• La mort d'Astyanax

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    Pendant la prise de Troie, Andromaque, la mère d'Astyanax, a caché l'enfant dans la tombe d'Hector, mais l'enfant a été découvert. Son sort a été débattu par les Grecs : si on lui permet de vivre, on craint qu'il ne venge son père et reconstruise Troie, comme l'avait prédit le devin Calchas. Malgré son jeune âge, Astyanax est donc précipité du haut des murailles de Troie par les Grecs. Dans certaines versions, c'est Ulysse lui-même qui tue Astyanax.

     

     

    Kalpos de l'Ilioupersis

         

    Cette scène figure sur un vase trouvé à Nola, en Campanie, et communément appelé « hydrie de l'Ilioupersis », de la prise de Troie. La scène de la mort de Priam et Astyanax, à laquelle nous allons ici nous intéresser, se trouve de l'autre côté de celle du viol de Cassandre.

      La mort de Priam et Astyanax
      Peintre de Kléophradès
      Hydrie de l'Ilioupersis
      Céramique attique à figures rouges
      480-475 av.JC
      Musée archéologique de Naples

     

    Astyanax a ici une taille plus petite que les autres personnages, ce qui est normal étant donné l'âge auquel il fut assassiné. Il se trouve sur les genoux de Priam, le vieux roi de Troie assis en suppliant sur l'autel de Zeus, mais qui vient de subir un premier coup d'épée de la part de Néoptolème : il porte ses deux mains à sa tête, comme pour se protéger, et du sang coule dans ses cheveux et sur ses vêtements. Pourtant Néoptolème insiste : il agrippe le vieillard par l'épaule et s'apprête à lui porter le coup de grâce en levant bien haut le bras qui tient l'épée.

    Sur les genoux du grand-père, son petit-fils Astyanax a une position étrange, le dos arqué, totalement renversé en arrière, et les bras au-dessus de la tête. Il est visiblement mort, car sa tête est à l'envers et son corps présente des blessures rouge sang, permises par la technique de la céramique à figures rouges.

    Cette hydrie est très intéressante car elle accumule dans plusieurs scènes, juxtaposées tout autour du vase, un grand nombre des épisodes de la destruction de Troie, et ici en particulier le massacre de Priam et du jeune Astyanax. La mort presque simultanée du vieux roi et de celui qui aurait dû lui succéder, après la mort d'Hector, signe la ruine définitive de la cité. Ce rapprochement de plusieurs scènes est astucieux, car sur une seule céramique, la fin de la guerre et la chute de Troie sont résumées.

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    Ulysse découvrant Astyanax
    Sébastien Bourdon (1616-1671)
    Peinture à l'huile sur toile
    H:125,5 x l:171,5
    1654-56
    Musée des Beaux-arts du Canada

     

     

     

     

     

     

    Ce tableau peint par Sébastien Bourdon montre la scène de la découverte par Ulysse d'Astyanax, que sa mère Andromaque avait caché dans le tombeau d'Hector.

    Tous les personnages sont tournés vers Ulysse, qui attire d'emblée le regard par la couleur rouge de son manteau ; puis le dégradé de couleurs nous conduit à Andromaque, vêtue de jaune. Elle est à genoux, en train de supplier Ulysse. Mais Astyanax est emmené de force par des guerriers grecs ; contrairement à beaucoup d'autres œuvres qui le représentent comme un bébé, il est ici représenté un peu plus âgé. La position très oblique des guerriers grecs, qui se précipitent vers le jeune garçon, montre leur détermination à éliminer Astyanax et nous permet de ressentir la violence de la guerre de Troie, ce que confirme la fumée à l'arrière plan, qui s'échappe de la ville de Troie et semble obscurcir le ciel bleu, comme pour montrer aux Troyens le sombre destin de leur futur roi Astyanax. Dans cette scène dramatique et pathétique, Ulysse apparaît comme particulièrement fier et inflexible, il ne semble pas avoir de regrets à l'idée de tuer un enfant.

    J'ai choisi cette œuvre car elle montre la froideur d'Ulysse lorsqu'il s'apprête à commettre cet acte atroce, même s'il pense que c'est pour le bien de son pays. Par ailleurs, le contraste franc des couleurs identifiant les deux protagonistes, le rouge de la tenue d'Ulysse et le jaune de la tenue d'Andromaque, me semble efficace pour rendre immédiatement compréhensible leur opposition et la supériorité incontestable d'Ulysse dans cette situation.

     

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    Andromaque de Rochegrosse  
    Andromaque
    Georges Rochegrosse (1859-1938)
    Peinture à l'huile sur toile
    H: 479,5 x l:335 cm
    1883
    Musée des Beaux-arts de Rouen

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ce tableau de très grandes dimensions (près de cinq mètres de haut) a été exposé au salon de 1883 et a fait sensation, alors que son auteur n'avait que vingt-deux ans. Il met en scène un assez grand nombre de personnages, mais trois sont vraiment importants : Andromaque, son fils Astyanax et Ulysse. Astyanax est arraché des bras de sa mère, qui se débat et doit être retenue par quatre soldats, dans une scène dramatique, macabre et sombre, au milieu de cadavres pendus, décapités ou gisant à terre au milieu de débris de meubles brisés.

    Le tableau est composé selon une diagonale ascendante imposée par le bras d'Andromaque, suivant la rambarde de l'escalier, passant par Astyanax, pour se terminer sur un personnage sombre et menaçant qui attend tout en haut des marches : Ulysse. Cette perspective est l'élément principal du tableau et oriente le regard du spectateur jusqu'en haut des escaliers qui mènent l'enfant à la mort, puisqu'Ulysse va jeter Astyanax du haut des remparts.

    Sur ce tableau, Andromaque assiste au funeste destin d'Astyanax sans parvenir à l'empêcher, ce qui est pathétique et tragique, tandis que dans les tragédies grecques ou romaines, elle apprend la mort de son fils par un messager, par exemple dans les Troyennes de Sénèque, où elle se lamente sur la barbarie de celui qui a pu oser perpétrer un tel crime :

    « Quel Colchidien, quel Scythe nomade eût commis ce crime ? Quelle peuplade des bords de la Caspienne, vivant sans lois, eût osé le perpétrer ? Jamais Busiris lui-même, quoique cruel, n'arrosa ses autels du sang d'un enfant ; jamais des membres si petits ne furent livrés en pâture à ses troupeaux par Diomède. Qui donc recueillera ces restes et les confiera au tombeau ? »

     

    Astyanax (détail)

     

    Ce tableau est donc traité de manière choquante, notamment grâce aux couleurs très sombres qui contrastent avec les corps gisants d'un blanc livide. De plus la pureté de la blancheur de peau d'Andromaque et d'Astyanax, signe de leur noblesse, ressort parfaitement au milieu des murs noirs et de cette fumée sombre et étouffante. D'autres détails très réalistes accentuent le caractère barbare de la scène, comme la croix gammée au premier tiers horizontal de l'image, qui représente la Grèce ancienne, mais également les costumes des guerriers, et évidemment les têtes décapitées jonchant le sol au milieu d'un chaos sanglant. Cette œuvre s'inscrit alors dans un registre éminemment tragique : nous sommes confrontés à la séparation d'une mère et son fils, malheureusement éternelle.

    Mon choix s'est porté sur cette image car je trouve le jeu des couleurs très intéressant et j'apprécie ce contraste entre les corps et le cadre. L'ambiance terrible qui règne dénonce très bien, à mon sens, l'atroce crime commis par Ulysse : mais je ne l'en blâme pas, car ce fut une décision prise par l'ensemble des Grecs, et non sa propre décision. Enfin le réalisme de l'œuvre m'a beaucoup attirée, car je trouve que c'est une manière très intéressante d'aborder l'atrocité de la guerre de manière générale.

     


    Gwendoline D. et Soria H., 1S6


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