• Le personnage historique d'Hannibal

     

     

     

    Plusieurs auteurs ont relaté l'existence du général Hannibal. Aujourd'hui, nous avons lu deux biographies intitulées toutes deux Hannibal par Serge Lancel et Habib Boularès. Nous comparerons ces deux écrits, en particulier les points de vue des auteurs.

     

    L'Hannibal de Serge Lancel

    Serge Lancel est un auteur et historien français. Il s'est intéressé à la vie d'Hannibal et a publié une biographie en 1995. Son livre raconte les guerres puniques en commençant par relater quelques conquêtes d'Hamilcar, le père d'Hannibal.

    Cet auteur parle d'Hannibal comme d'un très bon guerrier, mais il ne prend tout de même pas parti pour lui : il le qualifie de « héros paradoxal » qui « ne laissera pourtant qu'une empreinte en creux » dans un monde qu'il a tout de même contribué à façonner.

    Lancel étant français, nous pouvons comprendre que le but de cet historien était de relater uniquement les guerres puniques, mais aussi les tactiques utilisées à cette époque. Dans ce livre, Hannibal n'est ni glorifié, ni déprécié. L'auteur respecte les récits des historiens antiques, en citant notamment à plusieurs reprises l'historien Tite-Live :

    • page 50 : « « Tite-Live cependant se distingue, on le verra, par l'allusion à l'emploi du vinaigre »
    • page 50 : (Polybe, III, 54, 4-55 ; Tite-Live, XXI, 35-10-37)
    • page 52 : « Avec un écho rapide chez Tite-Live (XXI, 2, 4)
    • page 164 : Tite-Live, XXII, 23, 4)

     

    Serge Lancel n'a pas essayé d'imposer son point de vue ou de faire participer le lecteur à l'histoire. En effet, c'est un récit historique et non un roman : les historiens se doivent d'être objectifs, les lecteurs se feront ensuite leur propre opinion.

    Il décrit Hannibal comme un grand général, certes, parce que c'est une vérité indéniable. Mais il n'oublie pas de mentionner ses failles et ses erreurs, ou les erreurs carthaginoises. En effet, page 53, il cite une phrase d'Aristote en comparant Romains et Carthaginois : « La voix du peuple était devenue prépondérante dans les délibérations, tandis qu'à Rome le sénat était dans la plénitude de son autorité. Chez les Carthaginois, c'était l'avis du plus grand nombre qui prévalait, chez les Romains celui de l'élite des citoyens ». Par cette phrase, l'auteur nous fait comprendre qu'à Carthage, les décisions étaient un peu désorganisées et assez irréfléchies, ce qui pouvait amener à commettre des erreurs par la suite, tandis qu'à Rome les décisions étant prises par des élites, elles étaient calculées et réfléchies et ne pouvaient donc presque qu'être efficaces.

    Lancel n'oublie également pas de mentionner la puissance romaine, mais il mentionne aussi les failles des légions et des consuls. Par exemple, lorsqu'il parle de Q. Fabius Maximus, dictateur romain élu par les comices centuriates à la suite de la mort de Flaminius fin juin 217, il ne le décrit pas comme un chef de guerre assoiffé de sang. Page 164, l'auteur nous dit que « A Rome, tous ne comprenaient pas ses décisions » (en parlant de Fabius), et que « certains affectaient de ne voir que mollesse, ou même lâcheté ». L'auteur nous informe aussi qu'à cette époque, on rappelait le surnom de l'enfance de Fabius, qui était Ovicula, qui signifie « petite brebis ».

    Nous pouvons donc dire que le point de vue de Lancel est objectif, il laisse le lecteur se faire sa propre idée, il ne l'influence pas, il évoque uniquement les faits, en pesant le pour et le contre.

     

    L'Hannibal d'Habib Boularès

    Habib Boularès est né le 29 juillet 1933 à Tunis. C'est un journaliste, écrivain et homme politique tunisien. Dans ce livre intitulé Hannibal, il parle plus particulièrement des guerres puniques.

    On peut remarquer que l'auteur prend légèrement le parti d'Hannibal : « Hannibal est aussi un héros carthaginois, même si, à cinquante-deux ans, il fut renié par Carthage, trahi, sur le point d'être livré à ses ennemis mortels.» « Les qualités guerrières suffisent-elles à effacer le reste ? Accusations absurdes pour qui connaît l'histoire de l'homme de Carthage ».

    Habib Boularès étant tunisien et Carthage se situant en Tunisie, Hannibal est décrit comme un grand homme de guerre, un conquérant. Malgré le portrait que fait Tite-Live d'Hannibal, l'auteur le réhabilite en le qualifiant de « héros de l'antiquité », de « héros carthaginois ». Il explique aussi que « Les Carthaginois sont réputés avoir une bonne Constitution, supérieure aux autres sur bien des points... ».

    Il contredit Tite-Live, en prenant en quelque sorte la défense de Hannibal. On remarque aussi que l'auteur s'implique beaucoup dans ce livre en apportant des éléments de comparaison. Boularès compare en effet Hannibal à Alexandre : « Hannibal est un héros de l'Antiquité, au même titre qu'Alexandre qu'il avait appris très jeune à admirer ».

    Boularès possède donc un point de vue assez subjectif concernant Hannibal. Il met en évidence la plupart de ses qualités guerrières, et contrairement à Lancel, il ne va pas forcément équilibrer le récit en mentionnant les qualités des légions romaines.

     

    Les points de vue des auteurs sont très importants dans les biographies  : ils font en sorte que le lecteur pense comme eux. Hannibal est décrit dans les deux livres comme un grand homme de guerre, mais le point de vue de Boularès est nettement plus subjectif que celui de Lancel. Nous pouvons justifier ceci par la nationalité de Boularès, qui est la même que celui du général Hannibal d'autrefois.

     

     

     


     

    Marie A. 205, Manon O. et Thibault T. 209.