• Le testament spirituel de Marc Aurèle

     

    Le 17ème jour avant les calendes de Martius, an de Rome 933

    A Vindobona, Pannonie

     

    Mon cher Maximus,

    Voilà maintenant dix-neuf ans ans que je règne sur Rome, et je sens mes forces décliner ; chaque jour qui passe me rapproche de ce moment fatidique où je vais rejoindre les Enfers. Mais j'espère gagner les Champs-Élysées, car toute ma vie, j'ai dû combattre d'innombrables peuples pour préserver Rome et agrandir l'empire romain. Et je n'ai joui que de quatre ans de paix.

    Hélas ! je ne verrai plus les campagnes de Rome se couvrir de fleurs délicates, ni le soleil décliner derrière le Mont Palatin... Mais je n'ai pas peur de la mort, après tout le sang que j'ai fait couler pour contribuer au pouvoir de Rome à son apogée.

     

    Je décide de t'écrire en ce jour car, après de nombreuses observations, je considère que tu as l'âme d'un empereur : tu es bon, fin stratège, et tu sais diriger les hommes par ton expérience de général des armées. Tu n'as pas soif de gloire, tu es simple et droit. Voilà pourquoi tu es mon meilleur choix de succession. Il ne faut pas que tu refuses : si je t'écris, c'est que ma vie va s'éteindre, et tu es le seul à pouvoir prendre les rênes de Rome et préserver l'Empire dans sa structure et sa grandeur. Fais donc ton devoir.

    Mon choix sera peut être critiqué par le peuple, mais le Sénat et moi-même sommes d'accord sur le cas de Commode. Il y a deux mois, j'ai vu naître en lui une sorte de démence : il a commencé à apprécier les combats et n'arrivait plus à contrôler ses émotions. Il n'est point apte à devenir empereur, il n'est pas stoïque, il est violent, trop ambitieux et n'est intéressé que par les jeux et le vin. Même s'il est mon sang, ma chair, mon choix est fait : un bourreau ne peut pas diriger un empire.

     

    Enfin j'ai bien réfléchi en tant que philosophe : il faut faire perdurer la pax romana, et redonner plus de pouvoir au Sénat : ce serait bénéfique pour le peuple romain. Il faut arrêter la guerre : on a trop fait couler le sang sans se consacrer à l'éducation de notre peuple. Toutes ces années, j'ai occupé les citoyens avec des jeux et du vin, mais cela n'a rien apporté, à part rendre le peuple barbare.

    Sois un empereur philosophe et tu feras la gloire de Rome !

    Et n'oublie pas que Celui qui vit en paix avec lui-même vit en paix avec l'univers.

     

    Porte-toi bien et honore la mémoire de celui qui n'est plus que pour un bref instant

    PATER PATRIAE CONSUL PONTIFEX MAXIMUS

    Marc Aurèle.

     


    Matthis J. et Tom C., 202