• La mort d'Hector

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    Achille rencontre Hector en combat singulier avec la certitude de le tuer et d'être couvert de gloire : il tient enfin l'occasion de se venger de celui qui a vaincu son ami Patrocle et qui ose porter les armes dont il avait dépouillé le cadavre !

     

     

    Le combat d'Achille et d'Hector

         
    Cette belle hydrie à figures rouges a été découverte en 1836 dans la nécropole étrusque de Vulci (Italie), qui a permis de retrouver un très grand nombre de céramiques de qualité importées de Grèce. Celle-ci reproduit le motif courant des derniers moments du combat singulier d'Hector et d'Achille, mais en prenant un certain nombre de libertés par rapport au texte d'Homère, tel que nous pouvons le lire au chant XXII de l'Iliade :     Combat d'Achille et d'Hector
    Peintre d'Eucharidès
    Hydrie attique à figures rouges
    Provenant de Vulci
    500-490 av.JC
    Musées du Vatican
    Museo Gregoriano etrusco

     

    Comme, parmi les astres, va dans la nuit lactescente
    l'Astre du Soir, le plus beau qui soit dans l'orbe céleste,
    ainsi brillait la lance acérée que portait l'Eacide
    au poing droit, pointant Hector des pensées destructrices,
    visant l'endroit où sa belle chair offrait un point faible.
    Tout son corps était couvert par ses armes de bronze,
    resplendissantes, dont il dépouilla le farouche Patrocle.
    Là où la clavicule sépare le cou de l'épaule,
    à la gorge, par où la vie s'en va le plus vite,
    contre Hector s'avançant, Achille frappa de sa lance :
    tout son cou délicat fut traversé par la pointe,
    mais la trachée n'étant pas tranchée par le bois lourd de bronze,
    il put encore répondre et dire quelques paroles.
    Il roula dans la poudre.

     

    Dans la scène représentée sur l'hydrie, Achille, de profil tourné vers la droite, s'avance d'un pas décidé et s'apprête à donner le coup de grâce à Hector, qui a perdu l'équilibre et qui s'affaisse vers l'arrière. Tout dans la composition oppose les deux combattants : Achille est tendu vers l'avant, la jambe dans le prolongement du torse, suivant une ligne droite conquérante, tandis que le corps d'Hector s'arrondit dans un fouillis de lignes courbes et brisées. Il se cramponne encore à sa lance, mais sa pointe est dirigée vers le sol, elle ne menace plus Achille, et il ne se protège plus de son bouclier, qui l'entraîne vers l'arrière, laissant tout le corps à découvert. Il a beau être entièrement vêtu des anciennes armes d'Achille, en face d'un adversaire totalement nu, il est désormais à sa merci. Une lance brisée gît à terre, probablement celle qu'Achille a utilisée pour blesser son adversaire au flanc et à la cuisse, contrairement à ce que dit le texte homérique. C'est avec le glaive qu'il vient de dégainer qu'Achille va porter le coup fatal.

    Deux divinités assistent à la scène, et on comprend qu'elles protègent chacune son champion. A gauche, Athéna lève le bras, mais n'intervient pas dans le combat : Achille n'a pas besoin d'elle en cet instant. On peut comprendre qu'elle s'adresse à Apollon, partisan des Troyens, qui se tient derrière Hector, et qui ne peut plus rien pour sauver son héros. Mais le dieu tient dans sa main droite une flèche, dont la direction est à peu près la même que celle de la lance d'Hector, et qui pointe vers Achille en s'opposant à son mouvement vers l'avant. Conformément à ce que racontait l'épopée aujourd'hui perdue de l'Ethiopide, c'est bien Pâris, dont la main sera dirigée par Apollon, qui lancera plus tard la flèche fatale dans le talon d'Achille.

     

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    Arsenal ms 3685, fol.183v

     

    Hector tué par derrière   Au Moyen Âge, le mythe de la guerre de Troie a connu un succès énorme et a donné lieu à des dizaines de versions différentes. L'une des plus célèbres est le Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure, écrit en vers, puis prosifié en cinq versions différentes. Celle-ci se trouve intégrée dans un ensemble plus vaste, intégrant l'histoire des Assyriens et des Hébreux.
    Enluminure sur parchemin  
    Illustration de l'Histoire universelle  
    Arsenal ms 3685, fol. 183v  
    XVe siècle  
    Bibliothèque nationale de France  

     

    Cette enluminure du XVe siècle est très représentative de l'absence de réalisme dans l'art de la miniature au Moyen Âge. Elle ne respecte pas vraiment les proportions : le bateau à gauche est beaucoup plus petit que les personnages. Les couleurs sont très fraîches et assez pastel, ce qui ne convient pas très bien au caractère dramatique et tragique de la scène. Les armures sont médiévales et n'ont rien de grec, de même que l'architecture de la cité. Enfin le miniaturiste ne maîtrise pas les lois de la perspective, mais il compose son image en profondeur, d'une manière vraiment intéressante parce qu'elle est chronologique.

    Au premier plan, nous assistons au duel d'Achille et d'Hector, sur fond de combats violents. Plus loin à droite, des guerriers grecs sortent du cheval de bois, et à gauche entrent dans la ville. Enfin à l'arrière plan, la ville de Troie est en flammes, et on devine sous une arcade verte l'assassinat de Priam, et plus à droite le sacrifice de Polyxène. Or ces événements se déroulent successivement dans l'histoire, sur des semaines ou même des mois, et pas du tout simultanément. Mais le fait de les regrouper tous sur la même image suggère qu'il y a quand même une relation entre eux : c'est parce qu'Hector a été tué que Troie ne dispose plus d'un guerrier suffisamment fort pour la défendre et la sauver.

     

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    Hector tué par derrière   Ce manuscrit a été recopié et enluminé au début du XVIe siècle, à une époque où l'imprimerie existait déjà mais où la mode était encore de recopier à la main et d'enluminer pour de riches commanditaires de grandes compilations d'histoire universelle prétendant que les Romains étaient les descendants des Troyens : les héros étaient donc les Troyens, et les Grecs les « méchants ».
    Enluminure sur parchemin  
    Illustration de l'Histoire ancienne
    jusqu'à César
     
    Ms français 22554, fol. 116v  
    XVIe siècle  
    Bibliothèque nationale de France  

     

    Cette enluminure ne respecte pas du tout le texte d'Homère, ce qui n'est pas étonnant parce que ce n'est pas ce texte grec qui est illustré, mais une version médiévale tout à fait différente.

    Hector est ici tué au cours d'une bataille de chevaliers et non pas à pied, en combat singulier comme dans l'Iliade. Il chevauche un cheval blanc au centre de l'image, totalement protégé par une armure d'apparat dorée et très décorée, typique du début du XVIe siècle : elle indique qu'il s'agit d'un prince, et son heaume porte des plumes de couleurs différentes, qui seules permettent de le reconnaître éventuellement dans le combat. Mais il ne doit pas être très facile de savoir à qui on a affaire dans un affrontement où tout le monde est ainsi casqué : Hector est d'ailleurs en train de soulever le heaume d'un guerrier assis sur le sol dégoulinant de sang, pour savoir qui il vient de tuer !

    C'est pendant qu'il est ainsi occupé à identifier son adversaire qu'il est lâchement frappé par derrière, d'un coup de lance très violent, puisque son sang dégouline sur le sol. On ne sait même pas qui est son adversaire, qui reste totalement anonyme. S'agit-il seulement d'Achille ? Peut-être Hector a-t-il été tué par hasard, par un soldat quelconque : en tout cas, cette version de l'histoire est nettement défavorable aux Grecs, puisqu'ils sont capables de frapper dans le dos un guerrier qui ne s'y attend pas, et qui est donc incapable de se défendre.

     

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    La mort d'Hector

         
    Contrairement aux deux enluminures précédentes, ce tableau de Rubens est très fidèle au texte d'Homère, que le peintre devait connaître et apprécier, à en juger par le nombre d'œuvres qu'il a consacrées à l'histoire d'Achille. En revanche, le traitement esthétique de cet épisode est tout à fait typique des goûts du XVIIe siècle.   Achille vainqueur d'Hector
      Pierre Paul Rubens (1577-1640)
      Peinture à l'huile sur bois
      H: 108 x l: 127 cm
      1630
      Musée des Beaux-arts de Pau

     

    A l'origine, ce tableau a été conçu comme un carton de tapisserie, ce qui se devine au fait qu'il contient beaucoup d'éléments décoratifs qui n'ont rien à voir avec la scène de combat qu'il représente. Celle-ci est encadrée par une architecture où deux figures masculines servant de colonnes, des atlantes, supportent une frise à moulures. L'atlante de gauche est Hercule, vêtu de la peau du lion de Némée,  qui semble regarder la scène avec attention tandis que de l'autre côté, le dieu de la guerre, Mars, au contraire détourne les yeux. Au-dessus de la scène, deux petits angelots s'accrochent à des guirlandes, ce qui ne convient guère au caractère dramatique du combat, et de même en bas du cadre des cornes d'abondance et des coqs semblent tout à fait hors sujet.

    A la différence près que les armures romaines des deux personnages sont typiques du XVIIe siècle, le duel, lui, est conforme au texte d'Homère : Achille, en position de force, pointe sa lance sur la gorge d'Hector tombé à terre, l'épée et le bouclier écartés, incapable de se défendre. Achille incarne ici la force et la victoire ; il est aidé par Minerve, qui le surplombe avec son animal symbolique, la chouette.

    Au fond à droite, les Troyens rassemblés aux portes de la ville assistent impuissants à la défaite de leur champion, tandis que de l'autre côté, les quatre chevaux d'Achille attendent leur maître. Le spectateur cultivé n'a pas besoin de voir le char qu'ils tirent, caché par la colonne : il sait qu'Achille va bientôt attacher à ce char le cadavre de son ennemi.

     


    Marie-Pierre C., 1ES1, Carla C., 1L1 et Ines P., 1S1


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