• Le mythe de Cléopâtre en peinture et sculpture

    Buste supposé de Cléopâtre
    Altes Museum - Berlin

     

    Sept reines d'Egypte portèrent le nom de Cléopâtre, mais la plus célèbre reste Cléopâtre VII (Alexandrie 69 avant J.-C. - 30 avant J.-C.), qui fut reine de 51 à 30 avant J.-C. Cette femme autoritaire incarna tout au long de son règne la puissance égyptienne, au point d'effrayer Rome.

    Cléopâtre fut longtemps un modèle absolu de la Femme, nourrissant ainsi l'inspiration de beaucoup de peintres et sculpteurs, qui la représentent de plusieurs manières différentes au fil du temps, au gré des influences des époques.

     

    1/ Tableau d'images représentant Cléopâtre

     

     

    Portrait de Cléopâtre VII

    Sculpture - Milieu du Ier siècle avant J-C

    Musée des antiquités - Turin

     

     

    Statue de Cléopâtre VII

    Sculpture - Milieu du Ier siècle avant J-C

    Musée de l'Hermitage - Saint-Petersbourg

     

    Portrait de Cléopâtre

    Sculpture - Milieu du Ier siècle avant J-C

    Centrale Montemartini - Rome

     

    Giampetrino Ricci - Le suicide de Cléopâtre mordue par un aspic

    Peinture - XVIe siècle

    Musée du Louvre

     

    Girolamo Marchesi - La Mort de Cléopâtre

    Peinture, 1ere moitié du XVI s.

    Musée d'Art et d'Histoire Baron Gérard, Bayeux

     

    Claude Gellée - Le débarquement de Cléopâtre à Tarse

    Peinture - 1642

    Musée du Louvre

     

    Sébastien Bourdon - La rencontre d'Antoine et Cléopâtre

    Peinture - 2eme quart du XVIIe s.

    Musée du Louvre

     

    Claude Bertin - Cléopâtre mourant

    Sculpture - Avant 1697

    Musée du Louvre

     

    Giovanni Lanfranco - Le suicide de Cléopâtre

    Peinture - XVIIe s.

    Galerie Il Quadrifoglio, Milan

     

    Johann Liss - La mort de Cléopâtre

    Peinture - 1622-1624

    Ancienne pinacothèque de Munich

     

    Guido Reni - Cléopâtre se faisant mordre par un aspic

    Peinture - 1630

    Royal collection - Château de Windsor

     

    Guido Reni - La mort de Cléopâtre

    Peinture - 1640

     

    Alessandro Turchi - La mort de Cléopâtre

    Peinture - Vers 1640

    Musée du Louvre

     

    Claude Vignon - Cléopâtre se donnant la mort

    Peinture - 1640

    Musée des Beaux-arts de Rennes

     

    Jacob Jordaens - Le banquet de Cléopâtre

    Peinture - 1653

     

    François Barois - Cléopâtre mourant

    Sculpture - 1656

    Musée du Louvre

     

    Pierre de Cortone - César remet Cléopâtre sur le trône d'Egypte

    Peinture - 1679

    Musée des Beaux-arts de Lyon

     

    Carlo Maratta - Cléopâtre

    Peinture - 1693-1695

    Museo Palazzio - Venise

     

    Antoine Rivalz - La Mort de Cléopâtre

    Peinture - 1er quart du XVIIIe s.

    Musée des Augustins - Toulouse

     

    Louis Jean François Lagrenée - Cléopâtre mourante / Cléopâtre se donnant la mort

    Peinture - 3eme quart du XVIIIe s.

    Musée du Louvre

     

    Giambattista Tiepolo - Le banquet de Cléopâtre

    Peinture - 1744

    National Gallery of Victoria - Melbourne - Australie

     

    Charles-Antoine Coypel - Cléopâtre avalant le poison

    Peinture - 1749

    Musée du Louvre

     

    François-Gaspard-Balthasar Adam - Cléopâtre et le serpent

    Sculpture - 1750

    Terrasse du palais de Sans Souci

     

    Louis Jean François Lagrenée - La mort de Cléopâtre

    Peinture - 1755

    Musée des Beaux-arts de Pau

     

    Père Pierre Lacour - Cléopâtre se désolant devant le tombeau de Marc-Antoine

    Peinture - 4eme quart du XVIIIe s.

     

    Louis Gauffier - Cléopâtre et Octavien

    Peinture - 1788

    Scottish National Gallery

     

    Jean Gigoux - La Mort de Cléopâtre

    Peinture - XIXe s.

    Musée des Beaux-arts et d'archéologie de Besançon

     

    Guillaume François Manageot - Etude de la figure de Cléopâtre

    Peinture - XIXe s.

    Musée Magnin - Dijon

     

    Guermann von Bohn - Cléopâtre

    Peinture - 2eme quart du XIXe s.

    Musée des Beaux-arts de Nantes

     

    Charles Boulanger - La mort de Cléopâtre

    Peinture - 2eme quart du XIXe s.

    Musée des Beaux-arts de Rouen

     

    Jean Gigoux - Antoine et Cléopâtre après la bataille d'Actium

    Peinture - 2eme quart du XIXe s.

    Musée des Beaux-arts de Bordeaux

     

    Eugène Delacroix - Cléopâtre et le paysan

    Peinture - 1838

    Ackland Art Museum

     

    Jean-Léon Gérôme - Cléopâtre et César

    Peinture - 1866

     

    Jean-André Rixens - La mort de Cléopâtre

    Peinture - 1874

    Musée des Augustins - Toulouse

       

    Achille Glisenti - La Mort de Cléopâtre

    Peinture - 1878

    Museo della Città, Santa Giulia

     

    Lawrence Alma-Tadema - La rencontre de Marc Antoine et Cléopâtre

    Peinture - 1885

    Coll. particulière

     

    Alexandre Cabanel - Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort

    Peinture - 1887

    Musée royal des beaux-Arts d'Anvers

     

    Reginald Arthur - La mort de Cléopâtre

    Peinture - 1892

    Roy Miles  Gallery, London

     

    Louis-Marie Baader - La mort de Cléopâtre, Reine d'Egypte

    Peinture - 4eme quart du XIXe s.

    Musée des Beaux-arts de Rennes

     

     

    2/ Etude de deux tableaux

     

     

    Lawrence Alma-Tadema - La rencontre de Marc-Antoine et Cléopâtre - 1885 - Coll. part.

     

    Comme son titre l'indique, cette peinture représente la rencontre de Cléopâtre VII et de Marc-Antoine en 41 avant JC, lors d'une fête sur les bords du Cydnus, près de Tarse en Cilicie.

    Au premier plan, nous pouvons observer Cléopâtre, de profil mais le regard tourné en coin vers le spectateur, qu'elle semble rendre complice de son manège. Elle est vêtue de blanc, dans une robe assez transparente, suggérant qu'elle a l'intention de séduire Marc-Antoine. Elle porte également une peau de léopard qui accentue son caractère exotique. Elle semble lascive, passive, elle se repose, et tient négligemment ce qui semble être son sceptre dans une main. Elle se trouve sur une barque en plein air ; les rideaux et les fleurs qui l'encadrent montrent sa richesse de manière ostentatoire, car elle fait toujours les choses en grand, et donnent à la scène une allure théâtrale. A côté d'elle se trouve un joueur de flûte, ce qui rappelle les contes orientaux, avec le charmeur de serpent. Ici, peut-être Cléopâtre a-t-elle demandé au joueur de flûte de jouer un air pour « charmer » Marc-Antoine.

    Au second plan, Marc-Antoine est vêtu de blanc comme Cléopâtre, mais le sommet de sa tête est recouvert d'un pan de sa toge, ce qui peut suggérer le respect qu'il a pour cette reine, comme lorsque l'on pénètre dans un temple. La peinture datant du XIXe siècle, et la religion étant encore assez présente dans les esprits de tous, on peut penser que le peintre a voulu diviniser Cléopâtre. Marc-Antoine l'observe en train de se reposer ; on voit à la position de son bras qu'il est en mouvement : il se lève de sa barque pour aller la rejoindre. Néanmoins, il semble assez timide, impressionné, il semble avoir en quelque sorte peur de la rejoindre. Le soldat romain assis derrière lui observe également Cléopâtre, mais il ne s'est pas levé. Derrière les rideaux de l'abri de Cléopâtre, on peut distinguer un autre soldat romain.

    Cette peinture marque la puissance et la richesse de Cléopâtre, qui influe sur sa relation avec Marc-Antoine. Celui-ci est en effet pour l'instant sûrement plus attiré par ce qu'elle représente que par sa personne elle-même, et il ne se doute pas de la passion dans laquelle il va être entraîné. Néanmoins, cette peinture datant de la fin du XIXe siècle, il y a un écart temporel considérable entre la véritable période de rencontre Cléopâtre et Marc-Antoine (en 41 avant JC) et la réalisation de cette oeuvre d'art. On peut donc dire que cette peinture est sûrement très idéalisée par le peintre Lawrence Alma-Tadema, qui suggère ici un début de relation assez pudique et retenu entre Cléopâtre et Marc-Antoine.

     

     

    Reginald Arthur - La mort de Cléopâtre - 1892 - Roy Miles  Gallery, London

     

    Au premier plan, on observe un panier de fruits et un drap de lit ; au second plan, Cléopâtre et sa servante. Le tableau est construit de sorte que les lignes de forces et de fuites se confondent, en convergeant vers le visage en souffrance de Cléopâtre.

    Les couleurs contrastent largement. L'arrière-plan gauche semble plongé dans l’ombre, symbolisant la désolation et le futur par la présence de la servante en lamentations. A l’opposé, Cléopâtre illumine cette ombre par sa beauté resplendissante, grâce aux couleurs éclatantes du cadre de son lit ainsi que ses ornements rayonnants. Le linge blanc qu'elle porte symbolise la mort au Moyen-Orient. Cependant, les couleurs principales sont le bleu et vert, des couleurs froides. Ainsi le turban orangé de la servante montre que celle-ci est bien vivante, alors que Cléopâtre se meurt. Ses lèvres rouges montrent son agonie et symbolisent toute la sensualité pour laquelle elle est connue. Ainsi c'est comme si, lors de sa mort, sa vie se résumait dans ses lèvres.

    Dans cette scène, c'est Cléopâtre qui est la plus mise en valeur. On peut la comparer à une statue, à cause de sa position ainsi que son air détaché.

    Ce tableau illustre bien l’héroïsme de Cléopâtre : il nous montre en détail sa mort courageuse et digne. Cette femme a préféré se donner la mort plutôt que de se livrer à Octave, ce qui montre sa grande force d'esprit.

     

    3/ Interprétations

    Après avoir recherché des peintures représentant la dernière reine d'Égypte Cléopâtre, nous avons remarqué qu'elle n'était pas représentée de la même manière selon les époques : ces représentations changent en fonction de la mode artistique et non pas en fonction de son véritable physique..

    Sur les peintures du XVIIe siècle par exemple, nous pouvons voir des couleurs vives, le bleu et le rouge. Cela est dû au style baroque, qui a pour caractéristiques l'utilisation de couleurs chaudes et vives, du rose au bleu ; on remarque également que le rouge est associé à l'empereur. Cléopâtre est aussi idéalisée sur beaucoup de peintures du XVIIe au XVIIIe siècle, et sur la plupart des tableaux du XIXe siècle, nous remarquons sa chevelure brune et son teint doré. Dans toutes ces peintures, c'est le style artistique du peintre qui détermine la représentation du personnage.

     

     

    Si l'on compare ces représentations avec ces pièces de monnaie, on remarque une différence majeure d'esthétique et de beauté : contemporaines des personnages qui les ont fait frapper, les pièces de monnaie sont généralement plus réalistes que des peintures datant des centaines d'années après la mort de Cléopâtre. On voit que celle-ci n'était pas si jolie que cela en réalité, avec un nez épais, des traits grossiers, une bouche trop large. Et les historiens confirment que ce n'était pas sa beauté physique mais le charme de sa conversation et sa grande intelligence qui fascinaient les hommes.

    Pourtant, après sa mort, Cléopâtre est devenue l'un des modèles féminins de toutes les époques, et les peintres l'ont représentée belle, gracieuse, correspondant à l'idée de la Femme pour des artistes masculins... De plus, Cléopâtre est souvent représentée dénudée sur ces peintures, qui représentent majoritairement sa mort, où le serpent lui mord un sein. On pourrait ainsi penser que les peintres se sont servis de la peinture de sa mort comme d'un prétexte pour pouvoir peindre la nudité d'une femme, et représenter par là la nudité de La Femme en général.

     

    Morte depuis plus de deux mille ans, Cléopâtre reste donc la dernière reine d'Egypte, et conserve sa place de grand mythe, repris et réactualisé de différentes façons selon les époques.

    Nous pouvons voir tout d'abord que la puissance de la reine à son époque est attestée par la présence de son portrait sur les pièces de monnaie : son influence était donc bien réelle durant l'empire égyptien.

    Mais mondialement célèbre de son vivant, elle l'est restée jusqu'à nos jours, en continuant à exercer une influence même bien après la défaite de l'Egypte, dans toute la civilisation occidentale, puisqu'elle est représentée sur de nombreuses peintures. Son image dépend alors des stéréotypes de chaque époque, et varie en fonction des critères de séduction et de perfection.

     


    Marie A., 205 et Manon O., 209