• Le désespoir de Déméter

    L'enlèvement de Perséphone   Menu des dieux grecs   Perséphone reine des Enfers

     

    Déméter, désespérée, se mit à chercher sa fille dans toutes les contrées du monde, pendant des jours et des jours.

    Un soir, une vieille femme lui donna à manger un peu de bouillie, qu'elle avala goulûment, ce qui fit rire le jeune Ascalabos ; Déméter, exaspérée, lui jeta à la figure le reste de bouillie et le métamorphosa en lézard. Puis elle poursuivit sa recherche sans plus se préoccuper de la terre et des moissons, dont elle était la déesse, de sorte que son désespoir causa une immense famine.

    Zeus décida alors d’intervenir ; mais comme Perséphone avait, pendant son séjour aux Enfers, mangé six grains de grenade, il ne put la faire revenir définitivement sur terre : elle passerait donc six mois de l’année sur terre et six mois de l’année aux Enfers. Pendant les six premiers mois, Déméter est heureuse et la terre fleurit ; mais lorsque Perséphone redescend sous terre, Déméter s'abandonne à sa douleur et la terre dépérit. Ainsi les anciens expliquaient-ils les saisons.

     

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    Cérès et Stellio

         
    Adam Elsheimer est un peintre allemand du XVIIe siècle. Inspiré par la ville de Rome où il s’établit très jeune, il peignit beaucoup de scènes de la Bible et de la mythologie. Spécialiste du clair-obscur et du travail sur de petits formats, il a joué, avec le Caravage, un rôle déterminant dans l'évolution de la peinture du XVIIe siècle.   Cérès et Stellio
      Huile sur cuivre
    d'Adam Elsheimer
     (1578–1610)
      Vers 1605
      Musée du Prado, Madrid

     

     Ce tableau est très exactement inspiré du texte d'Ovide évoquant la métamorphose d'Ascalabos :

    Accablée de fatigue, Cérès était altérée et nulle source n’avait rafraîchi ses lèvres ; elle vit alors par hasard une cabane couverte de chaume et frappa à son humble porte. Il en sort une vieille femme ; elle voit la déesse et, comme celle-ci lui demandait de l’eau, elle lui donna une boisson douce préalablement recouverte d’une couche de farine d’orge grillée. Tandis qu’elle buvait le breuvage offert, un enfant à l’air dur et impudent se planta devant la déesse et se mit à rire de ce qu’il appelait son avidité. Elle ressentit l’offense et, comme elle n’avait pas achevé de tout boire, la déesse jeta sur lui, pendant qu’il parlait encore, le reste de liquide mélangé à la farine d’orge. Il pénètre dans les pores du visage qui se couvre de taches. L’enfant, un instant avant pourvu de bras, maintenant l’est de pattes ; à ses membres transformés s’ajoutent une queue ; son corps est ramené à des proportions réduites, pour qu’il n’ait pas grande possibilité de nuire, et, dans sa taille amoindrie, ce n’est plus qu’un lézard. Comme la vieille femme éplorée s’apprête à toucher l’animal né du prodige, il la fuit et gagne une cachette. Il porte un nom approprié à la couleur de sa peau et son corps est ça et là constellé de gouttelettes.

    (Ovide, Métamorphoses, V, 423-461)

     

    On voit sur la toile des instruments agricoles, d’élevage, de pêche et de chasse. Cérès est au centre de la composition, avec un long drapé rouge. Elle boit le breuvage que lui a offert la vieille dame avec avidité, ce qui déclenche la moquerie du jeune garçon à droite. Cette image correspond au moment qui précède immédiatement sa métamorphose en lézard.

    Les différentes sources de lumière donnent de l'unité à la toile. Pour éclairer la nuit noire, la flamme d'un flambeau sur une roue de charrette éclaire la déesse, qui pose comme une statue antique, et fait ressortir la couleur rouge de la robe. Au centre à l’arrière, on distingue à peine la lumière d'un feu de camp. Et la bougie que tient la vieille dans sa main dans sa main illumine son cou et son menton. L’éclairage est axé sur les trois personnages principaux et la lumière captive notre regard.

    Par ses contrastes très prononcés, ce tableau pose la question de l'exil, de la solitude dans la nuit noire, de la chaleur d'un feu de hasard, de la solidarité et de l’amour.

     

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    Zeus ayant ordonné à Hadès de renvoyer Perséphone, celui-ci, de crainte qu'elle ne demeurât trop longtemps auprès de sa mère, lui donna à manger un grain de grenade ; ce qu'elle fit, ne prévoyant pas ce qui devait en arriver. Ascalaphe, fils de l'Achéron et de Gorgyre, en ayant rendu témoignage, Déméter l'enferma dans les Enfers sous une grosse pierre ; et Perséphone fut obligée de passer un tiers de l'année avec Hadès, et le reste avec les autres dieux.

    (Apollodore, Bibliothèque, I, 5, 3)


    Proserpine (détail)

      Proserpine
         
         
    Dante Gabriel Rossetti est un peintre, poète, traducteur et écrivain britannique. Il fonda le préraphaélisme en 1848 avec William Holman Hunt et John Everett Millais. Ce mouvement artistique cherche à imiter la peinture des maîtres italiens du XVe siècle, prédécesseurs de Raphaël. Le travail de Rossetti se caractérise par la sensualité de ses œuvres et la reprise de thèmes mythologiques et médiévaux.   Proserpine
      Dante Gabriel Rossetti (1828-1882)
      Peinture à l'huile sur toile
      1874
      Musée Tate Britain, Londres

     

    Ce tableau représente Proserpine (nom latin de Perséphone) en tant que reine des Enfers. Cérès a supplié Zeus de l’aider à faire revenir sa fille sur terre, en échange du retour de la fertilité de la nature. Mais Perséphone a malheureusement mangé quelques grains de grenade.

    Elle est représentée dans un couloir sombre de son palais, le fruit mortel dans la main, avec un regard pensif et soucieux. Elle est l’élément central du tableau, avec un long drapé bleu éclairé, et tient dans une de ses mains, une grenade bien rouge. Il y a un très fort contraste entre l’arrière plan, qui semble dans l’obscurité, et le personnage principal et son action.

    Les divers symboles contenus dans la peinture incluent la grenade, qui signifie la captivité et le mariage, et l'encens-brûleur, l'attribut d'une déesse.

     

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    Perséphone enfermée dans les Enfers représente la nature en sommeil durant l’hiver et l’automne. Lorsqu'elle redescend sous terre, Déméter s'abandonne à sa douleur et la terre dépérit. Le retour de Perséphone auprès de sa mère correspond à la renaissance de la nature endormie avec le printemps et l’été : Déméter est alors heureuse, et la terre refleurit.

     

     

    Le désespoir de Déméter

         
    Cette œuvre fut commandée par Louis XIV afin de décorer le grand salon du pavillon royal du château de Marly sur le thème des quatre saisons : Louis II de Boulogne pour L’Eté, Charles de la Fosse pour L’Automne, Jean Jouvenet pour L’Hiver et Antoine Coypel pour Le Printemps.  
    Cérès, allégorie du mois d'août
    Louis de Boulogne (1654-1733)
    Peinture à l'huile sur toile
    Vers 1699
    Musée des Beaux-Arts de Rouen

     

    Louis de Boulogne montrait dans ses compositions une grande maîtrise de la mise en scène, avec un dessin correct, un beau coloris ; ses têtes sont d’un grand caractère et d’une belle expression.

    Cette œuvre évoque la tradition des grands décors classiques du XVIIe siècle. Il s’agit d’une figure allégorique de l’Eté avec des détails facilement identifiables : les épis de blé, la faucille et la couronne, les petits garçons, le Lion, signe zodiacal du mois d’août. Cérès représente ici l’abondance de l’été, avec la profusion des récoltes de blés, de vins, et de fruits. Son sein nu est signe de fécondité. Son visage est heureux, serein. Les chairs sont potelées, ce qui peut exprimer l’abondance des récoltes. Toutes ces caractéristiques sont celles du classicisme.

     


    Cassandre A., 217


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