• Le sacrifice d'Iphigénie

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    Iphigénie est l’une des filles d’Agamemnon, frère de Ménélas, et de Clytemnestre. Au début de la guerre de Troie, la flotte des Achéens est bloquée dans le port d’Aulis, à cause d’une faute commise par Agamemnon contre la déesse Artémis. Afin de faire partir cette flotte, Agamemnon interroge le devin Calchas, qui lui répond qu’il ne pourra apaiser la colère de la déesse que s’il sacrifie Iphigénie, sa propre fille. Comme tout bon père, Agamemnon d’abord s’oppose à ce sacrifice ; mais Ulysse et Ménélas parviennent à le convaincre d’accepter. Il monte alors un stratagème et fait venir sa fille à Aulis sous le prétexte de la marier avec Achille. Mais le jour du sacrifice, au moment fatidique, Artémis (selon la légende) l’aurait prise en pitié et remplacée par une biche, in extremis.

     

     

    Fresque de Pompéi

         
    Le sacrifice d'Iphigénie   Cette fresque a été découverte à Pompéi pendant une fouille de 1824-25 dans le péristyle de la maison du poète tragique, ainsi nommée à cause d'une mosaïque qui représentait la préparation des acteurs avant une représentation théâtrale. C'est dans l'atrium de cette même maison qu'on a trouvé la fresque du départ de Briséis.
    d'après Timanthe de Cythnos
    (fin Ve s. av.JC)
     
    Fresque de la maison du poète tragique  
    H: 138 x l: 140 cm  
    entre 10 et 79 apr.JC  
    Musée archéologique de Naples  

     

    La fresque représente le moment où Iphigénie est transportée vers l’autel pour être sacrifiée. Elle semble implorer la grâce des dieux en levant les bras au ciel en signe de prière, c’est pathétique. Dans le ciel, la déesse Artémis entend son appel. Les couleurs sont nettement tranchées : le bleu et le marron opposent le monde des dieux et celui des hommes.

    Il y a en tout cinq personnages : deux soldats, le prêtre, Iphigénie et Agamemnon sur le bord gauche de la fresque. La direction du regard de chaque personnage impose différents centres d’attention : Iphigénie, le prêtre et le soldat de gauche indiquent Artémis, le soldat de droite est tourné vers le prêtre. Et Agamemnon est renfermé sur lui-même en cachant son regard avec sa main, il vit une véritable tragédie. Nous pouvons imaginer que cet enfermement sur lui-même est dû à la culpabilité de devoir sacrifier sa propre fille. Nous pouvons reconnaître Artémis avec son arc qui est le symbole de la déesse. En face d’elle, un personnage chevauche un cerf. Iphigénie est nue, en opposition à son père dont la tunique cache entièrement le corps. Les deux soldats et le prêtre qui marchent forment un escalier avançant vers le ciel, qu’Iphigénie semble emprunter. Elle s’avance donc vers les dieux.

    Ce tableau nous a semblé intéressant car il illustre bien la métamorphose d’Iphigénie, qui passe du rôle de victime à un rôle presque divin. Une notion que nous n’avons pas trouvée dans d’autres œuvres est donc l’idée que par son geste de pitié, Artémis a déifié le personnage d’Iphigénie.

     

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    Le sacrifice d'Iphigénie

     
    Le sacrifice d'Iphigénie
    Enluminure sur parchemin
    Illustration d'un manuscrit de Raoul Lefèvre
    Recueil des histoires de Troie
    ms Français 22552, fol.227 - 1495
    Bibliothèque nationale de France

     

     

     

     

     

     

    L’enluminure de ce manuscrit est divisée en trois parties, symbolisant chacune une étape du récit du sacrifice d’Iphigénie. La première, au fond à droite, représente les bateaux bloqués dans le port d’Aulis, circonstance qui est à l'origine du sacrifice d’Iphigénie. Au centre, le sacrifice en lui-même : nous pouvons voir Agamemnon sacrifier sa fille. À droite le temple d’Artémis symbolise la destination du don : la déesse.

    Il y a seulement deux personnages ; Agamemnon en jaune, Iphigénie, en rouge car elle est le centre de l’attention du spectateur. Ils portent tous les deux des vêtements médiévaux, ce qui est un parti pris anachronique puisque la scène est issue de la mythologie grecque. Ces deux personnages sont au premier plan, sur une colline verte qui met en valeur le rouge de la robe d’Iphigénie, et évoque le crime. Autour, les tons bleus sont plus sombres et servent de contexte. En effet, à cette période peu de gens savaient lire et l’image devait pouvoir leur fournir les explications nécessaires à la compréhension du mythe. Cela expliquerait aussi le geste exagéré d’Agamemnon, qui tire son épée le bras tendu au-dessus de lui, en tenant les cheveux de sa fille qui se plie sous son geste.

    Nous avons choisi cette image car elle représente une interprétation de cet épisode à une époque que nous étudions peu mais qui s'intéresse beaucoup à l’antiquité : le Moyen Âge. Nous pouvons constater une christianisation des œuvres antiques en plus d’une réécriture : l’artiste, en insistant sur le caractère odieux d'une religion qui se livre à de tels sacrifices humains, critique le paganisme, c’est-à-dire les religions qui ne sont ni chrétiennes, ni juives.

     

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    Iphigénie de Tiepolo

         
    La villa de Valmarana a été achetée en 1715 par Giustino Valmarana, qui l'a transformée en palais baroque à trois corps de bâtiments. Il a confié à Giambattista Tiepolo le soin de représenter des épisodes épiques et sentimentaux de l'Iliade, de l'Enéide et du Roland Furieux sur des fresques ornant le bâtiment de la Palazzina, dans un style sublime en trompe l'oeil. Cette fresque d'Iphigénie fait partie du même ensemble que celle de Briséis.   Le sacrifice d'Iphigénie
      Giambattista Tiepolo (1696-1770)
      Fresque en trompe l'œil
      H: 350 x l: 700 cm
      1757
      Villa Valmarana, Vicenza, Italie

     

    Cette scène représente le sacrifice d’Iphigénie, au moment crucial, dans le temple, quand Artémis la prend en pitié et refuse qu'elle soit mise à mort. La composition du tableau permet de mettre en valeur l’autel sur lequel est placée Iphigénie. Il est au centre de l’œuvre et entouré par des colonnes, en trompe l’œil, qui l’encadrent et réduisent le champ de la vision pour concentrer le regard du spectateur sur cette scène. On peut penser que la mise en valeur par la surélévation du temple par rapport au sol suggère une scission entre le monde des hommes et celui des dieux. Le tableau est divisé en trois parties : l’une représente l’aspect divin, avec Artémis sur un nuage ainsi que la biche qui est son symbole et va se substituer à la pauvre Iphigénie. La deuxième illustre la scène principale en elle-même. La troisième, enfin, est composée des spectateurs humains et des soldats. Le nuage forme un axe vers le centre ainsi que la robe d’Iphigénie, focalisant le point d’intérêt sur elle. Un deuxième axe suggéré par le drapeau rouge image peut être l’élévation vers le ciel et les dieux. Une porte semble s’ouvrir sur l’Olympe dans les motifs du plafond.

    Les deux parties, de part et d’autre du cadre, sont laissées dans une certaine obscurité, en contraste avec le cadre formé par les colonnes blanches. La scène en elle-même est claire, mais contrastée entre le premier plan lumineux et le second plan plus sombre.

    Iphigénie est prostrée, en signe d’acceptation, au croisement des diagonales du tableau. Elle est soutenue par un homme imposant, vêtu de blanc et portant une couronne de laurier. Les personnages situés sur la droite de l’œuvre sont en armures dans une atmosphère rouge ; l’un d’eux, anonyme, les représente, placé au centre de la troisième partie. L’action semble être prise sur le vif, tous les personnages saisis dans le mouvement. Par exemple le serviteur est en train de tendre le plateau pour le sacrifice. On peut imaginer qu’Artémis s’apprête à substituer Iphigénie par la biche mais que la substitution n’a pas encore eu lieu.

    Nous avons choisi cette œuvre car elle est la plus lyrique, elle raconte à nos yeux l’histoire de façon romancée et idéalisée. Etant donné qu’elle était destinée à un public assez connaisseur en arts et cultivé, sa composition a été scrupuleusement étudiée pour mettre en valeur le récit dans un souci d’esthétique, et pas uniquement de compréhension.

     


    Carla D., 1L1 et Alex B.C., TL1


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