• Le Déluge / Deucalion et Pyrrha

       

     

    Le mythe de Deucalion et Pyrrha est peu connu : si l’on en trouve facilement des interprétations antiques, il est presque impossible d’en trouver une réécriture plus récente. On peut cependant remarquer des similitudes avec le passage de la Bible consacré à Noé et au Déluge, ainsi que des représentations artistiques au cours du Moyen Âge et de la Renaissance.

    Mais ces versions mettent-elles l'accent sur les mêmes épisodes ?

     

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    Comparaison de textes

     

    Texte latin

    Le texte le plus important est celui des Métamorphoses d'Ovide (début Ier s. apr.JC). Consacré aux premiers temps de l'humanité, il se trouve logiquement dans le livre I, 313-415.

    Jupiter convoque les dieux sur l’Olympe et après leur avoir exposé les méfaits des Hommes, il prend la décision de tous les punir en engloutissant la terre entière sous les eaux.

     

     

    L'Attique est séparée de la Béotie par la Phocide, contrée fertile avant qu'elle fût submergée ; mais alors, confondue tout à coup avec l'Océan, ce n'était plus qu'une vaste plaine liquide. Là s'élève jusqu'aux astres un mont dont la double cime se perd au sein des nues : le Parnasse est son nom ; c'est sur cette montagne, seul endroit de la terre que les eaux n'eussent pas couvert, que s'arrêta la faible barque qui portait Deucalion et sa compagne. Ils adorent d'abord les Nymphes de Coryce, les autres dieux du Parnasse, et Thémis, qui révèle l'avenir, et qui rendait alors ses oracles en ces lieux. Jamais homme n'eut plus de zèle que Deucalion pour la vertu et pour la justice, jamais femme n'eut pour les dieux plus de respect que Pyrrha. Quand Jupiter a vu le monde changé en une vaste mer, et que de tant de milliers d'hommes, de tant de milliers de femmes qui l'habitaient, il ne reste plus qu'un homme et qu'une femme, couple innocent et pieux, il écarte les nuages, ordonne à l'Aquilon de les dissiper, et découvre la terre au ciel et le ciel à la terre.

     
    Le Roman de Troie - ms Français 254, fol.12  (1467) - BnF


    Déjà la mer a retrouvé ses rivages ; les fleuves décroissent et rentrent dans leur lit, assez large pour les contenir tout entiers ; les collines semblent sortir des eaux, la terre surgit par degrés, et paraît s'élever à mesure que les eaux s'abaissent ; si longtemps cachés sous les flots, les arbres découvrent leurs têtes dépouillées de feuillage, et chargées encore de limon. Le monde était enfin rendu à lui-même. A l'aspect de cette solitude désolée, où règne un profond et morne silence, Deucalion ne peut retenir ses larmes, et, s'adressant à Pyrrha : 

    «O ma sœur ! ô ma femme ! s'écrie-t-il ; ô toi qui seule survis à la destruction de ton sexe, unis jadis par le sang, par une commune origine, et bientôt par l'hymen, que le malheur resserre aujourd'hui ces nœuds. Du couchant à l'aurore, le soleil ne voit que nous deux sur la terre ; nous sommes le genre humain, tout le reste est enseveli sous les eaux. Je n'ose même encore répondre de notre salut ; ces nuages suspendus sur nos têtes m'épouvantent toujours. Infortunée ! si le ciel t'eût sauvée sans me sauver, quel serait aujourd'hui ton destin ? Seule, qui t'aiderait à supporter tes alarmes ? qui consolerait tes douleurs ? Ah ! crois-moi, chère épouse, si la mer t'avait engloutie sans moi, je t'aurais suivie, et la mer nous eût engloutis tous les deux ! Ne puis-je, à l'exemple de Prométhée mon père, faire naître une nouvelle race d'hommes, et, comme lui, souffler la vie à l'argile pétrie de mes mains ? Nous sommes, à nous deux, les seuls débris de l'espèce humaine ; les dieux l'ont ainsi voulu ; ils ont sauvé en nous un modèle des hommes». Il dit, et tous deux pleuraient, résolus d'implorer le secours des dieux, et de consulter l'oracle. Ils se rendent sur les bords du Céphise, dont les flots, limoneux encore, coulaient déjà dans leur lit ordinaire. Quand ils ont arrosé de son eau sainte leur tête et leurs vêtements, ils dirigent leurs pas vers le temple de la déesse ; le faîte était souillé d'une mousse fangeuse, et le feu des autels éteint. Dès que leurs pieds ont touché le seuil du temple, prosternés l'un et l'autre la face contre terre, ils baisent le marbre humide avec une sainte frayeur.

    «Si les dieux, disent-ils, se laissent fléchir aux humbles prières des mortels, s'ils ne sont pas inexorables, apprends-nous, ô Thémis, quelle vertu féconde peut réparer la ruine du genre humain, et montre-toi propice et secourable au monde abîmé sous les eaux».

    Touchée de leur prière, la déesse rendit cet oracle : «Eloignez-vous du temple, voilez vos têtes, détachez les ceintures de vos vêtements, et jetez derrière vous les os de votre aïeule antique». Ils demeurent frappés d'un long étonnement. Pyrrha, la première, rompt le silence et refuse d'obéir aux ordres de la déesse ; elle la prie, en tremblant, de lui pardonner, si elle n'ose outrager les mânes de son aïeule en dispersant ses os.

    Cependant ils cherchent ensemble le sens mystérieux que cachent les paroles ambiguës de l'oracle, et les repassent longtemps dans leur esprit. Enfin, Deucalion rassure la fille d'Epiméthée par ces consolantes paroles : «Ou ma propre sagacité m'abuse, ou l'oracle n'a point un sens impie, et ne nous conseille pas un crime. Notre aïeule, c'est la terre, et les pierres renfermées dans son sein sont les ossements qu'on nous ordonne de jeter derrière nous». Bien que cette interprétation ait ébranlé l'esprit de Pyrrha, son espérance est encore pleine de doute, ou bien le doute combat encore son espérance, tant il leur reste d'incertitude sur le sens véritable de l'oracle divin ! Mais que risquent-ils à tenter l'épreuve ? ils s'éloignent, et, le front voilé, laissant flotter leurs vêtements, selon le vœu de Thémis, ils marchent en jetant des cailloux en arrière.

    Ces cailloux (qui le croirait, si l'antiquité n'en rendait témoignage ?), perdant leur rudesse première et leur dureté, s'amollissent par degrés, et revêtent une forme nouvelle. A mesure que leur volume augmente et que leur nature s'adoucit, ils offrent une confuse image de l'homme, image encore imparfaite et grossière, semblable au marbre sur lequel le ciseau n'a ébauché que les premiers traits d'une figure humaine. Les éléments humides et terrestres de ces pierres deviennent des chairs ; les plus solides et les plus durs se convertissent en os ; ce qui était veine conserve et sa forme et son nom. Ainsi, dans un court espace de temps, la puissance des dieux change en hommes les pierres lancées par Deucalion, et renouvelle, par la main d'une femme, la race des femmes éteinte. C'est de là que nous venons : race dure et laborieuse, nous témoignons sans cesse de notre origine.

     

    Deucalion et Pyrrha - Fresque de Baldassarre Peruzzi (1481-1536) - 1518-1519 - Villa Farnesine - Rome

     

     

     

    Ancien Testament, Genèse, 7-8

    Voici à présent la version judaïque de cet épisode du déluge, telle qu'elle est développée dans le premier livre de la Bible, la Genèse.

     

    Le Seigneur dit à Noé : Entre dans l'arche, toi et toute ta maison ; car je t'ai vu juste devant moi parmi cette génération. Tu prendras auprès de toi sept couples de tous les animaux purs, le mâle et sa femelle ; une paire des animaux qui ne sont pas purs, le mâle et sa femelle ; sept couples aussi des oiseaux du ciel, mâle et femelle, afin de conserver leur race en vie sur la face de toute la terre. Car, encore sept jours, et je ferai pleuvoir sur la terre quarante jours et quarante nuits, et j'exterminerai de la face de la terre tous les êtres que j'ai faits.

    Noé exécuta tout ce que le Seigneur lui avait ordonné. Noé avait six cents ans, lorsque le déluge d'eaux fut sur la terre.

    Et Noé entra dans l'arche avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, pour échapper aux eaux du déluge. D'entre les animaux purs et les animaux qui ne sont pas purs, les oiseaux et tout ce qui se meut sur la terre, il entra dans l'arche auprès de Noé, deux à deux, un mâle et une femelle, comme Dieu l'avait ordonné à Noé. Sept jours après, les eaux du déluge furent sur la terre.

    L'an six cents de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois, en ce jour-là toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s'ouvrirent. La pluie tomba sur la terre quarante jours et quarante nuits.

    Ce même jour entrèrent dans l'arche Noé, Sem, Cham et Japhet, fils de Noé, la femme de Noé et les trois femmes de ses fils avec eux : eux, et tous les animaux selon leur espèce, tout le bétail selon son espèce, tous les reptiles qui rampent sur la terre selon leur espèce, tous les oiseaux selon leur espèce, tous les petits oiseaux, tout ce qui a des ailes. Ils entrèrent dans l'arche auprès de Noé, deux à deux, de toute chair ayant souffle de vie. Il en entra, mâle et femelle, de toute chair, comme Dieu l'avait ordonné à Noé.

    Puis le Seigneur ferma la porte sur lui. Le déluge fut quarante jours sur la terre. Les eaux crûrent et soulevèrent l'arche, et elle s'éleva au-dessus de la terre. Les eaux grossirent et s'accrurent beaucoup sur la terre, et l'arche flotta sur la surface des eaux. Les eaux grossirent de plus en plus, et toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel entier furent couvertes. Les eaux s'élevèrent de quinze coudées au-dessus des montagnes, qui furent couvertes. Tout ce qui se mouvait sur la terre périt, tant les oiseaux que le bétail et les animaux, tout ce qui rampait sur la terre, et tous les hommes.

    Tout ce qui avait respiration, souffle de vie dans ses narines, et qui était sur la terre sèche, mourut. Tous les êtres qui étaient sur la face de la terre furent exterminés, depuis l'homme jusqu'au bétail, aux reptiles et aux oiseaux du ciel : ils furent exterminés de la terre. Il ne resta que Noé, et ce qui était avec lui dans l'arche.

    Les eaux furent grosses sur la terre pendant cent cinquante jours.

    Dieu se souvint de Noé, de tous les animaux et de tout le bétail qui étaient avec lui dans l'arche ; et Dieu fit passer un vent sur la terre, et les eaux s'apaisèrent. Les sources de l'abîme et les écluses des cieux furent fermées, et la pluie ne tomba plus du ciel.

    Les eaux se retirèrent de dessus la terre, s'en allant et s'éloignant, et les eaux diminuèrent au bout de cent cinquante jours.

    Le septième mois, le dix-septième jour du mois, l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat. Les eaux allèrent en diminuant jusqu'au dixième mois. Le dixième mois, le premier jour du mois, apparurent les sommets des montagnes.

    Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre qu'il avait faite à l'arche. Il lâcha le corbeau, qui sortit, partant et revenant, jusqu'à ce que les eaux eussent séché sur la terre. Il lâcha aussi la colombe, pour voir si les eaux avaient diminué à la surface de la terre. Mais la colombe ne trouva aucun lieu pour poser la plante de son pied, et elle revint à lui dans l'arche, car il y avait des eaux à la surface de toute la terre. Il avança la main, la prit, et la fit rentrer auprès de lui dans l'arche. Il attendit encore sept autres jours, et il lâcha de nouveau la colombe hors de l'arche. La colombe revint à lui sur le soir ; et voici, une feuille d'olivier arrachée était dans son bec. Noé connut ainsi que les eaux avaient diminué sur la terre. Il attendit encore sept autres jours ; et il lâcha la colombe. Mais elle ne revint plus à lui.

    L'an six cent un, le premier mois, le premier jour du mois, les eaux avaient séché sur la terre. Noé ôta la couverture de l'arche : il regarda, et voici, la surface de la terre avait séché.

    Le second mois, le vingt-septième jour du mois, la terre fut sèche. Alors Dieu parla à Noé, en disant : Sors de l'arche, toi et ta femme, tes fils et les femmes de tes fils avec toi. Fais sortir avec toi tous les animaux de toute chair qui sont avec toi, tant les oiseaux que le bétail et tous les reptiles qui rampent sur la terre : qu'ils se répandent sur la terre, qu'ils soient féconds et multiplient sur la terre. Et Noé sortit, avec ses fils, sa femme, et les femmes de ses fils. Tous les animaux, tous les reptiles, tous les oiseaux, tout ce qui se meut sur la terre, selon leurs espèces, sortirent de l'arche.

    Noé bâtit un autel au Seigneur ; il prit de toutes les bêtes pures et de tous les oiseaux purs, et il offrit des holocaustes sur l'autel. Le Seigneur sentit une odeur agréable, et le Seigneur dit en son coeur : Je ne maudirai plus la terre, à cause de l'homme, parce que les pensées du coeur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse ; et je ne frapperai plus tout ce qui est vivant, comme je l'ai fait. Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l'été et l'hiver, le jour et la nuit ne cesseront point.

     

    Nous allons comparer ici deux textes d’époques, de genres et de religions différentes. Le premier, romain et païen, date du début du Ier siècle apr. JC et a pour protagonistes Deucalion et Pyrrha, un couple de survivants du déluge provoqué par les dieux sur terre. Le poète Ovide les intègre dans un immense poème épique dont l'axe directeur est le récit de centaines de métamorphoses : ainsi, les deux personnages bénéficient du privilège insigne de fonder eux-mêmes une humanité nouvelle. Le second texte lui est en fait antérieur (VIIIe-IIe s. av.JC) et d'origine religieuse, judaïque : il développe le mythe du Déluge tel que le présente la Bible, avec pour protagoniste Noé, un homme pieux et bon, qui parvient à résister au Déluge de Dieu en embarquant dans un navire, lui, sa famille, ainsi qu’un couple de chaque espèce animale.

    Quels sont les points communs mais aussi les différences entre ces deux textes ?

     

    Le premier point commun est l’inondation totale de la terre, d’un côté par Jupiter, de l’autre par Dieu : Ovide insiste sur son étendue : « Ce n'était plus qu'une vaste plaine liquide », tandis que la Bible insiste sur sa durée : « Encore sept jours, et je ferai pleuvoir sur la terre quarante jours et quarante nuits », annonce Dieu à Noé.

    Dans les deux cas, les personnages survivants accostent sur le sommet d'une montagne : le Parnasse pour Deucalion et Pyrrha, et le mont Ararat pour Noé.

    Enfin, dans les deux cas, ce sont les protagonistes qui sont à l’origine de la fructification et de la multiplication des espèces survivantes : dans la Bible, Noé lâche les animaux sur sa nouvelle terre pour les faire prospérer, tandis que chez Ovide, Deucalion et Pyrrha, petits-enfants de Gaïa, jettent des pierres par-dessus leur épaule, pour ainsi donner naissance à une nouvelle espèce humaine.

     

    Pourtant il y a tout de même aussi une différence importante entre ces deux textes. Dans la Bible, Noé embarque avec toute sa famille et un couple de chaque espèce animale dans l’arche, tandis que seuls Deucalion et Pyrrha échappent au déluge dans le mythe païen. Lorsque l’eau se retire complètement, tout redevient comme avant le déluge, mais il n’y a plus d’Hommes : c'est aux deux « justes » qu'il revient de créer une nouvelle humanité en jetant des pierres derrière eux. Ces deux humains reçoivent donc en délégation de la part de Thémis un pouvoir de métamorphose qui est normalement réservé à la divinité. Dans la Bible au contraire, le pouvoir de créer une nouvelle humanité ne saurait être attribué à un simple être humain : Noé a pu préserver dans l'arche une vie animale préexistante, mais Dieu ne lui délègue aucun pouvoir de création. Voilà pourquoi il fallait que Noé embarque dans l'arche avec toute sa famille : ce sont ses enfants, Sem, Cham et Japhet, qui seront à l'origine des races qui vont à nouveau peupler la terre.

     

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    Iconographie

     

    L'arche de Deucalion et Pyrrha
    Enluminure de l'Ovide moralisé
    Ms Français 137, fol.6v - 1470-1480 - BnF

     

     

     

     

    Cette enluminure illustrant l'un des nombreux manuscrits de l'Ovide moralisé montre comment les artistes du Moyen Âge ont tenté de rendre compatible l'œuvre païenne du poète latin avec la culture religieuse de la Bible. On peut en effet voir Deucalion et Pyrrha dans une arche survolée par Jupiter (représenté ici par un ange), comme l’indique la rubrique (légende en rouge) au-dessus de l’illustration. Il s'agit donc ici d'une œuvre d'inspiration autant antique que biblique, entre le mythe d’Ovide et celui de la Genèse.

     

     

    Deucalion et Pyrrha recréent la race humaine
    Enluminure de l'Ovide moralisé
    Ms 04, fol.28 - 1325 - Bibl. municipale de Rouen

     

     

     

     

    Cette autre enluminure d'un manuscrit de l'Ovide moralisé du XIVe siècle montre de la même manière comment l'enlumineur a su à la fois respecter le texte latin, puisque Deucalion et Pyrrha sont voilés, et le contexte chrétien du Moyen Âge : la nouvelle humanité ainsi créée est pieuse, comme en attestent les mains levées vers le ciel en signe de prière.

     

     

    Deucalion et Pyrrha
    Esquisse à l'huile sur panneau de Pierre Paul Rubens
    1636 - Musée du Prado, Madrid

     

     

     

     

    Cette esquisse de Rubens pour un tableau aujourd'hui disparu semble inspirée de la fresque de la villa Farnesine montrée plus haut. Celle-ci, comme de nombreuses œuvres de la Renaissance, témoigne d'un retour aux sources antiques et et est en tous points fidèle au texte d'Ovide : Deucalion et Pyrrha, avançant voilés, lancent des pierres derrière eux. De ces pierres naissent des humains, dont la transformation est décomposée en moments différents. Elle commence en bas à droite du tableau, avec ces êtres difformes qui semblent émerger de la terre, puis se termine à la droite de la toile, par ce couple de jeunes humains qui courent et rient, symboles d’une humanité nouvelle et bonne, qui ne veut pas reproduire les erreurs de ses ancêtres. Dans sa construction, cette œuvre est coupée en deux au centre, avec, à gauche, l’ancien monde, les hommes fatigués, courbés, las, et à droite l’humanité jeune et pleine d’avenir.

     

     

    Deucalion et Pyrrha repeuplant la terre
    Dessin à la plume de Domenico Piola l'Ancien (1627-1703)
    XVIIe siècle - Musée du Louvre

     

     

     

     

    Ce dessin présente de nombreuses différences par rapport aux œuvres précédentes. Premièrement, Deucalion et Pyrrha sont ici répartis symétriquement des deux côtés de la composition, ce qui peut signifier qu'ils représentent les deux genres humains, l’homme et la femme, et ne se mélangent pas. Ici, si la progressivité de la métamorphose n’est pas aussi évidente que sur le tableau de Rubens, l’humanité est toutefois représentée dans une masse, ses traits sont plus confondus, moins distincts. On a donc bien une humanité qui sort à peine de terre, comme lui appartenant encore, à mi-chemin de l’état de pierre et de celui d’humain à part entière.

     

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    En définitive, on a pu constater que le mythe de Deucalion et Pyrrha a surtout inspiré des œuvres artistiques, plusieurs siècles après sa création par Ovide. Alors que la Bible propose une version de la colère divine qui rejoint le poème d'Ovide par le thème du déluge et de la noyade de l'espèce humaine, la question de la recréation de l'humanité par des êtres humains, même invités par la déesse Thémis, est plus difficile à adapter à la culture judéo-chrétienne, qui n'attribue qu'à Dieu le pouvoir de le faire. Il a fallu attendre les tentatives médiévales de moralisation d'Ovide, et surtout la Renaissance, pour que soit tentée une fusion artistique des deux versions de l'histoire.

     


    Neil P., 203