• Le personnage de Cléopâtre au cinéma et à la télévision

    Liz Taylor et Richard Burton pendant le tournage
    de Cléopâtre de Mankiewicz - 1963

     

    Cléopâtre, avec sa folle histoire qui nous est parvenue grâce à Suétone, Plutarque et bien d'autres, a toujours inspiré les créateurs de tous les arts. Dès la naissance du cinéma, Méliès s'est emparé du sujet. Après lui, et chronologiquement, Cecil B DeMille avec Claudette Colbert, Gabriel Pascal avec Vivien Leigh, Mankiewicz avec Liz Taylor et Franc Roddam avec Leonor Varela, entre bien d'autres,  ont immortalisé l'histoire romanesque de la reine d'Égypte avec ses bains, ses robes, ses coiffures, sa goûteuse, ses servantes et des scènes mythiques comme celle du tapis ou celle de sa mort. Plus récemment, Alain Chabat a adapté Astérix et Cléopâtre de Gosciny et Uderzo au cinéma sous le titre d'Astérix : Mission Cléopâtre, et de nombreux documentaires ou séries télévisées ont également vu le jour comme Le Destin de Rome ou la série Rome, oeuvre de fiction à vocation documentaire. 

     

    I/ Les documentaires

    Dans les films à vocation documentaire, le personnage de Cléopâtre est vu sous l'angle historique : on est alors loin de l'icône glamour ou de la légende romancée, et plus proche de la réalité des faits.

     

     De 1 à 4 - Les chercheurs / 5 - Cléopâtre dans Le Destin de Rome / 6 et 7 - Cléopâtre dans la série Rome

     

    Dans les deux émissions produites par Arte, Le destin de Rome, une voix off détaille les événements, les causes et les conséquences des batailles de Philippes pour le premier volet et d'Actium pour le second. L'ensemble est approfondi par quatre chercheurs. Les acteurs n'ont qu'un rôle subalterne, ne s'exprimant parfois en grec moderne ou en latin que pour illustrer les commentaires. Ici, pas de décor: tout est réalisé en images de synthèse (même les images des acteurs sont trafiquées). Cléopâtre est fidèle au cliché, tant par son apparence, visage, costumes, que par sa grande intelligence.

    La série Anglaise Rome contraste avec cette première émission, tant à propos du personnage de Cléopâtre que de  la forme de la série. Celle-ci s'attache à raconter l'histoire de la fin de la République romaine en s'immiscant dans la vie privée de personnages plus ou moins influents de l'époque. Cléopâtre, interprétée par Lindsay Marshall, a les cheveux très courts, et les perruques qu'elle porte sont parfois loin de la coiffure égyptienne telle que l'on s'imagine généralement ; il en va de même pour le maquillage.

     


    La reine d'Égypte se drogue au début de la série et ses vêtements ne sont pas très sophistiqués. Cependant, cette série s'efforce de donner une image réaliste et documentée de l'histoire et des mœurs de l'époque.

    Malgré de grandes divergences entre ces deux séries et des deux personnages de Cléopâtre, la dimension didactique de ces films est indéniable et leur confère un grand intérêt 

     

    II/ L'histoire remaniée

    La légende de Cléopâtre, avec ses nombreux clichés, fait toujours partie de la culture occidentale. Cependant, le  peu de témoignages qui nous sont parvenus ont modifié l'histoire, en la rendant plus attrayante.

     

    1 et 3 - Liz Taylor en Cléopâtre, dans son bain en 4 et Lotus, sa goûteuse en 2
    5 - Claudette Colbert / 6 - Leonor Varela.

     

    Cléopâtre de Mankiewickz (1963) est sans doute le film le plus célèbre concernant la reine égyptienne, et également l'un des plus chers de l'histoire du cinéma. Pour son scénario, Mankiewickz s'est principalement inspiré de Suétone, Appien et surtout Plutarque, dont l'influence est criante dans la dernière scène. De nombreux clichés sur Cléopâtre furent cependant repris et donc amplifiés par le film tel que le bain, les goûteurs, le grand nombre de servantes et la sortie du tapis. Liz Taylor, qui interpréta une Cléopâtre passionnée, fut vêtue de plus de 65 robes. Elle ne fut cependant que  peu acclamée pour ce rôle, tandis que la magnificence des décors ainsi que des costumes furent récompensés aux Oscars.
     

     

     Claudette Colbert dans Cléopâtre de Cecil B. DeMille (1934)

     

    Avant elle, Claudette Colbert avait déjà incarné Cléopâtre dans le film éponyme de Cecill B DeMille en 1934. Plus froide et calculatrice, elle n'en est pas moins poignante et le film n'en sort que renforcé. Les deux films ont cependant en commun la même opulence, comme le prouve la fête donnée sur le bateau à Tarse en l'honneur de Marc-Antoine, avec une profusion de danseuses, de richesses et des décors gigantesque, durant un sixième du film. La trame est pratiquement similaire, à ceci près qu'une apparition d'Hérode viendra ajouter une péripétie, sans laquelle Cléopâtre ne serait pas tombée amoureuse de Marc-Antoine, qui l'aimait déjà. Les tenues parfois légères de Claudette Colbert ont été choisies par Cecil B DeMille, qui voulait protester contre la censure américaine qui à partir de l'année suivante imposera des codes vestimentaires plus stricts.

    Le dernier film de cette catégorie a été réalisé par Franc Roddam en 1999, avec dans le rôle-titre Leonor Varela. Le scénario est inspiré du roman de Margaret George, Les mémoires de Cléopâtre, mais l'histoire est globalement respectée, comme dans les deux films précédents. L'une des différences majeures est l'intervention d'Arsinoé, qui n'apparaît dans aucun autre film. Cléopâtre est vêtue sans trop d'excès, mais ne porte jamais de coiffure « égyptienne ». L'un des principaux problèmes du film est la lumière, car certains personnages sont souvent filmés à l'ombre et cela nuit à la visibilité, puisque le reste de l'image est au soleil. Les ralentis sont aussi abusivement utilisés. Enfin, cette version se démarque par un orientalisme (notamment dans la musique) qui semble un peu forcé.

    Ces trois films retracent l'histoire de Cléopâtre avec ses clichés et une addition de sentiments liés à la trame romanesque, mais ils n'en restent pas moins plaisants et intéressants.

     

    III/ Le personnage sorti de l'Histoire

    Les deux derniers films, bien qu'ayant pour personnage Cléopâtre, n'ont que peu ou pas de points commun avec l'histoire réelle. Ces deux films sont cependant des comédies et sont donc assez divertissants.

     

    2 et 3 - Vivien Leigh, la rencontre avec César en 1 et Cléopâtre rejoignant César dans un tapis en 4
    5 et 6 - Monica Belucci en Cléopâtre.


    Le premier, César et Cléopâtre (1945) de Gabriel Pascal, inspiré de la pièce de théâtre de George Bernard Shaw, est le plus proche de la véritable histoire, puisqu'il met en scène la rencontre entre César et Cléopâtre et les combats contre Ptolémée. César et Cléopâtre se rencontrent dans le désert près d'un sphinx, mais ils ne tombent pas amoureux l'un de l'autre (Cléopâtre est amoureuse de Marc-Antoine, qui n'est pas présent dans le film). La scène du tapis n'est pas du tout celle de l'Histoire, cependant Cléopâtre, incarnée par Vivien Leigh, use de cet artifice pour rejoindre César au combat, malgré son interdiction. Cléopâtre porte des robes et des parures égyptiennes et même parfois romaines et a une foule de suivantes. Vivien Leigh joue un personnage aussi capricieux que dans Autant en emporte le Vent, mais ses caprices servent ici à accentuer le comique du film.

    Le deuxième film, Astérix : mission Cléopâtre (2002) est quant à lui inspiré de la bande dessinée de Goscinny et Uderzo, Astérix et Cléopâtre. S'il reprend de nombreux calembours de la bande dessinée, certains sont ajoutés, et des personnages sont créés uniquement dans ce but, comme Itineris qui s'improvise déléguée syndicale. L'histoire retrace donc davantage la construction du palais demandé par la reine que sa vie. Monica Belucci, qui incarne la reine, n'est pas vêtue de la manière la plus typique, mais plutôt de robes faisant égyptien, qui n'auraient en aucun cas pu être fabriquées à l'époque.  

     

    Itineris dans Astérix : Mission Cléopâtre d'Alain Chabat (2002)

     

    4/ Les personnages   

    Les personnages ont des rôles différents d'un film à l'autre, même avec des noms semblables : par exemple, Apollodore, qui est dans la plupart des films le serviteur de Cléopâtre, est un marchand dans César et Cléopâtre. César étant un vieil homme, c'est Apollodore qui y tient le rôle du jeune premier. Les personnages récurrents, adjuvants et opposants, sont donc, par leurs personnalités, révélateurs des caractéristiques du film et  de sa tonalité.

     

    César

    César occupe un rôle des plus importants et est présent dans tous les films, sauf dans Le Destin de Rome, qui commence après son assassinat. Chaque réalisateur insiste plus ou moins soit sur son rôle d'amant de Cléopâtre, soit sur celui de conquérant. L'interprétation de ce personnage valut à Rex Harrison, dans le film de Mankiewicz en 1963, d'être nominé aux Oscars.

     

     Jules César en 2 chez Mankiewicz / en 3 chez Cecil B DeMille / en 4 dans Astérix Mission Cléopâtre
    en 5 dans la série Rome / et 6 chez Roddam / 1 - César avec Britannicus et Cléopâtre en 1945.

     

    Marc-Antoine

    Marc-Antoine est souvent moins conquérant mais plus belliqueux que César. Il est également plus épicurien, parfois saoul et même complètement drogué à la fin de la série Rome.

     

    Marc-Antoine en 1 dans la série Rome / en 2 dans Le Destin de Rome / en 3 chez Roddam
    en 4 chez Mankiewicz / et 5 chez Cecil B DeMille.

     

    Octave

    Octave est en général assez juvénile et plutôt intellectuel, plus introverti, quoique chez Mankievicz et dans Le Destin de Rome il possède de grands talents d'orateur. 

     

    Octave chez Mankiewicz en 1 / Cecil B DeMille en 2 / Roddam en 5
      en 3 pour la série Rome / et 4 pour Le Destin de Rome.

     

    Rufio, Apollodore et Sosigène

    Ces adjuvants ne sont pas tous les trois présents, quoiqu'il y en ait toujours au moins un. Sosigène est le précepteur de Cléopâtre, Rufio un centurion conseiller de César et Apolllodore, tantôt marchand dans César et Cléopâtre, tantôt serviteur chez Mankiewicz. Dans la série Rome, aucun d'entre eux n'est présent, bien que César et Marc-Antoine soient conseillés par le centurion Vorenus et Posca, un affranchi. 

     

     1 - Rufio et Apollodore de César et Cléopâtre / 2 - Rufio et Sosigène chez Mankiewicz / 4 - Rufio chez Roddam
    3 - Apollodore chez Cecil B DeMille / 5 - Posca et sa femme, et en 6 Vorenus.

     

    Ptolémée, Pothéinos, Théodote et Achillas

    Respectivement frère de Cléopâtre, conseiller, précepteur et chef de l'armée, ils essayent de s'attirer les faveurs de César en lui livrant la tête de Pompée, ce qui provoquera l'effet inverse, puisqu'il prendra le parti de Cléopâtre.

     

     1 - Ptolémée et Pothéinos dans César et Cléopâtre / 2 - Pothéinos et Achillas chez Cecil B DeMille
    3 - Ptolémée, Arsinoé et Pothéinos chez Roddam / 4 - Pothéinos, Ptolémée, Théodote et Achillas chez Mankiewicz
    5 et 6 - Les mêmes dans la série Rome

     

    Les conspirateurs

    Les assassins de César, Brutus, Cassius et parfois Casca sont évidemment présents dans tous les films où César est assassiné.

     

    1 - Brutus et Cicéron dans la série Rome / 2 - Brutus et Cassius dans Le Destin de Rome
    Brutus Cassius et Casca en 3 chez Mankiewicz, en 4 chez Roddam, en 5 chez Cecil B DeMille

     

    Eiras et Charmion

    Les servantes dévouées de Cléopâtre  l'ont suivie jusqu'à son suicide et se tuèrent avec elle, donnant lieu à la célèbre réplique inventée par Plutarque et reprise par Shakespeare : « Voilà assurément une très belle fin ! Et digne de la descendante de tant de rois. » Généralement jeune, dans la série Rome Charmion est en fait la nourrice de Cléopâtre (il n'y a pas d'Eiras). Dans César et Cléopâtre, la nourrice de la reine est Fatatateeta, dont le nom imprononçable par les romains apportera des effets comiques.

     

    Iras et Charmion chez Roddam en 1 / Cecil B DeMille en 4 / et Mankiewicz en 5
    2 - Charmion de la série Rome / 3 - Fatatateeta.

     


     Samuel R., 1S3