρῶτον ἐβάδιζεν εἰς Ἀθήνας, ἀλλ´ ὕστερον Ἐλευσῖνά τε λαβεῖν Μεγαρέων ἐχόντων, παρακρουσάμενον Διοκλέα τὸν ἄρχοντα, καὶ Σκείρωνα ἀποκτεῖναι. ταῦτα μὲν οὖν ἔχει τοιαύτας ἀντιλογίας.

    Sur les confins de Mégare, il donna la mort à Sciron en le précipitant du haut d'un rocher dans la mer. Suivant l'opinion la plus reçue, ce brigand pillait les étrangers ; selon d'autres, il portait l'orgueil et l'insolence jusqu'à les forcer à lui laver les pieds ; et pendant qu'ils le faisaient, il les poussait d'un coup de pied dans les flots. Les historiens de Mégare s'élèvent contre cette tradition ; et, attaquant, selon l'expression de Simonide, la longue autorité des temps, ils disent que Sciron ne fut ni un brigand ni un scélérat ; qu'il avait, au contraire, déclaré la guerre aux méchants ; et se montrait le protecteur et l'ami des hommes justes et vertueux. Éaque, ajoutent-ils, passe pour l'homme le plus saint de la Grèce; Cychréos de Salamine reçoit à Athènes les honneurs divins; la vertu de Pélée et de Télamon n'est ignorée de personne. Or Sciron fut gendre de Cychréos, beau-père d'Éaque et grand-père de Pélée et de Télamon, nés tous d'Endéis, fille de Sciron et de Chariclo. Est-il vraisemblable que les personnages les plus vertueux se soient alliés au plus méchant des hommes ; qu'ils aient voulu lui donner et recevoir de lui ce que les hommes ont de plus cher et de plus précieux ? Ces mêmes historiens disent encore que Thésée ne tua pas Sciron à son premier voyage d'Athènes, mais longtemps après, lorsqu'il s'empara d'Éleusis, occupée alors par les Mégariens, et qu'il en chassa Dioclès, qui y commandait. Telles sont sur ce fait les contradictions des historiens.

     

     

     

     

    Thésée et Sciron
    Kylix attique à figures rouges
    440-430 av.JC
    British Museum

     

     

     

     

     

    Thésée et Sciron
    Kylix attique à figures rouges
    v. 480 av.JC
    Berlin, Altes Museum

     

     

     

     

    Le centre de cette kylix, une coupe plate à boire du vin, représente la chute de Sciron, précipité par Thésée du haut des roches scironiennes qui portaient son nom. La position dominante du héros marque sa supériorité sur ce brigand. Sciron est totalement basculé, dans une position qui indique son impuissance, bien qu'il tente de se cramponner à la roche. Sa barbe indique son identité royale, mais elle n’est pas blanche : la sagesse n’est pas l’une de ses qualités, au contraire. Au pied de la falaise, une tortue permet de reconnaître l'épisode, mais faute de place, elle est de petite taille, ce qui contredit la légende qui en faisait un monstre marin.

     

     
    Thésée et Sciron
    Plaque en terre cuite
    Ier s. av. JC
    Musée de l'Hermitage
    Saint-Petersbourg

     

     

     

     

     

     

     


    Yann A., 206