• La transmission du savoir par les Arabes (3)

    Composition de l’œil
    Recueil de Galien sur les maladies oculaires - Traduction de Hunayn ibn-Ishâq
    Le Caire, Bibliothèque nationale d’Egypte, Tib taymur 100

     

    II/ Les sciences et techniques

     

    Les sciences et techniques se sont développées au Moyen Âge, dans le contexte politico-religieux de l'expansion du monde arabo-musulman, qui est à son apogée du VIIIe siècle au XIVe siècle : c'est l'âge d'or de la science arabe.

    Cette culture scientifique a pris son essor à Damas sous les derniers Omeyyades, puis à Bagdad sous les premiers Abbassides. Elle débute par la traduction accompagnée de la lecture critique des ouvrages de l'Antiquité en physique, mathématique, astronomie ou encore médecine, traductions qui concourront à la genèse d'une culture arabe «classique»].

    Dans ce contexte, la langue arabe, langue du corpus sacré de l'islam, jouera un rôle essentiel comme outil et véhicule de cette culture, qui n'est déjà plus une simple transmission de la pensée grecque car elle comporte de nombreuses innovations. La situation de carrefour de l'Empire arabe explique également en partie les influences indiennes voire chinoises.

     

    1) Les mathématiques

     

     

    La civilisation arabo-musulmane a joué un grand rôle dans l'histoire des mathématiques, en sauvegardant mais aussi en approfondissant l'héritage antique. Ce rôle a été particulièrement novateur en algèbre, mot d'origine arabe, grâce à l'utilisation des chiffres arabes et du zéro, en analyse combinatoire et en trigonométrie. Les mathématiques ont été utilisées par les savants arabes comme auxiliaires d'autres disciplines telles que l'astronomie, les techniques de constructions géométriques (mosaïques, muqarnas, coupoles) mais aussi à des fins purement religieuses pour calculer les coordonnées géographiques et indiquer la direction de La Mecque.

    En géométrie, les mathématiciens islamiques reprennent les travaux grecs d'Euclide, grâce à un effort de traduction et de copie des traités de l'antiquité, souvent encouragé par le pouvoir politique. Ainsi les arabo-musulmans ont pu s'approprier les acquis de l'Antiquité et les utiliser comme base pour leur propre développement.



    Sur cette page de son traité al-Kitâb al-mukhtasar fî hisâb al-jabr wa l-muqâbala (Livre abrégé sur le calcul par la restauration et la comparaison), le grand savant arabe Mohamed al-Khwarizmi, résout le problème suivant :

    Si on dit : une terre triangulaire, ses deux côtés ont dix coudées, dix coudées, et la base douze coudées, et dans son ventre une terre carrée. Quel est le côté du carré ?

    Ce problème géométrique d’inscription d’un carré dans un triangle isocèle est résolu par l’algèbre, puisqu’il aboutit à une équation du premier degré.

    2) La Médecine

     

    Isagoge Johannitii in Tegni Galeni.
    Ms DeRicci NLM [78], fol.42v - Oxford, XIIIEs..

     

    La transmission d'une partie des connaissances grecques en matière de médecine est à mettre au compte d'Abū Zayd Ḥunayn ibn Isḥāq al-'Ibādī (808–873 ), un médecin et traducteur connu sous le nom latin de Iohannitius. Il a traduit en syriaque et en arabe l'essentiel des oeuvres de Galien, un médecin du IIe siècle apr.JC

     

     

    L'empire musulman a dominé la médecine au Moyen Âge grâce à des personnages comme Abû ‘Alî al-Husayn ibn Abdallah ibn Sina, Avicenne (980-1037). Il était à la fois médecin et philosophe ; c'était un génie très précoce : à 14 ans, ses connaissances dépassaient celles de ses maîtres. A 17 ans, il fut appelé pour soigner un souverain et le guérit. Il se pencha ensuite sur les désordres internes et externes des membres, puis sur les maladies comme la fièvre, pustules, et fractures.

    Il est l'auteur de la monumentale encyclopédie médicale Qanûn, traduite en latin et éditée en particulier en 1522 (cf ci-contre). Il s'agit d'une synthèse en cinq livres, claire et ordonnée, de tout le savoir médical.

     

     

    Au nombre des médecins de grande importance, on peut aussi mentionner Ibn Nafis, qui décrit la circulation sanguine pulmonaire, et Abû Bakr Muhammad b. Zakariyyâ al-Râzî, initiateur de l'usage de l'alcool en médecine. Il a rédigé une énorme encyclopédie médicale de 22 volumes. Il y étudie des infectons comme la rougeole, la variole. Il s'intéresse aux infectons des enfants et également à l'nfluence de la psychologie sur l'état des malades.

    Au XIe siècle, l'Andalou Abu-l-Qasim az-Zahrawi (appelé Abulcassis en Occident) écrit un ouvrage de référence sur la chirurgie. Maïmonide (1135-1204), médecin juif personnel du sultan ayyoubide Saladin, influença également la médecine arabe.

    Vers 1390, Mansur ibn Muhammad ibn Ahmad al-Kashmiri al-Balkhi a laissé un traité d'anatomie, Tashrīḥ-i badan-i insān, qui contient les premières planches d'anatomie du corps humain qui nous soient parvenues du monde arabe. 

     

    Manṣūr ibn Muḥammad ibn Ilyās - Tashrīḥ-i Manṣūrī
    Historical Medical Library: Cushing Persian Ms. 14 - Yale Uversity Library

     

    Les hôpitaux servaient à la fois d'école de médecine et de lieux de soins ce qui correspond à l'invention de la médecine hospitalière. Les premiers hôpitaux ouvrent, en tant que léproserie au départ, puis évoluent pour traiter les maladies du corps comme celles de l'esprit. L'anesthésie, pratiquée dans l'antiquité par l'ingestion d'opium, de mandragore ou de diverses autres substances soporifiques, est perfectionnée par l'utilisation d'une éponge imbibée par un mélange de ces substances. Séchée, cette spongia somnifera permet au chirurgien d'opérer en soumettant le patient aux vapeurs de l'éponge humidifiée avant l'emploi et qui plongeait les patients dans un état proche de l'anesthésie générale, mais qui ressemble plutôt à un état analgésique accompagné de perte de conscience. On y découvre le fonctionnement de la petite circulation pulmonaire et de la circulation sanguine. La dissection était également pratiquée. C'est ainsi que des aspects anatomiques incompris des médecins grecs anciens sont découverts. La traduction des textes latins et grecs fut encouragée et les savants venaient à Bagdad et de toutes les régions de l'empire.

    Les Arabes ont surtout développé deux grands domaines de médecine. Ce sont l'ophtalmologie et la pharmacologie. L'ophtalmologie est tout ce qui concerne l'étude de l'œil, sa structure, son fonctionnement et de ses maladies comme la cataracte que les médecins savaient déjà bien opérer. La pharmacologie est l'étude des médicaments, de leur action et de leur emploi.

     


    Imran S., 204