• Persée et la Gorgone Méduse (2)

       

     

    Méduse était la seule mortelle des Gorgones, mais la plus belle selon l’histoire. Dans les Métamorphoses d’Ovide, Médusa est décrite comme la plus belle jeune fille. Poséidon, attiré par sa beauté, s’est transformé en oiseau pour la kidnapper. Il la transporta dans le temple d’Athéna qu’ils profanèrent ensemble. Pour se venger, la déesse transforma les cheveux de Méduse en serpents, afin que toutes les personnes qui la regardaient se transforment en pierre.

     

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    Comparaison de textes

     

    Textes antiques

     

    Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 55  (Ier s. av. JC)

    Ce premier texte est extrait de la Bibliothèque historique écrite par Diodore de Sicile. C’est un historien grec du Ier siècle avant JC qui a laissé une œuvre majeure rédigée en grec ancien ; c'est l'une des sources les plus importantes sur l’Égypte, la Rome et la Grèce antique mais aussi sur le monde occidental. Cette Bibliothèque historique couvre plus de mille ans.

    Dans le livre III, Diodore s'intéresse à la géographie et à l'histoire de pays situés en Afrique, l'Ethiopie et la Libye. Il en profite pour rapporter les légendes des peuples qui y vécurent, en particulier les Amazones, qui un jour partirent en guerre contre les Gorgones.

     

    ἀντιταξαμένων δὲ τῶν Γοργόνων γενέσθαι καρτερὰν μάχην, καὶ τὰς Ἀμαζόνας ἐπὶ τοῦ προτερήματος γενομένας ἀνελεῖν μὲν τῶν ἀντιταχθεισῶν παμπληθεῖς, ζωγρῆσαι δ´ οὐκ ἐλάττους τρισχιλίων· τῶν δ´ ἄλλων εἴς τινα δρυμώδη τόπον συμφυγουσῶν ἐπιβαλέσθαι μὲν τὴν Μύριναν ἐμπρῆσαι τὴν ὕλην, σπεύδουσαν ἄρδην ἀνελεῖν τὸ ἔθνος, οὐ δυνηθεῖσαν δὲ κρατῆσαι τῆς ἐπιβολῆς ἐπανελθεῖν ἐπὶ τοὺς ὅρους τῆς χώρας. τῶν δ´ Ἀμαζόνων νυκτὸς τὰ περὶ τὰς φυλακὰς ῥᾳθυμουσῶν διὰ τὴν εὐημερίαν, ἐπιθεμένας τὰς αἰχμαλωτίδας, σπασαμένας τὰ ξίφη τῶν δοκουσῶν κεκρατηκέναι πολλὰς ἀνελεῖν· τέλος δὲ τοῦ πλήθους αὐτὰς πανταχόθεν περιχυθέντος εὐγενῶς μαχομένας ἁπάσας κατακοπῆναι. τὴν δὲ Μύριναν θάψασαν τὰς ἀναιρεθείσας τῶν συστρατευουσῶν ἐν τρισὶ πυραῖς χωμάτων μεγάλων ἐπιστῆσαι τάφους τρεῖς, οὓς μέχρι τοῦ νῦν Ἀμαζόνων σωροὺς ὀνομάζεσθαι. τὰς δὲ Γοργόνας ἐν τοῖς ὕστερον χρόνοις αὐξηθείσας πάλιν ὑπὸ Περσέως τοῦ Διὸς καταπολεμηθῆναι, καθ´ ὃν καιρὸν ἐβασίλευεν αὐτῶν Μέδουσα· τὸ δὲ τελευταῖον ὑφ´ Ἡρακλέους ἄρδην ἀναιρεθῆναι ταύτας τε καὶ τὸ τῶν Ἀμαζόνων ἔθνος, καθ´ ὃν καιρὸν τοὺς πρὸς ἑσπέραν τόπους ἐπελθὼν ἔθετο τὰς ἐπὶ τῆς Λιβύης στήλας, δεινὸν ἡγούμενος, εἰ προελόμενος τὸ γένος κοινῇ τῶν ἀνθρώπων εὐεργετεῖν περιόψεταί τινα τῶν ἐθνῶν γυναικοκρατούμενα.

    Comme les Atlantes étaient souvent attaqués par les Gorgones, établies dans le voisinage, et qui de tout temps étaient leurs ennemies, la reine Myrina alla combattre les Gorgones dans leur pays, à la prière des Atlantes. Les Gorgones se rangèrent en bataille ; le combat fut acharné ; mais enfin les Amazones l'emportèrent, tuèrent un grand nombre de leurs ennemies, et ne firent pas moins de trois mille prisonnières. Le reste s'étant sauvé dans les bois, Myrina, voulant entièrement détruire cette nation, y mit le feu ; n'ayant pas réussi dans ce dessein, elle se retira sur les frontières du pays. Comme une nuit les Amazones, enflées de ce succès, faisaient la garde avec négligence, les Gorgones, leurs prisonnières, se saisirent de leurs épées et en égorgèrent un grand nombre. Mais étant bientôt entourées par les Amazones et accablées par le nombre, elles furent toutes tuées après une résistance vigoureuse. Myrina fit brûler sur trois bûchers les corps de ses compagnes tuées, et elle fit élever avec de la terre trois grands tombeaux qui s'appellent encore aujourd'hui les tombeaux des Amazones. Les Gorgones s'étant multipliées dans la suite, furent aussi attaquées par Persée, fils de Jupiter ; Méduse était alors leur reine. Enfin, les Gorgones ainsi que la race des Amazones furent exterminées par Hercule, lorsque, dans son expédition de l'Occident, il posa une colonne dans la Libye, ne pouvant souffrir, qu'après tant de bienfaits dont il avait comblé le genre humain, il y eût une nation gouvernée par des femmes.

     

     

    Pausanias, Periegesis, II, 21   (IIe s. apr. JC)

    Ce deuxième texte est extrait est du Tour de la Grèce, de Pausanias, un géographe et voyageur né à Magnésie du Sipyle (Lydie) vers l'an 115 apr. JC, et mort à Rome vers 180. Il est l'auteur d'une description de la Grèce très précieuse pour nous, puisqu'il détaille dans chaque ville, monument par monument, tout ce qu'il a pu y voir, en n'oubliant jamais de rapporter les différentes sources possibles, légendaires ou historiques. Dans le livre II, Pausanias décrit la région de Corinthe et l'Argolide, et en particulier dans ce texte la ville d'Argos.

     

    τοῦ δὲ ἐν τῇ ἀγορᾷ τῶν Ἀργείων οἰκοδομήματος οὐ μακρὰν χῶμα γῆς ἐστιν· ἐν δὲ αὐτῷ κεῖσθαι τὴν Μεδούσης λέγουσι τῆς Γοργόνος κεφαλήν. ἀπόντος δὲ τοῦ μύθου τάδε ἄλλα ἐς αὐτήν ἐστιν εἰρημένα· Φόρκου μὲν θυγατέρα εἶναι, τελευτήσαντος δέ οἱ τοῦ πατρὸς βασιλεύειν τῶν περὶ τὴν λίμνην τὴν Τριτωνίδα οἰκούντων καὶ ἐπὶ θήραν τε ἐξιέναι καὶ ἐς τὰς μάχας ἡγεῖσθαι τοῖς Λίβυσι καὶ δὴ καὶ τότε ἀντικαθημένην στρατῷ πρὸς τὴν Περσέως δύναμιν—ἕπεσθαι γὰρ καὶ τῷ Περσεῖ λογάδας ἐκ Πελοποννήσου— δολοφονηθῆναι νύκτωρ, καὶ τὸν Περσέα τὸ κάλλος ἔτι καὶ ἐπὶ νεκρῷ θαυμάζοντα οὕτω τὴν κεφαλὴν ἀποτεμόντα αὐτῆς ἄγειν τοῖς Ἕλλησιν ἐς ἐπίδειξιν. (6) Καρχηδονίῳ δὲ ἀνδρὶ Προκλεῖ τῷ Εὐκράτους ἕτερος λόγος ὅδε ἐφαίνετο εἶναι τοῦ προτέρου πιθανώτερος. Λιβύης ἡ ἔρημος καὶ ἄλλα παρέχεται θηρία ἀκούσασιν οὐ πιστὰ καὶ ἄνδρες ἐνταῦθα ἄγριοι καὶ ἄγριαι γίνονται γυναῖκες· ἔλεγέ τε ὁ Προκλῆς ἀπ᾽ αὐτῶν ἄνδρα ἰδεῖν κομισθέντα ἐς ῾Ρώμην. εἴκαζεν οὖν πλανηθεῖσαν γυναῖκα ἐκ τούτων καὶ ἀφικομένην ἐπὶ τὴν λίμνην τὴν Τριτωνίδα λυμαίνεσθαι τοὺς προσοίκους, ἐς ὃ Περσεὺς ἀπέκτεινεν αὐτήν· Ἀθηνᾶν δέ οἱ συνεπιλαβέσθαι δοκεῖν τοῦ ἔργου, ὅτι οἱ περὶ τὴν λίμνην τὴν Τριτωνίδα ἄνθρωποι ταύτης εἰσὶν ἱεροί.

    Sur la place publique d'Argos, à peu de distance de l'édifice dont je viens de parler, se trouve une éminence de terre qui renferme, dit-on, la tête de la Gorgone Méduse. Indépendamment des fables, voici ce qu'on raconte de Méduse. Elle était fille de Phorcus, après la mort duquel elle devint reine des peuples des environs du lac Tritonis ; elle commandait les Libyens lorsqu'ils allaient à la chasse ou à la guerre, et marcha à leur tête à la rencontre de Persée, qui avait avec lui quelques troupes d'élite du Péloponnèse. Elle fut tuée par trahison durant la nuit, et, quoiqu'elle fût morte, Persée fut tellement frappé de sa beauté, qu'il lui coupa la tête pour la faire admirer aux Grecs. Proclès, Carthaginois, fils d'Eucrate, croit la tradition suivante plus vraisemblable que la première. Les déserts de la Libye produisent beaucoup de monstres dont l'existence paraît incroyable à ceux qui en entendent parler. On y trouve, entre autres, des hommes et des femmes sauvages, et Proclès assura avoir vu un de ces hommes qu'on avait amené à Rome. Il conjecture donc qu'une femme de cette espèce s'étant égarée, vint aux environs du lac Tritonis, dont elle désolait les habitants, jusqu'à ce que Persée l'eût tuée. Comme cette contrée est consacrée à Minerve (Athéna), le bruit se répandit que cette déesse avait aidé Persée dans son entreprise.

     

     

    Texte moderne

     

    Philippe Desportes, Les Amours d'Hippolyte, 1573

    Ce troisième texte est un sonnet de Philippe Desportes (1546-1606), un poète baroque français, surnommé le « Tibulle français » pour la douceur et la facilité de ses vers.  

     

    Je ressemble en aimant au valeureux Persée
    Que sa belle entreprise a fait si glorieux,
    Ayant d'un vol nouveau pris la route des dieux,
    Et sur tous les mortels sa poursuite haussée.

    Emporté tout ainsi de ma haute pensée
    Je vole aventureux aux soleils de vos yeux,
    Et vois mille beautés qui m'élèvent aux cieux
    Et me font oublier toute peine passée.

    Mais, hélas ! je n'ai pas le bouclier renommé
    Dont contre tous périls Vulcain l'avait armé,
    Par lequel sans danger il put voir la Gorgone.

    Au contraire à l'instant que je m'ose approcher
    De ma belle Méduse inhumaine et félonne,
    Un trait de ses regards me transforme en rocher.

    (orthographe modernisée)

     

    Ce poème repose sur la légende de Méduse ; le poète s’identifie au héros Persée face à la belle Méduse, mais il compare le sentiment amoureux à l’odieuse Gorgone. A travers le champ lexical amoureux (« Je vole aventureux aux soleils de vos yeux ») il décrit sa passion amoureuse en idéalisant la femme. Mais bien vite, il apparaît que cet amour est voué à l’échec lorsque l’on comprend qu’il le compare à ce que représente Méduse, une femme belle mais inaccessible.

     

     

     

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    Galerie d'images

     

     

     

    Ce bouclier peint par le Caravage (1571-1610) représente la Gorgone Méduse décapitée. Les couleurs du tableau sont sombres et contrastées afin de mettre en valeur le visage et l’expression de Méduse, pétrifiante. Elle a la bouche ouverte comme poussant un cri et ses yeux, asymétriques, sont remplis d’effroi. Sa chevelure de serpents semble en mouvement et du sang coule encore de son cou.

     

    Méduse
    Huile sur cuir du Caravage
    1595-1598
    Gallerie des Offices - Florence

     

     

     

     

     

     

     

    Persée brandissant la tête de Méduse devant Phinée
    Huile sur toile de Sebastiano Ricci
    1705-1710
    Getty Center - Los Angeles

     

     

     

     

    Sur cette peinture, Persée brandit la tête de Méduse, telle une arme face à ses adversaires. Ici c'est Phinée qui subit le pouvoir pétrifiant de Méduse, toujours actif malgré sa mort. Au sol, on peut voir des cadavres derrière Persée et face à lui, les guerriers transformés en pierre par la tête de la Gorgone. Il y a un contraste saisissant entre les personnes vivantes et les personnes pétrifiées. Phinée brandit un miroir afin d’éviter le regard de Méduse.

     

     

     
    La Gorgone Méduse
    Buste d'Adèle Castiglione-Colonna,
    dite Marcello (1836–1879)
    1864-1865
    Château de Fontainebleau

     

     

     

     

    Adèle Castiglione-Colonna était une duchesse de la très haute société, qui prit le pseudonyme masculin de Marcello pour pouvoir être acceptée dans le milieu très fermé des Beaux-Arts. Elle sculpta en particulier ce buste en marbre de Méduse, une commande du 8 août 1864, pour enrichir la collection personnelle de l’empereur Napoléon III.

    Les trois Gorgones de la Grèce antique possédaient une chevelure de serpents et un pouvoir terrifiant : d’un regard, elles pétrifiaient les hommes. Marcello ajoute à la chevelure serpent des dragons ainsi qu’une cuirasse couverte d’écailles, accentuant l’aspect hybride de la créature. Chez Marcello, les femmes sont belles et cruelles, rendues attirantes et menaçantes par un marbre éclatant et une grande virtuosité de sculpture.

     

     


    Lou A., 206