• Par qui et pourquoi Jeanne d'Arc a-t-elle été brûlée ?

    Le bûcher - Photogramme extrait du Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud (1986)

     

    Dans Le Nom de la Rose (Jean-Jacques Annaud, 1986), adaptation du roman d'Umberto Eco (1980), plusieurs crimes sont commis dans une abbaye bénédictine. Le franciscain Guillaume de Baskerville et son disciple Adso de Melk mènent l'enquête. Au bout de quelques jours, l'inquisiteur Bernardo Gui commence à imposer sa loi. Après la mort de l'herboriste Séverin, il procède même à l'arrestation de trois personnes : Remigio de Varagine, Salvatore et une jeune fille. Bernardo Gui est convaincu de leur culpabilité : ils sont tous condamnés au bûcher pour sorcellerie et hérésie.

    Le film met en scène les actions de l'Inquisition médiévale, tribunal ecclésiastique chargé de lutter contre les hérésies à partir de 1199. La plus célèbre figure historique ayant été victime de cette Inquisition est Jeanne d'Arc. Or l’ensemble du procès de Jeanne d’Arc a été rédigé et conservé ; ces documents, ainsi que de nombreuses analyses postérieures, nous permettent aujourd’hui de mieux comprendre le déroulement du procès et les raisons qui ont conduit à brûler vive cette jeune fille.

    Nous verrons d'abord le contexte politique, religieux et historique de son jugement, puis les grandes étapes du procès et les accusations retenues contre elle. Enfin, nous étudierons les acteurs et les circonstances de sa condamnation au bûcher.



    I/ Le contexte du procès

    La France à l’époque de Jeanne d’Arc


    L'histoire de Jeanne d'Arc est liée au conflit qui oppose les royaumes de France et d'Angleterre au XIVe et au XVe siècle : la Guerre de cent ans. Cette guerre, qui a débuté en 1338, est le résultat de tensions vives qui naissent en premier lieu du différend dynastique concernant la couronne française.

    Le conflit s'apaise ponctuellement entre les deux nations en 1380, mais c'est alors la guerre civile qui se développe dans chacun des deux pays.  Au début du XVe siècle, deux camps s'opposent en France : les Bourguignons et les Armagnacs.

    Le chef des Bourguignons est le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, qui a choisi l’alliance avec l’Angleterre. Les Bourguignons contrôlent Paris et une partie du Nord et de l'Est de la France. L'Angleterre, leur alliée, a envahi la Normandie et tout le nord de la France ; elle détient aussi le duché de Guyenne (voir la carte ci dessus).

    Les Armagnacs ont pour chef le duc Charles d’Orléans, qui a été capturé par les Anglais et qui a été détenu par eux pendant vingt-cinq ans. Ce parti soutient le dauphin Charles, dont le pouvoir sur le royaume est très affaibli. Charles VI, roi de France, est atteint de troubles nerveux. Le conseil de régence prend progressivement le pouvoir en la personne de  son épouse, la reine Isabeau de Bavière qui s'allie aux Bourguignons. C'est ainsi qu'en 1420, Charles VI signe le traité de Troyes, qui stipule que la France rentrera dans l’héritage anglais à sa mort. Par cette clause, Charles VI et Isabeau de Bavière déshéritent leur propre fils, Charles de Ponthieu, qui en principe ne deviendra donc pas le nouveau roi de France.

     

     

    Gisants de Charles VI et d’Isabeau de Bavière
    Nécropole de la basilique de Saint-Denis.

     

    Charles VI, roi de France, et Henri V, roi d’Angleterre meurent tous les deux en 1422, laissant la succession française mal résolue. Les Anglais souhaitent alors étendre leur pouvoir en France. Leur armée s'avance donc vers le sud avec comme objectif principal la prise de la ville d’Orléans, qui doit leur permettre de s’approcher plus vite de Bourges, lieu où réside le dauphin.

    L’histoire de Jeanne d’Arc commence à cette période où la guerre reprend. La religion chrétienne sort d’une période de trouble, suite aux divisions liées au grand schisme au sein de l’Eglise.

    Jeanne d’Arc, une jeune lorraine, aînée d’une humble famille de cinq enfants, entend à partir de l’âge de treize ans des voix d’anges et de saints. Ces voix l’incitent à aider le dauphin à reprendre son trône, et à prendre les armes pour sauver la France.

    Jeanne d’Arc part donc rencontrer le roi Charles VII, afin de le convaincre de lui allouer une petite armée pour libérer la ville d’Orléans assiégée.

     

    Entrée de Jeanne d’Arc à Orléans, Henry Scheffer (1833)
     Château de Versailles

     

    Elle permet ensuite au roi d’aller à Reims pour y être sacré, ce qui est fait le 17 juillet 1429. Elle remporte d’autres victoires pour le roi de France. En mai 1430, elle décide de gagner Compiègne pour repousser le duc de Bourgogne qui investit les lieux. Une bataille éclate le 23 mai : la force armée que Jeanne mène semble avoir le dessus mais les renforts du duc de Bourgogne ne tardent pas à arriver. Les Français battent en retraite, Jeanne est attrapée et faite prisonnière.

     

    Jeanne d'Arc prisonnière devant Compiègne, 24 mai 1430
    Miniature des Vigiles de Charles VII  - BnF, ms Français 5054, fol.70 (1484)

     

     

    II/ Les grandes étapes du procès.

    Après cinq mois d'emprisonnement et deux vaines tentatives d'évasion, Jeanne est livrée aux Anglais contre une rançon. Des contacts se sont en effet établis, mais Charles VII, pourtant sacré grâce à Jeanne d'Arc, n'a pas paru vouloir la sauver. C'est le roi d'Angleterre qui est le plus intéressé : il offre une somme d'argent aux Bourguignons afin de pouvoir la juger.

    Livrée aux Anglais, Jeanne est enfermée un temps au Crotoy. Elle est enfin emmenée à Rouen où doit se dérouler son procès. Elle est enfermée dans le château de la ville et vit dans des conditions difficiles.

     

     

    Florence Carrez dans le film de Robert Bresson, Le Procès de Jeanne d'Arc (1962)

     

    Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, souhaite lui intenter un procès en hérésie visant à prouver que la captive est une sorcière, ce qui permettrait de discréditer le roi de France Charles VII. L'interrogatoire est ouvert le 9 Janvier et durera jusqu'au 27 mars 1431. Durant celui-ci, les juges lui posent des questions sur son éventuelle sorcellerie. Cependant, Jeanne n'a pas droit à un avocat et doit répondre seule aux juges et aux assesseurs. Les réponses attendues par l’inquisiteur, qui pourraient prouver qu'elle est bien une sorcière, ne viennent pas et Jeanne évite toutes les questions en proclamant sa foi pour Dieu. Le jugement est finalement rendu, mais on peut noter des irrégularités dans ce procès : les formes ne sont pas respectées, les témoignages en sa faveur passés sous silence.

     

    III/ Acteurs et circonstances de la condamnation

     L’acteur Eugène Silvain interprète l’abbé Pierre Cauchon
    dans La passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer (1928)

     

    L’abbé Pierre Cauchon est proche des Anglais. En 1420, il a participé aux discussions qui ont conduit au traité de Troyes. Il a ensuite été nommé évêque grâce à l'aide du duc bourguignon Philippe le bon. Il fait partie des conseillers les plus proches du roi d'Angleterre, qui lui fait confiance pour mener à bien le procès dans le sens qu’il souhaite.

    Il est évêque de Beauvais, mais comme la ville de Compiègne fait partie de son diocèse, c’est lui qui dirige le procès de Jeanne d’Arc. Il s'entoure de représentants de l'église normands et parisiens, français donc, mais liés au camp bourguignon et donc aux Anglais. La ville de Rouen semble elle aussi s'accommoder la présence anglaise et ne montrera que peu de soutien envers Jeanne d'Arc.

    Maître Jean d’Estinet nommé procureur général, Jean de la Fontaine, conseiller commissaire instructeur… On trouve aussi des greffiers comme Bois Guillaume et Manchon, et plus de cent clercs normands et parisiens, en grande partie proches des Bourguignons, qui participent au procès.

     

    Le 19 février, le ministère de l'inquisition est invoqué. Le grand inquisiteur étant indisponible, c’est le vice-inquisiteur, Frère Jean Lemaître qui le remplace.
 Après lecture des éléments de l'enquête, les conseillers décident qu’il y a « matière suffisante pour faire livrer la prévenue en cause de foi ».

    Elle est interrogée dans sa cellule à partir du 21 février 1431. Elle doit accepter de prêter serment dans certaines limites. Elle ne veut pas avoir à parler des révélations faites par les voix et qui n'étaient destinées qu'au roi.

    Le 27 mars, un réquisitoire est prononcé. Les juges expliquent les nombreux éléments reprochés à Jeanne d’Arc.

    « déclarée sorcière ou lectrice de sorts, devineresse, fausse-prophétesse, invocatrice et conjuratrice de malins esprits, superstitieuse, impliquée et appliquée aux arts magiques, mal pensante en et, au sujet de notre foi catholique, schismatique [...], sacrilège, idolâtre, apostate à la foi, maldisante et malfaisante, blasphématrice envers Dieu et ses saints, scandaleuse, séditieuse, troublant et empêchant la paix, excitant aux guerres, cruellement altérée de sang humain et incitant à le répandre, ayant abandonné complètement et sans honte la décence et la réserve de son sexe, prenant sans pudeur l'habit infâme et l'état des hommes d'armes.»

    Durant les semaines du procès, Jeanne d'Arc fait face à ses juges, répondant patiemment à leurs nombreuses questions. Ils veulent parfois la piéger, mais elle reste toujours sur ses mêmes positions. Ainsi quand on lui parle de sa supposée mandragore, plante fétiche des sorcières :

    « Interrogée sur ce qu'elle fit de la mandragore, répondit qu'elle n'a point de mandragore, et onques n'en eut ; mais ouï dire que proche de son village il y en a une : mais ne l'a jamais vue. Dit aussi qu'elle ouït dire que c'est chose périlleuse et mauvaise à garder ; ne sait cependant à quoi cela sert. »

    A plusieurs reprises, elle renouvelle sa croyance en Dieu, mais rappelle qu’elle ne croit pas aux représentants religieux qui lui font face.

    « Je scay bien que l’Eglise militante ne peut errer ou faiblir ; mais quant à mes dis et à mes faits, je les meicts et rapporte du tout à Dieu qui me l’a fait faire de ce que ay fait » 


    Elle continue de porter des vêtements masculins. Pour les juges, cette pratique est condamnée dans la Bible et donc par Dieu. Pour Jeanne d'Arc, ce sont les voix et donc Dieu qui lui demandent de les porter. Une nouvelle manière de ne pas reconnaitre et donc de refuser l'autorité de l'église qui la juge.


     Jeanne dans sa cellule (Florence Carrez en 1962)

     

    Le 14 mai 1431 un verdict est rendu. Jeanne d’Arc est déclarée :

    • Hérétique car elle refuse de reconnaître l’autorité de l’Eglise qui la juge
    • Apostate car elle a les cheveux courts et qu’elle porte des vêtements masculins.
    • Devineresse, car elle croit prédire l’avenir,
    • Menteuse car elle se dit envoyée par Dieu…

    Mais les juges ne l’accusent pas de sorcellerie, n’ayant trouvé aucun élément permettant de la condamner dans ce sens.

     

    Le 24 mai 1431, Jeanne sort de la prison ; une cérémonie publique est organisée au cimetière Saint-Ouen de Rouen. Un réquisitoire est lu par l'abbé Cauchon. Jeanne en semble très affectée et reconnaît les fautes que ses juges souhaitaient lui faire avouer. Elle signe un acte d'abjuration d'une croix, s'engageant à porter de nouveau des vêtements féminins. La peine de mort doit donc être commuée en peine de prison perpétuelle.

    « Je confesse que j'ai très gravement péché en feignant mensongèrement d'avoir eu révélations et apparitions de par Dieu, de par les anges et sainte Catherine et sainte Marguerite, en séduisant les autres, en croyant follement et légèrement, en faisant divinations superstitieuses, en blasphémant Dieu, ses saints et ses saintes, en outrepassant la loi divine, la sainte Ecriture, les droits canons ; en portant un habit dissolu, difforme et déshonnête, contraire à la décence de nature, et des cheveux rognés en rond à la mode des hommes, contre toute honnêteté du sexe de la femme ; en portant aussi des armures par grande présomption ; en désirant cruellement l'effusion du sang humain ; en disant que toutes ces choses je les ai faites par le commandement de Dieu, des anges et des saintes dessusdites, et qu'en ces choses j'ai bien fait et n'ai point failli : en méprisant Dieu et ses sacrements ; en faisant sédition et idolâtrie, en adorant de mauvais esprits et en les invoquant. Confesse aussi que j'ai été schismatique, et par plusieurs manières que j'ai erré en la foi. » 

     

    Mais ce nouveau verdict ne semble pas convenir aux représentants anglais, qui ne souhaitent qu'une seule issue au procès. Quelques jours après, Jeanne utilise à nouveau des vêtements d'homme. A-t-elle été contrainte de les porter, comme le rapportent plusieurs sources ?

     

    Jeanne a repris ses habits d’homme. « J’ai menti… »
    Renée Falconetti dans le film de Carl Theodor Dreyer (1928)

     

    Elle déclare en tout cas que seule la peur de la mort l'a amenée à mentir. Revenant donc sur son abjuration, Jeanne d'Arc est déclarée relapse, le 28 mai 1431.

    « Interrogée pourquoi elle avait pris cet habit, et qui le lui avait fait prendre, répondit qu'elle l'avait pris de sa volonté, sans nulle contrainte et qu'elle aimait mieux l'habit d'homme que celui de femme. »

     C’est d’abord cette décision de porter à nouveau les vêtements masculins qui est abordée, les raisons ne semblant pas très claires.

    « Interrogée pour quelle cause elle l'avait repris, répondit parce qu'il lui était plus licite de le reprendre et d'avoir habit d'homme, étant entre les hommes, que habit de femme. Item dit qu'elle l'avait repris parce qu'on ne lui avait pas tenu ce qu'on lui avait promis, c'est assavoir qu'elle irait à la messe et recevrait son Sauveur, et qu'on la mettrait hors des fers. »
    « Item dit qu'elle aime mieux faire sa pénitence en une fois, c'est assavoir mourir, que d'endurer plus longuement peine en prison. »

    On ne demande pas d’explications plus précises sur cette parole : a-t-elle été battue, violée, comme l’expliquent certains témoignages recueillis plus tard, comme celui de Jean Massieu, huissier :

    « Elle demeura en garde audit lieu entre les mains de cinq Anglais, dont en demeuroit de nuyt trois en la chambre, et deux dehors, à l'huys de la dicte chambre. Et sait de certain celluy qui parle que de nuyt elle estoit couchée ferrée par les jambes de deux paires de fer à chaaîne, et attachée moult estroitement d'une chaaîne traversante par les pieds de son lict, tenante à une grosse pièce de boys de longueur de cinq ou six pieds et fermente à clef ; par quoy ne pouvoit mouvoir de place".

    En tout cas, elle revient sur ce qu’elle a dit précédemment : 

    « Item dit qu'elle n'a point dit ou entendu révoquer ses apparitions, c'est assavoir que ce fussent saintes Catherine et Marguerite ; et tout ce qu'elle a fait, c'est par peur du feu, et n'a rien révoqué que ce ne soit contre la vérité. »

     

     

    Jeanne ne veut plus dire que la vérité
    Géraldine Farrar dans le film de Cécil B. De Mille (1916)

     

    « Tu es retombée, ô douleur ! dans ces erreurs et crimes, tel le chien qui retourne à son vomissement, ainsi qu'il résulte suffisamment et manifestement de tes aveux spontanés et de tes assertions, nous avons reconnu, par des jugements très fameux que, d'un coeur feint plutôt que d'un esprit sincère et fidèle, tu as renié de bouche seulement tes précédentes inventions et erreurs »

    Des métaphores violentes telles celle du chien retournant à son vomi sont utilisées pour souligner l’importance du reniement de Jeanne. Ce qui les conduit à expliquer la décision finale du tribunal :

    « Par ces motifs, nous te déclarons retombée dans tes anciennes erreurs, et, sous le coup de la sentence d'excommunication que tu as primitivement encourue, nous jugeons que tu es relapse et hérétique ; et par cette sentence que, siégeant en ce tribunal, nous portons en cet écrit et prononçons, nous estimons que, tel un membre pourri, pour que tu n'infectes pas les autres membres du Christ, tu es à rejeter de l'unité de ladite Église, à retrancher de son corps, et que tu dois être livrée à la puissance séculière ; et nous te rejetons, te retranchons, t'abandonnons, priant que cette même puissance séculière modère envers toi sa sentence, en deçà de la mort et mutilation des membres : et si de vrais signes de repentir apparaissent en toi, que le sacrement de pénitence te soit administré".

    Ainsi, le tribunal ecclésiastique ne se charge pas de la peine finale. C’est la justice séculière qui doit se charger de faire exécuter la décision. Le jugement sous-entend que ce procès aura lieu, mais ce n’est pas le cas puisque la sentence sera immédiatement appliquée.

    Lors du procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc, un bourgeois de Rouen, Laurent Guesdon, raconta comment s’est déroulé ce moment et explique pourquoi ce second procès n'a pas eu lieu :

    « Après le prononcé de cette sentence, immédiatement et sans intervalle, elle fut remise aux mains du bailli ; sans plus, et sans attendre que le bailli ou le témoin, auxquels il appartenait de rendre une sentence, l'eût fait, le bourreau saisit Jeanne et la conduisit à l'endroit où le bois avait été préparé et où elle fut brûlée. Et il lui parut que ce n'était pas de bonne procédure… »

     

     L'exécution de Jeanne - Enluminure des Vigiles de Charles VII - BnF, ms Français 5054, fol.71 (1484)

     

    C’est Geoffroy Thérage, le bourreau de la ville travaillant pour les Anglais, qui exécute la sentence. Le 30 mai 1431, Jeanne d’Arc est conduite sur la place du Vieux marché à Rouen. Elle est attachée sur un poteau et brûlée vive. Selon les témoins présents ses derniers mots sont :

    « Jésus ! Jésus ! Jésus ! Je ne suis ni hérétique, ni une schismatique. Oh saints du paradis ! Saint Michel ! Sainte Catherine ! Sainte Marguerite ! Mes Voix furent de Dieu. Tout ce que j'ai fait fut de l'ordre de Dieu. Mes révélations étaient de Dieu. Jésus !... »

    Trois crémations se succèdent, ses restes sont jetés dans la Seine, le cardinal de Winchester ayant souhaité qu’il ne reste rien de son corps, pour ne laisser aucune possibilité à un éventuel culte.

     

     

    Le procès s’est donc révélé peu équitable. Le but était de faire avouer d'éventuelles fautes à la jeune femme, qui ne fut défendue par personne et dont la parole ne fut soutenue par aucun témoin. Il n’était pas question de livrer Jeanne d'Arc contre une rançon au royaume de France, qui semblait de toute façon ne pas avoir cherché à l'aider, mais bien de la conduire progressivement à la mort. L'objectif des Anglais semblait bien davantage de décrédibiliser le roi Charles VII : ils ne voulaient pas tant que Jeanne soit accusée d'être une sorcière que de pouvoir laisser penser que le roi de France doit son sacre à une représentante du diable sur la terre.

    Un procès de réhabilitation fut organisé à partir de 1450, avec le soutien du roi de France. Après une enquête et le témoignage de nombreuses personnes, Jeanne d’Arc, plus de vingt ans après sa mort, fut  déclarée non coupable.

    « Nous disons et prononçons, décidons que lesdits procès et les sentences, contenant dol, calomnie, contradiction, et erreur manifeste de droit et de fait, ainsi que la susdite abjuration, l'exécution et toutes les suites, furent et sont nuls, invalides, sans effet et sans valeur. » Sentence du 1er juillet 1456.

     

    Par la suite, le mythe de Jeanne d'Arc se développa et trouva son apogée à la faveur des mouvements nationalistes, en particulier après 1870 et la perte de l'Alsace-Lorraine. C'est assez tard que Jeanne d'Arc fut béatifiée, le 18 avril 1909, puis canonisée, le 16 mai 1920. Sa fête est fixée au 30 mai, le jour anniversaire de son exécution.

    Joan of Arc's Death at the Stake - Hermann Anton Stilke (1843)

     


    Ulysse V. 202.