• Thésée et les brigands

       

     

    L’histoire de Thésée débute lorsque le roi Égée, souverain de la région d’Athènes, désolé de ne pas avoir d'enfant pour lui succéder, décide d’en appeler au dieux en allant à Delphes par la mer, pour éviter les dangers des routes grecques infestées de brigands. Il se rend donc au pied du mont Parnasse pour connaître sa destinée : la Pythie lui répond par cette phrase assez sibylline au premier abord : « Le pied qui sort de l’autre, ô grand prince, ne le libère pas avant d’être arrivé près du peuple d’Athènes ».

    Égée, dépité par cet oracle qu’il ne comprend guère, repart pour Athènes mais en s'arrêtant en chemin dans la ville de Trézène où vit le roi Pitthée, réputé pour sa sagesse. Celui-ci comprend aussitôt que la naissance d'un fils est annoncée par les dieux, mais il use de ruse pour tourner la situation à son avantage. Après un banquet où il enivre Égée, Pitthée demande à sa fille Aethra de se glisser dans le lit du roi d'Athènes, de manière à ce qu'elle devienne la mère du futur héritier et qu'à terme les deux cités soient unies. Quelques mois plus tard, Égée de retour dans sa ville apprend la nouvelle : Aethra, la fille de Pitthée, est enceinte. Pour protéger son fils d'un climat hostile à Athènes, Egée laisse Aethra s'occuper de l’éducation de son fils. Il cache sous une immense pierre une épée qui lui permettra de savoir quand Thésée sera prêt à prendre le pouvoir, et qui servira au vieux roi, le moment venu, à reconnaître son fils.

     

     

    L’histoire des brigands nuisibles commence lorsque Aethra révèle toute la vérité à son fils : Thésée récupère alors l’épée de son père et part à l'aventure, dans le but de connaître ses origines et de démontrer sa légitimité par sa force. C'est pour cela qu’il choisit de se rendre à Athènes par la voie terrestre : ce chemin est réputé à l'époque pour sa dangerosité à cause des malfrats qui y sévissent. Braver ces dangers lui permettra d’être respecté du peuple athénien mais avant tout, il accomplit cette quête pour son ego personnel : il cherche à rivaliser avec un héros civilisateur comme Héraklès.

     

     

    Thésée et Aethra
    Huile sur toile de L. de La Hyre
    1635-1640
    Musée des Beaux-Arts
    de Budapest

     

     

     

    Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 59 - Ier s. av. JC)

    Diodore de Sicile est un historien grec contemporain de Jules César et d'Auguste. Il a écrit une énorme Bibliothèque historique de quarante livres, dont il nous reste à peu près la moitié. Dans le livre IV, Diodore se concentre sur les mythes grecs héroïques, en particulier Jason et Héraklès, puis il passe à Thésée.

     

     

    LIX. Après nous être arrêté sur Hercule et ses descendants, il est juste de parler de Thésée, qui a été si jaloux d'imiter les travaux d'Hercule.

    Thésée était fils de Neptune et d'Æthra, fille de Pitthée. Il avait été élevé à Trézène chez Pitthée, son aïeul maternel ; et après avoir trouvé les signes de reconnaissance qu'Egée avait, selon le récit mythologique, cachés sous une pierre, il partit pour Athènes. Pendant qu'il cheminait le long du littoral, il résolut, jaloux d'Hercule, de s'acquérir de la gloire par de grands travaux.

    Il tua d'abord Corynète [Periphetes], ainsi nommé parce qu'il portait une massue qui lui servait d'arme défensive, et avec laquelle il assommait aussi les passants.

    Il tua Sinis, qui habitait l'isthme. Sinis courbait deux pins, attachait à chacun d'eux un bras, après quoi il lâchait ces arbres soudain ; les corps étaient ainsi déchirés avec violence, et les malheureux périssaient dans d'horribles souffrances.

    En troisième lieu, il tua le sanglier de Crommyon, qui était d'une taille et d'une force remarquables, et qui avait déchiré beaucoup d'hommes.

    Il châtia aussi Sciron, qui habitait sur le territoire de Mégare, des rochers qu'on appelle les Scironides. Sciron avait l'habitude de forcer tous les passants à lui laver les pieds sur le bord d'un précipice ; et, les poussant ensuite d'un coup de pied, il les faisait rouler dans la mer, au milieu d'un gouffre appelé la Tortue.

    Thésée égorgea ensuite, près d'Eleusis, Cercyon, qui luttait avec les passants, et assommait les vaincus.

    Après cela, il tua Procuste, qui demeurait à Korydallos, dans l'Attique. Procuste contraignait les voyageurs de se jeter sur un lit ; il leur coupait les membres trop grands et qui dépassaient le lit, et étirait les pieds de ceux qui étaient trop petits. C'est pour cette raison qu'on l'appelait Procuste.

    Après ces exploits, Thésée arriva à Athènes, et fut reconnu par Egée aux signes qu'il portait. Plus tard, il attaqua, à Marathon, le taureau qu'Hercule, dans l'exécution d'un de ses travaux, avait transporté de Crète dans le Péloponnèse ; il s'en rendit maître dans une lutte, et l'amena à Athènes. Egée l'offrit en sacrifice à Apollon.

     

    L'intérêt de ce texte est qu'il donne une logique géographique à la chronologie des événements : au fur et à mesure de sa progression de Trézène vers Athènes, Thésée met hors d'état de nuire toute une série de monstres nuisibles, animaux ou humains, comme un nouvel Héraklès dont il parachève d'ailleurs l'un des travaux puisqu'il s'attaque à son tour, après son arrivée à Athènes, au taureau de Marathon que le fils de Zeus avait ramené de la Crète.

     

     

     

     

    Nous disposons aussi d'une œuvre d'art très précieuse pour introduire cette série d'affrontements entre Thésée et les brigands : une kylix (coupe à boire du vin) fabriquée en Attique vers 440-430 av. JC mais trouvée à Vulci en Etrurie et actuellement conservée au British Museum de Londres

     

     

     

    Le peintre a utilisé la forme circulaire de la kylix pour représenter en tondo, au centre, l'exploit le plus populaire de Thésée, la mise à mort du Minotaure de Crète. Tout autour figurent les combats qui annoncent la vocation civilisatrice du fils d'Egée, mais qui ne sont pas particulièrement disposés en respectant la chronologie des épisodes. La logique du peintre est plutôt artistique : il dispose des masses de manière équilibrée. On peut ainsi reconnaître, en commençant par le haut et en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre :

    • Cercyon
    • Procuste
    • Sciron
    • le taureau de Marathon
    • Sinis
    • la truie Phaia de Crommyon
    • [manque Périphétès]

     

    Nous allons pouvoir à présent nous intéresser à ces brigands au cas par cas, en ne tenant pas compte des animaux féroces. Pour cela, il faudra cliquer sur chacune de ces vignettes, qui vont composer un sous-menu dans ce module de Thésée et des brigands.

     

             

     


    Yann A., 206