• La vengeance d'Achille

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    Achille, fou de rage qu'Hector ait tué son meilleur ami Patrocle, est revenu au combat, a affronté Hector en combat singulier et l'a tué. Mais ne considérant pas cette mort comme une vengeance suffisante, il décide de priver le cadavre d'Hector des honneurs rendus aux guerriers morts au combat. Il l'attache donc à son char et fait trois fois le tour de la ville, triomphant, en traînant dans la poussière le cadavre de son ennemi.

     

     

    Peigne de la mort d'Hector

         
    Achille traîne Hector derrière son char   Ce peigne a été trouvé dans une tombe de la deuxième moitié du Ier siècle av.JC, dans la cité d'Oria, entre Tarente et Brindisi, dans le talon de la botte italienne. Il témoigne de l'intérêt renouvelé des milieux romains cultivés pour l'histoire de la guerre de Troie, à une époque où la propagande d'Auguste mettait à l'honneur les supposés ancêtres troyens du nouveau dirigeant.
    Sculpture sur os  
    Entre 50 et 1 av.JC  
    Peigne trouvé dans la tombe 5
    Via Frascata, Oria
     
    Musée archéologique national de Tarente  

     

    Ce peigne est très abîmé, en raison de son âge, mais il a eu la chance d'être déposé dans une tombe, ce qui lui a permis d'arriver jusqu'à nous. La sculpture se trouve sur la partie centrale, entre les deux rangées de dents. Tout à gauche, nous pouvons voir une colonnette sculptée, vers laquelle se dirige un char conduit par quatre chevaux, un quadrige, sur lequel se tient Achille. Il avance vers la gauche du peigne, mais il se retourne pour regarder le cadavre d'Hector, traîné derrière son char, tout du long, les bras tendus derrière la tête. On distingue une lance dans la main d'Achille, qu'il brandit en signe de victoire. Un autre soldat brandit également sa lance, ainsi qu'un bouclier à la droite du peigne.

    La scène met en valeur le triomphe d'Achille : le quadrige est un char d'apparat, et les gestes des deux personnages, qui brandissent leurs lances, célèbrent la mort du plus grand héros troyen, qui va permettre de faire basculer la guerre en faveur du camp grec.

    J'apprécie cette œuvre pour plusieurs raisons. D'abord, elle représente avec simplicité une scène qui ne comporte que très peu de personnages et qui est facilement reconnaissable. De plus, le support est original, et sa surface tout en longueur est particulièrement bien exploitée. L'utilisation d'objets du quotidien pour représenter des épisodes mythologiques était courante dans l'antiquité gréco-romaine ; l'art de la céramique en est un autre exemple. Enfin, je trouve que la scène est bien réalisée : le caractère d'Achille, triomphal après avoir vengé la mort de son meilleur ami, s'exprime avec très peu de moyens. Cela constitue un bon exemple de la maîtrise technique et esthétique des artistes dans l'antiquité.

     

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    Sarcophage de la mort d'Hector

         
    Sarcophage d'Achille   Le sarcophage d'Achille a été découvert dans la nécropole de Tyr, une ville phénicienne très ancienne. Il s'agit d'une oeuvre romaine d'inspiration attique, exécutée probablement dans la deuxième moitié du IIe siècle apr.JC, d'après un carton grec : on retrouve les mêmes scènes, et souvent les mêmes compositions, dans d'autres sarcophages du bassin méditerranéen.
    Panneau avant, côté gauche  
    Sculpture sur marbre  
    Découvert dans la nécropole de Tyr  
    IIe s. apr.JC  
    Musée national de Beyrouth, Liban  

     

    L'utilisation d'un sarcophage pour évoquer la vie d'Achille (cette scène n'est pas la seule représentée) n'est pas étonnante. Souvent, des figures mythologiques étaient gravées sur les sarcophages de ceux qui avaient les moyens de s'offrir de telles œuvres, et le personnage d'Achille, qui avait fait le choix d'une vie héroïque brève pour accéder à une immortalité glorieuse, était l'un de ceux que les commanditaires préféraient.

    Le sarcophage est sculpté de nombreuses figures, en particulier sur le côté gauche du panneau avant, que nous étudions ici. En bas à gauche, nous reconnaissons immédiatement le cadavre d'Hector, à même le sol, les bras étendus. Il est attaché au char d'Achille, tiré par deux chevaux, Xanthe et Balios, deux chevaux sacrés qui partagent les émotions de son maître. Sur ce char, Achille se tient debout, triomphant, avec une posture dominatrice.

    Derrière Achille, il y a de nombreux hommes : ce sont des Troyens, reconnaissables à leur bonnet phrygien. Ils entourent un char, apportant des présents à Achille pour racheter le corps d'Hector : à droite du panneau, en effet, la scène se prolonge avec la supplication de Priam. L'un de ces hommes tient un vase précieux, l'autre porte sur son épaule une armure romaine anachronique. Cette scène est inspirée du texte d'Homère, qui énumère tous les présents que le vieux Priam a choisis dans ses réserves : 

    «Il dit, et souleva les beaux couvercles des coffres. Il en tira douze voiles très beaux, douze manteaux simples, autant de tapis, autant de robes blanches, et, en outre, autant de tuniques. Pour l'or, il en pesa et en emporta dix talents. Il y prit encore deux trépieds flamboyants, quatre chaudrons ; il y prit une coupe magnifique, que les Thraces lui avaient donnée, quand il alla chez eux en ambassade, présent considérable. Cette coupe même, le vieillard ne l'épargna pas, dans son palais ; car il désirait surtout, en son âme, se faire rendre son fils. (Homère, Iliade, XXIV, 228-237)»

    Ce sarcophage dépeint donc plusieurs scènes en une seule, en regroupant sur un même panneau des événements successifs. On voit Achille qui traîne Hector derrière son char, et en même temps, les Troyens qui viennent apporter les présents pour racheter le corps, et plus loin sur le sarcophage, Priam qui supplie à genoux Achille. Le travail sur le marbre est virtuose et très esthétique, conformément à l'art gréco-romain du IIe siècle après JC.

     

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    Triomphe d'Achille

         
    Cette fresque est située dans le palais de l'Achilleion, sur l'île de Corfou, en Grèce. Il a été construit à la demande de l'impératrice d'Autriche Sissi, qui voulait dédier un palais à son héros favori, Achille. On y trouve de nombreuses statues, comme celles des neufs muses, d'Achille mourant, ou des statues de philosophes antiques. La fresque d'Achille triomphant se trouve en haut d'un escalier monumental, situé en face de l'entrée du palais.   Le triomphe d'Achille
      Franz Matsch (1861-1942)
      Fresque
      H: 4 m x l: 8m
      1891
      Palais de l'Achilleion, Corfou

     

    Au premier plan, Achille attire immédiatement le regard du spectateur : il se tient droit sur son char, emporté par deux superbes chevaux noirs à la robe luisante. Il tient de sa main gauche sa lance et son bouclier. Armure, bouclier, cimier du casque et manteau, tout est rouge autour d'Achille, ce qui lui donne l'allure dynamique et violente d'un chef militaire triomphant.

    Il brandit de sa main droite un casque au cimier blanc, probablement celui d'Hector, que l'on aperçoit ensuite, traîné dans la poussière, misérable, les pieds attachés à l'arrière du char. L'artiste a respecté à la lettre ce que dit Homère dans l'Illiade :

    « Il lui transperce les deux tendons des pieds, depuis la plante jusqu'à la cheville, et l'attache à son char avec des courroies de cuir de bœuf, en laissant traîner la tête. Puis, montant sur le char et élevant en l'air les armes glorieuses du vaincu, il fouette pour pousser les chevaux, qui tous deux volent de bon cœur. Un nuage s'élève derrière le corps traîné dans la poussière ». (Homère, Iliade, XX, 396-402). On peut supposer que la fidélité de cette représentation tient au fait que l'impératrice Sissi, qui lisait le grec, a dû demander à l'artiste viennois, Franz Matsch, le respect absolu du texte homérique.

    Le contraste est très frappant entre Achille et Hector : les émotions sont bien rendues, en particulier le sentiment de triomphe et la haine qu'Achille doit ressentir envers son ennemi, pour le traiter ainsi ; au contraire, le corps d'Hector, misérable, est de la même couleur que le sol ; on ne l'aperçoit presque pas, c'est comme s'il n'existait plus. Cela montre bien le mépris et l'outrage que lui inflige Achille.

    A l'arrière, le cocher d'Achille en tunique blanche, accroupi derrière lui, et deux chars tirés par des chevaux blancs créent au centre de la composition une tache claire qui contraste avec le rouge d'Achille et le noir de son attelage. Derrière le char, l'armée grecque court dans la même direction qu'Achille. Tous semblent déchaînés, dans un désordre causé par l'enthousiasme spontané de la victoire ; les hommes hurlent, bras tendus, et célèbrent leur victoire derrière leur chef. Achille est ici représenté en commandant qui mène l'armée grecque au combat et sait l'entraîner par ses prouesses personnelles.

    Un tel tableau relève de ce qu'on a appelé l'art « pompier », car les casques luisants des personnages faisaient penser à ceux des pompiers, mais aussi parce que cet art était considéré comme « pompeux ». En effet, l'illusion de l'exactitude historique tenait à une profusion de détails, à l'accumulation de couleurs vives, et à un faux idéal classique. Ici, la technique du peintre est très réaliste, la reconstitution se veut archéologique, y compris dans la représentation de la ville de Troie, à l'arrière-plan, manifestement inspirée par les fouilles d'Henrich Schliemann, auxquelles Sissi s'était beaucoup intéressée. Par ses dimensions imposantes autant que par le choix de son sujet et son traitement esthétique, l'ensemble est donc, au sens propre, spectaculaire.

     


    Marie-Pierre C., 1ES1, Carla C., 1L1 et Inès P., 1S1


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