• La transmission du savoir par les Arabes (1)

     

    Dans Le Nom de la Rose, adaptation cinématographique du roman d'Umberto Eco, nous avons pu remarquer la présence d'un étrange instrument qu'utilisait Guillaume de Baskerville. A quoi servait-il ? Qui l'avait inventé ? Dans quel but ? Et pourquoi, lorsqu'il a entendu s'approcher l'abbé de sa cellule, Guillaume l'a-t-il caché précipitamment ?

     

    Cet instrument s'appelle un astrolabe. Déjà utilisé sous l'antiquité par les Grecs, il a surtout été développé par les savants du monde islamique durant le Moyen Âge.

     

    Aristote enseigne à ses disciples l'usage de l'astrolabe
    Enluminure du Kitab Mukhtar al-Hikam wa-Mahasin al-Kilam d'Al-Mubashir - XIIIe s.
    Ms Ahmed III 3206 - Topkapi Museum - Istanbul

     

    Un astrolabe est une représentation plane de la sphère céleste. Mais c'est avant tout un instrument de calcul astronomique, permettant de déterminer des heures de lever, de coucher ou de passage au méridien d'un astre, de convertir les coordonnées d'un astre d'un système de coordonnées à l'autre (horizontal, équatorial, écliptique), de trouver l'azimut, la hauteur, l'ascension droite, la déclinaison, etc. Il comporte en général des tracés sur ses deux faces, pour une utilisation différente et complémentaire. On distingue donc la face et le dos de l'astrolabe.

    Selon Ibn Nadim, le premier astrolabe arabe fut construit par l'arabe Ibrahîm Ibn Habîb Al-Fazâri, de la tribu arabe des Banu Fazara, d'où le nom al-Fazari. Il est mort en 188. Par la suite, des traités se succédèrent à tel point qu’on peut assigner à chaque astronome arabe au moins un ou deux ouvrages sur cet instrument. Le résultat est une grande quantité de traités sur l’astrolabe, la plupart sous forme de manuscrits éparpillés dans les bibliothèques nationales et internationales. Ces traités peuvent être répartis en deux catégories : les traités de conception d’une part, et les traités d’utilisation de l’autre.

    À titre d’exemple, l'Étude exhaustive des méthodes possibles pour construire l’astrolabe est un ouvrage dans lequel Al-Birunî [362-440 / 973-1048] « présente encore des modèles servant à montrer la marche du soleil et de la lune (boîte à lune) comme aussi le mécanisme des éclipses ». Et après l’insertion des planches des planètes dans l’astrolabe par les astronomes arabes, ils parvenaient à calculer le mouvement apparent des planètes connues, avec une précision impressionnante. Ibn al-Zerquellu [1029 ?-1087 ?] trouva même le moyen de réduire ces diverses planches à une seule planche des sept planètes, dont l’envers en porte quatre et le revers trois, le même tracé d’épicycle servant pour toutes. La plus grande curiosité de cette œuvre, selon Dominique Urvoy, est le dessin des orbites non pas circulaires mais ovoïdes (baydi).

    Nombre de chercheurs et d'historiens de la science ont affirmé que du matériel astronomique arabe était bel et bien exporté ou importé en Occident médiéval. À cet égard, Sedillot nous apprend « qu'au Moyen Âge, l’instrument astronomique par excellence est l’astrolabe qu’en pays d’Islam, savants ingénieux et artistes habiles perfectionnent à l’envie ». Mais on conçoit que Guillaume de Baskerville n'ait pas très envie de faire trop de publicité pour cet instrument dans une abbaye bénédictine.

     

    Il existe différents types d'astrolabe :

     

     

    Astrolabe planisphérique

     

     

    Astrolabe universel

     

     

    Astrolabe de Rojas

     

     

    Astrolabe islamique

     

     

    Astrolabe nautique

     

     

    Astrolabe quadrant

     

    Source des illustrations : http://www.shadowspro.com/fr/astrolabes.html

     

     

    Dans toute cette diversité d'astrolabes, celui qu'utilise Guillaume est de type islamique :





     

    L'astronomie se développe peu en Europe lors du Moyen Âge, mais elle est alors florissante dans le monde arabe. Les scientifiques de cette civilisation reprennent les études du grec Claude Ptolémée (IIe siècle) tout en améliorant son système. Ainsi, les premières traductions en arabe de l'Almageste datent du IXe siècle. À cette époque, cet ouvrage était perdu en Europe. En conséquence, l'Europe occidentale redécouvrit Ptolémée à partir des traductions des versions arabes : une traduction en latin a été réalisée par Gérard de Crémone à partir d'un texte provenant de Tolède, en Espagne. Mais il fut incapable de traduire de nombreux termes techniques - il retint même le nom arabe Abrachir pour Hipparque.

    L'astronomie est la discipline reine, car elle permet une meilleure connaissance des territoires par la détermination des longitudes et des latitudes. L'astronomie arabe s'est attachée à résoudre des problèmes concernant la pratique de l'Islam : déterminer les dates du ramadan, calculer l'heure des cinq prières quotidiennes, fixer la direction de La Mecque. Il ne faut pas perdre de vue que la civilisation musulmane se fonde sur un calendrier lunaire et sur les échanges commerciaux lointains.

    Durant le Moyen Âge, les Arabes ont donc bel et bien joué un rôle fondamental dans la transmission du savoir en astronomie. Tentant de faire coïncider les grands principes de base de l'astronomie ancienne avec une conception mathématique de l'univers, les astronomes de l'Empire islamique remettent en cause les postulats de Ptolémée, qui est un très grand savant grec (en dehors de l'astronomie, il s'illustra dans des domaines aussi variés que la trigonométrie, l'optique, l'acoustique, la géographie et aussi l'astrologie), portant le système géocentrique à sa perfection. Le monde latin, et tout particulièrement Copernic, saura tirer profit de leur héritage.

     

    Le système de Ptolémée

     

    Nous venons de voir que les Arabes ont joué un grand rôle dans la transmission des connaissances en astronomie. Mais ils sont loin de s'être limités à ce domaine. C'est ce que je vais vous montrer maintenant.

     

    I/ La philosophie

    II/ Les sciences et techniques

    III/ La physique, la chimie et l'optique

    IV/ L'art

     

     


    Imran S., 204