• Le talon d'Achille

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    De nos jours, l'expression « talon d'Achille » est couramment employée, mais savez-vous vraiment pourquoi ? Ses origines remontent à la mythologie grecque. En effet, Achille, fils du roi Pélée et de la Néréide Thétis, fut trempé par sa mère dans le Styx (fleuve des enfers ) pour lui donner l'immortalité. Elle le plongea en le tenant par le talon, tête en bas. Mais comme c'était la seule partie du corps qui n'avait pas été rendue invincible par l'eau divine, ce talon était la partie vulnérable du héros : d'où cette fameuse appellation, « le talon d'Achille ».

     

    Thétis plongeant Achille dans le Styx
    Série royale 301
    Médaille en or
    Diamètre : 3 cm
    27 septembre 1601
    BnF -Monnaies et médailles

     

     

    Médaille d'Henri IV

     

    Cette médaille en or a été fondue à l'occasion de la naissance du dauphin, premier-né d'Henri IV et de Marie de Médicis, le futur Louis XIII, le 27 septembre 1601. A cause des guerres de religion et de l'extinction de la branche des Valois, il s'agit de la première naissance d'un dauphin royal en France depuis quarante ans, de sorte que l'événement est fêté avec faste.

    Conformément au goût humaniste, l'inspiration est antique à double titre. La citation en latin qui court autour de la médaille signifie littéralement : « La vertu naturelle du père a donné cela ». D'autre part la scène représente le bain d'Achille dans le Styx, de sorte que le dauphin est comparé au fils semi-divin de Thétis. Il faut remarquer que le bébé est disproportionné, mais c'est la petite taille de l'objet qui a obligé le graveur à le mettre ainsi en avant.

     

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    Peinture d'Antoine Borel

         
    Ce tableau date de la fin du XVIIIe siècle et témoigne d'une sensibilité déjà pré-romantique. Le décor est verdoyant, et l'on aperçoit au fond à droite un temple grec à flanc de colline. Il témoigne du goût de l'époque pour les ruines gréco-romaines, comme on en trouve dans les tableaux d'Hubert Robert, exactement contemporains de celui-ci.   Thétis plongeant Achille dans le Styx
      Antoine Borel (1743-1810)
      Peinture à l'huile sur toile
      1787
      Galleria nazionale di Parma

     

    Le premier plan est occupé par un groupe de quatre femmes vêtues de costumes composites, mi-français mi-antiques, mais coiffées à l'antique avec les cheveux retenus par des rubans. Thétis, en blanc, se penche en avant, retenue par le bras par une servante à manteau orange, et plonge dans un simple ruisseau son bébé Achille, en le tenant par un pied. Le corps du bébé suit une verticale située au centre exact de la composition, ce qui le met en valeur, d'autant plus que les regards des quatre femmes qui l'entourent sont tous dirigés vers lui.

    A gauche du groupe, deux jarres de style antique et un drap rouge font écho au temple grec et rappellent qu'il s'agit d'un épisode de la mythologie, ce que le caractère champêtre et serein de la scène aurait pu faire oublier.

     

     

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    Lithogravure de Daumier

     
    Le baptême d'Achille    
    Honoré Daumier (1808-1871)    
    Lithographie    
    Le Charivari, le 28 août 1842    
    BnF - Estampes et photographie    

     

     

    Cette lithographie correspond à la planche n° 22 de la série Histoire ancienne, et a été publiée dans Le Charivari du 28 août 1842. Le Charivari était un quotidien illustré satirique, fondé en 1832, qui subit une censure politique à partir de septembre 1835, de sorte que ses caricaturistes durent provisoirement trouver d'autres sources d'inspiration.

    A partir de décembre 1841 jusqu'à janvier 1843, Honoré Daumier publia cinquante planches inspirées de la culture classique, qui envahissait à l'époque la littérature et les arts, à un point que certains trouvaient tout à fait excessif. Les caricatures de Daumier sont donc des parodies burlesques, qui ne s'interdisent aucune forme de comique pour se moquer de la manie néo-classique.

    Celle-ci représente Thétis retirant Achille du Styx, dans une grotte peu riante qui occupe toute la partie supérieure de l'image. La mère se trouve au centre, agenouillée, vêtue d'une robe vaguement antique et coiffée d'un diadème et d'un voile. Mais ses traits sont grossiers, presque masculins, le nez en trompette, et elle n'est plus de la première jeunesse : ses muscles semblent assez flasques. Le bébé qu'elle retire de l'eau, la tête en bas, en le tenant par le talon, souffre du même comique d'aspect, avec des traits aussi laids que ceux de sa mère, mais surtout d'un comique de situation : il hurle parce qu'une écrevisse lui a attrapé le nez quand il était plongé dans l'eau.

    Il s'agit donc d'une démythification parodique et satirique d'un épisode bien connu de la mythologie grecque. Le petit Achille n'est pas du tout représenté comme le héros qu'il sera plus tard dans l'Iliade. Par ailleurs, la légende en alexandrins totalement décalée qui accompagne l'image achève de dévaloriser les personnages, et accentue le burlesque :

    Comme on trempe une arme de guerre,
    Thétis de son moutard voulant faire un héros,
    Le trempa dans le Styx dès qu'il vit la lumière ;
    Ce qui prouve qu'un bain est bon à tout propos.

    (De l'influence des bains, poème par Mr Vigier)

    Un tel traitement impertinent de la mode néo-classique fera dix ans plus tard les délices de Baudelaire, qui écrit dans un article du 22 janvier 1852 : « Depuis quelque temps, j'ai tout l'Olympe à mes trousses, et j'en souffre beaucoup ; je reçois des dieux sur la tête comme on reçoit des cheminées […] Il y a quelques années, Daumier fit un ouvrage remarquable, l'Histoire ancienne, qui était pour ainsi dire la meilleure paraphrase du mot célèbre : « Qui nous délivrera des Grecs et des Romains ? » Daumier s'est abattu brutalement sur l'antiquité et la mythologie, et a craché dessus. Et le bouillant Achille, et le prudent Ulysse, et la sage Pénélope, et Télémaque, ce grand dadais, et la belle Hélène, qui perdit Troie, et la brûlante Sapho, cette patronne des hystériques, et tous enfin nous apparurent dans une laideur bouffonne qui rappelait ces vieilles carcasses d'acteurs classiques qui prennent une prise de tabac dans les coulisses. Eh bien ! j'ai vu un écrivain de talent pleurer devant ces estampes, devant ce blasphème amusant et utile. Il était indigné, il appelait cela une impiété. »

     


    Emma F. et Aymeric H., 1S6


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