• La légende d'Elissa rapportée par Justin

    La fondation de Carthage

    La fondation de Carthage - Gravure de Mathias Merian l'aîné
    Historische Chronica - Frankfurt 1630 - Wikimedia Commons

     

    Justin,  Abrégé, XVIII, 4-2 sqq

    Entre temps, le roi mourut à Tyr, après avoir institué comme héritiers son fils Pygmalion et sa fille Élissa, une vierge d'une remarquable beauté. Mais le peuple remit le pouvoir royal à Pygmalion, un enfant encore. Quant à Élissa, elle épousa son oncle maternel Acherbas, le prêtre d'Hercule qui était le second en dignité après le roi. Il avait de grandes richesses mais elles étaient cachées et, par crainte du roi, il avait confié son or à la terre, et non à des toits ; et cela, même si les hommes l'ignoraient, le bruit en courait cependant. Excité par cela, Pygmalion, ayant oublié le droit humain, tue son oncle qui était aussi son beau-frère sans respect des obligations familiales. Élissa, s'étant longtemps détournée de son frère à cause du crime, ayant à la fin dissimulée sa haine et composé pendant ce temps son visage, prépare sa fuite sans rien dire, s'étant associée des princes dont elle pensait qu'ils avaient la même haine pour le roi et le même désir de fuite. Alors, elle cherche, avec ruse, à circonvenir son frère ; elle feint de vouloir venir s'installer auprès de lui, afin que la maison de son époux ne lui ravive la dure image du deuil, à elle qui est désireuse d'oubli, et afin qu'un amer rappel ne lui vienne plus devant les yeux. Pygmalion écoute sans déplaisir les paroles de sa sœur, estimant qu'avec elle, viendra aussi l'or d'Acherbas. Mais, au crépuscule, Élissa place sur des navires les hommes chargés par le roi de son transport, avec toutes ses richesses, et arrivée au large, elle les oblige à jeter à la mer des fardeaux — de sable, à la place de l'argent — enveloppés dans des bâches. Alors, en pleurs, elle appelle Acherbas d'une voix funèbre ; elle le prie de recevoir de bon gré ses richesses qu'il avait abandonnées et de les avoir comme sacrifice à ses mânes, elles qui avaient été la cause de sa mort. Alors, elle va trouver les hommes du roi eux-mêmes ; une mort, jadis souhaitée, la menaçait, certes, mais pour eux, qui avaient soustrait à la cupidité du tyran les richesses d'Acherbas, richesses pour lesquelles le roi avait commis un parricide, c'était d'amères tortures et de cruels supplices qui les menaçaient. Une fois cette peur jetée en eux tous, elle les prend comme compagnons de sa fuite. Il s'y joint aussi les colonnes de sénateurs préparées pour cette nuit, et après avoir été chercher les objets sacrés d'Hercule, dont le prêtre avait été Acherbas, ils cherchent un lieu pour leur exil. Ils touchèrent terre en premier à l'île de Chypre, où le prêtre de Jupiter, avec son épouse et ses enfants, s'offre à Élissa, sur l'ordre du dieu, comme compagnon et associé à sa fortune, après avoir négocié pour lui et sa descendance la dignité perpétuelle de la prêtrise du dieu. La clause fut acceptée comme un présage évident. Il était de coutume à Chypre d'envoyer sur le rivage de la mer les vierges avant leurs noces, à dates déterminées, pour chercher dans la prostitution l'argent de leur dot ; elles acquittaient des offrandes à Vénus au nom du reste de leur pudeur. Donc, Élissa ordonne de mettre sur les navires environ quatre-vingts vierges enlevées de cette troupe, afin que les jeunes gens puissent se marier et la ville avoir une progéniture. Tandis que cela se passe, comme Pygmalion, ayant appris la fuite de sa sœur, s'était préparé à poursuivre la fuyarde par une guerre impie, il fut difficilement apaisé, vaincu par les prières de sa mère et les menaces des dieux ; comme les devins inspirés lui avaient prédit par leurs chants qu'il ne l'emporterait pas impunément s'il interrompait les développements de la ville la mieux auspiciée dans le monde entier, les fuyards eurent, de cette manière un moment pour reprendre leur souffle. Ainsi, Élissa, transportée dans le golfe de l'Afrique, sollicite l'amitié des habitants de cet endroit, qui se réjouissaient de l'arrivée d'étrangers et du commerce de biens d'échange ; ensuite, ayant acheté l'emplacement qui pourrait être couvert par une peau de bœuf, sur lequel elle pourrait refaire les forces de ses compagnons, épuisés par une longue navigation, jusqu'à ce qu'elle s'en aille, elle ordonne de découper la peau en très fines lanières et, ainsi, elle s'empare d'un espace plus grand que celui qu'elle avait demandé ; de là vient que, par la suite, on donna à ce lieu le nom de Byrsa. Ensuite, les voisins de ces lieux, qui par espoir de gain apportaient beaucoup de marchandises aux hôtes, accourant en foule et s'installant là, il se fit par l'affluence des hommes comme une espèce de cité. Les ambassadeurs des gens d'Utique, pour leur part, apportèrent des présents, comme à des parents, et les engagèrent à fonder une ville là où le sort avait fixé leur résidence. Mais les Africains se prirent d'un vif désir de retenir aussi les arrivants. C'est pourquoi, du consentement de tous, Carthage est fondée, après fixation d'un tribut annuel en contrepartie du sol de la ville. Dans les premières fondations, on trouva une tête de bœuf, ce qui était le présage d'une ville prospère, certes, mais laborieuse et pour toujours esclave ; à cause de cela, la ville fut transférée sur un autre emplacement, où une tête de cheval découverte, signifiant que le peuple serait guerrier et puissant, donna à la ville une implantation auspiciée. Alors, les peuples affluant selon la réputation de la nouvelle ville, en peu de temps il y eut des citoyens et une grande cité. Alors que les Carthaginois avaient des ressources florissantes par le succès de leurs affaires, le roi des Maxitans, Hiarbas, ayant fait venir auprès de lui dix princes puniques, demande en mariage Élissa sous peine d'une déclaration de guerre. Les ambassadeurs, craignant de rapporter cette demande à la reine, agirent avec elle selon l'esprit punique : ils annoncent que le roi réclame quelqu'un qui lui enseigne, ainsi qu'aux Africains, un genre de vie plus civilisé, mais qui pourrait-on trouver qui voudrait quitter ses parents par le sang et aller chez des barbares, vivant, qui plus est, à la manière des bêtes sauvages ? Réprimandés alors par la reine de refuser une vie plus âpre pour le salut d'une patrie à laquelle était due la vie même si la situation l'exigeait, ils découvrirent les injonctions du roi, en disant que ce qu'elle ordonnait aux autres, il lui fallait elle-même l'accomplir si elle voulait veiller à la ville. Prise par cette ruse, après avoir longtemps invoqué le nom de son époux Acherbas avec bien des larmes et un gémissement lamentable, elle répondit à la fin qu'elle irait où l'appelait son destin et celui de la ville. Au bout d'un délai de trois mois, ayant fait dresser un bûcher funéraire dans la partie la plus élevée de la ville comme pour apaiser les mânes de son époux et lui dédier avant les noces des sacrifices funéraires, elle immole de nombreuses victimes et, ayant pris un glaive, elle monte sur le bûcher, et, regardant le peuple d'en haut, elle dit qu'elle allait vers son époux, comme ils l'avaient ordonné, et mit fin à sa vie avec un glaive. Aussi longtemps que Carthage resta invaincue, elle fut honorée comme une déesse. Cette ville fut fondée soixante-douze ans avant Rome et, de même que sa valeur s'illustra à la guerre, de même son gouvernement fut agité à l'intérieur par les atteintes variées des dissensions. Alors qu'entre autres maux, ils étaient même travaillés par la peste, ils usèrent en guise de remède de cérémonies religieuses sanglantes et de crimes, puisqu'ils immolaient des hommes comme victimes et amenaient aux autels des enfants impubères, d'un âge qui provoque la pitié, même des ennemis, demandant la paix des dieux en versant le sang de ceux pour la vie desquels les dieux sont d'habitude le plus suppliés.

     

    Commentaire d'élève n° 1

    Justin, ou Marcus Junianus Justinius, est un historien romain du IIIe siècle. Il est l'auteur des Histoires Philippiques, une œuvre abrégée à partir de l'immense Histoire Universelle de Trogue Pompée. Nous garderons à l'esprit que même si ce texte est un document historique, il est possible qu'il y ait une part de mythe, et il ne faut pas considérer ce document comme entièrement fiable. Nous avons ici un extrait qui relate la fuite d'Élissa (également connue sous le nom de Didon), son périple marin et enfin la fondation de Carthage. Justin, un chroniqueur latin, nous présente les sentiments confus des Romains à l'égard des Carthaginois. Nous étudierons ces sentiments à travers trois grands axes : d'abord la façon manichéenne de présenter les personnages,puis « l'esprit punique », et enfin la dimension religieuse de cette légende.

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    En littérature, le manichéisme consiste à simplifier les situations pour les réduire à une simple opposition entre le bien et le mal. Les protagonistes de ce texte sont présentés selon ce principe. En effet nous avons d'un côté Pygmalion, le roi de Tyr, le « méchant » du texte. Dans l'extrait, son oncle (également le mari de sa sœur) craint le roi : « par crainte du roi ». Nous voyons que cette crainte est justifiée. Pygmalion tue son oncle dans le but de s'emparer de son argent. Justin ne reste pas objectif face à ce crime. L'énonciation indique au contraire qu'il le commente, avec des expressions comme : « ayant oublié le droit humain » et « sans respect des obligations familiales ». Il insiste sur les liens familiaux de Pygmalion et Acherbas pour renforcer le caractère vil de ce crime : « son oncle maternel », « son oncle qui était aussi son beau frère », « un parricide ». Pygmalion est représenté comme un être tyrannique et rapace : Justin parle de la « cupidité du tyran », qui n'a aucun respect pour la famille ou les biens d'autrui.

    Au contraire, Élissa représente le « bien » dans cette confrontation manichéenne. Justin la décrit comme « une vierge d'une remarquable beauté » : la notion de « vierge » renvoie au caractère sans reproche et immaculé d'Élissa. Elle épouse également un haut dignitaire, un prêtre, « le prêtre d'Hercule », ainsi elle acquiert en plus de son rang de princesse le rang respecté et prisé de l'épouse du « second en dignité après le roi », un rôle qui sous-entend respect, discrétion et finesse. De plus, lorsque son mari est assassiné, par respect et dégoût elle se détourne de son frère et arrive cependant à se composer pour lui faire face et venger son mari. Elle reste fidèle à sa ville et à son peuple tout au long de son périple : « elle irait où l’appelait son destin et celui de la ville ». Enfin son dernier acte est pour son défunt mari, lorsqu'elle se suicide en sa mémoire : « elle allait vers son époux […] et mit fin à sa vie ». A la fin du texte, elle est même divinisée par les Carthaginois : « aussi longtemps que Carthage resta invaincue, elle fut honorée comme une déesse ». Élissa nous est donc dépeinte comme une femme respectable, digne et pleine d'honneur, elle reste fidèle à ses origines et à ses vœux de mariage notamment, refusant de trahir son défunt mari.

    Élissa est l'exemple même de la vertu romaine, le mos majorum : fides (fidélité, respect de la parole donnée), pietas (piété, dévotion, patriotisme), majestas (sentiment de supériorité due à l'appartenance à un grand peuple), virtus (courage, activité politique) et enfin la gravitas (tradition, sérieux, dignité, autorité). Même si ces qualités sont considérées comme l'apanage exclusif des Romains, Élissa a su se les approprier, et grâce à ceci suscite l'admiration des Romains malgré eux. En effet, son deuxième nom de Didon (femme courageuse en latin) lui vient de Virgile dans L'Énéide. En revanche Pygmalion transgresse ces valeurs et ainsi devient l'incarnation de tous les vices et, au sens plus large, du « mal », du point de vue manichéen.

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    « L'esprit punique » se caractérise par une aptitude à tromper son prochain de manière très subtile, la personne trompée ne s'en rendant compte qu'une fois qu'il est trop tard. Nous parlerons alors de ruse. Nous avons un parfait exemple de cette ruse lorsque Élissa « cherche, avec ruse, à circonvenir son frère » ; en effet grâce à sa perspicacité, elle parvient à s'échapper du contrôle de son frère en plus de garder les richesses de son mari. Ce fait est important, car à partir de ce moment elle devient une femme indépendante, un concept rarissime pour les Romains dont les femmes passent leur vie entière sous la tutelle d'un homme. Nous avons un autre exemple de la ruse d'Élissa, lorsqu'elle parvient à « s'emparer d'un espace plus grand que celui qu'elle avait demandé »  en jouant sur les mots lorsqu'elle parle « d'emplacement qui pourrait être couvert par une une peau de bœuf ».

    Cependant Élissa n’est pas la seule à posséder cet « esprit punique ». Dans le 5ème paragraphe elle en sera même la victime : ses ambassadeurs agissent pour déjouer une menace de guerre perpétuée par le roi Hiarbas. Pour préserver leur nouveau territoire de la guerre, ils apprennent à la reine que le roi souhaitait être éduqué ; alors, par honneur et amour de sa ville, elle décrète qu'elle partirait elle-même. Cet esprit de « sacrifice pour la ville » est une grande qualité aux yeux des Romains ; cependant elle réussit quand même à se défaire du contrat, en usant d'une ultime ruse : au lieu d'épouser le roi, elle se suicide sur le bûcher funèbre de son mari en invoquant son nom. A cause de cette action, les Romains sont confus, car même si elle se sacrifie pour une cause noble, c'est aussi une ruse pour échapper au mariage avec Hiarbas.

    « L'esprit punique » d'Élissa est donc ce qui pose problème aux Romains. Ce trait d'esprit n'entre pas dans leur mos majorum en ce qui concerne la fides. Leurs sentiments ambigus pour Élissa sont dûs au fait que d'un côté elle respecte son vœu de mariage jusqu'à sa mort, même après la mort de son époux ; de plus, elle a un sens de l'honneur infaillible ; et pour autant, elle est rusée et sait détourner la situation à son avantage. Elle est polyvalente, les professions de foi qu'elle désire respecter sont honorées, tandis que celles qui ne s'accordent pas avec ses désirs sont transgressées. Cette polyvalence est inconcevable chez les Romains, qui ont du mal à s’adapter et à revenir sur leur parole ou à se servir de la ruse pour leurs propres intérêts. Ils sont envieux de cette aptitude, et c'est ce qui crée la méfiance pour le peuple punique, qui est réputé pour son astuce.

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    Si Élissa, et donc au sens large les Carthaginois, enfreignent certains concepts romains, c'est pourtant un peuple très religieux. Élissa emmène les objets sacrés d'Hercule lors de sa fuite : « après avoir été cherché les objets sacrés d'Hercule », de plus elle prend pour compagnon le prêtre de Jupiter sur l’île de Chypre. Celui ci avait proposé cette amitié sur « l'ordre du dieu », acte qui est interprété comme un bon présage. Élissa est également très respectueuse des mânes de son époux et les invoque à deux reprises dans le texte, en faisant un « sacrifice à ses mânes », puis plus tard pour « apaiser les mânes de son époux et lui dédier avant les noces des sacrifices funéraires ». Élissa est un personnage très pieux, mais c'est également une reine qui influence son peuple, et donc le peuple de Carthage est très dévot aussi.

    Effectivement, il est normal que le peuple soit dévot car la ville est guidée par la religion depuis sa fondation. Les devins parlent de « la ville la mieux auspiciée dans le monde entier », ce qui va retarder l'attaque de Pygmalion notamment. De surcroît, lors du creusement des premières fondations, on trouve une tête de bœuf, « le présage d'une ville prospère, certes, mais laborieuse et toujours esclave ». Élissa, désireuse de donner le plus de chance possible à sa nouvelle ville, s'empresse de changer d'emplacement : cette fois-ci, on découvre une tête de cheval signifiant que « le peuple serait guerrier et puissant ». Carthage est destinée au pouvoir et à la prospérité, grâce aux auspices, Élissa effectue des choix judicieux lorsqu'il s'agit de sa ville, et les augures favorables attirent les citoyens désireux de faire partie d'une ville prospère et « chanceuse ». Les Romains ont fait de même lors de la fondation de Rome, et ont consulté les augures pour trouver qui allait gouverner la ville, tout en permettant la richesse et la domination de celle-ci.

    Donc les Romains, un peuple très pieux à son tour, respectent le fait que les Carthaginois soient religieux. Pourtant ils considèrent cette religion comme barbare, avec ses immolations d'hommes et d'enfants. Cette pratique des sacrifices humains était considérée comme inhumaine et sauvage : il s'agissait de « sanglants […] crimes », concernant des enfants à un « âge qui provoque la pitié, même des ennemis », « versant le sang de ceux pour la vie desquels les dieux sont d'habitude le plus suppliés ». Les Romains ne peuvent se faire à l'idée que la paix des dieux sera donnée en échange de vies humaines, ils trouvent ces rituels cruels et primitifs.

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    Pour conclure, même si les Romains apprécient certaines qualités d'Élissa et des Carthaginois comme le dévouement, la piété et l'honneur, et même s'ils éprouvent une certaine admiration pour leur ruse, ils les considèrent quand même comme des barbares qui transgressent les principes du mos majorum, très important pour les Romains. Nous observons aussi le cas du « bon punique » et du « mauvais punique » (opposition entre Élissa et Pygmalion). Les sentiments des Romains pour les Carthaginois sont ambigus, car ils sont contradictoires. A l'inverse, nous pouvons regretter de ne pas disposer de textes qui nous permettraient de nous faire une idée sur la manière dont les Carthaginois voyaient les Romains.

    Orla E., 1ère L

     

    Commentaire d'élève n° 2

    Justin, auteur latin, expose dans son Abrégé des histoires philippiques l'histoire d'Élissa, future reine de Carthage. Élissa est la fille du roi de Tyr. Avant de mourir, il désigna deux héritiers : son fils Pygmalion et sa fille Élissa. Alors que selon les vœux du roi, il y aurait eu une dyarchie entre frère et soeur, le peuple remit la couronne à Pygmalion, qui était encore un enfant. Par la suite, Élissa épousa son oncle maternel Acherbas, le deuxième homme le plus puissant de Tyr – il était prêtre d'Hercule de la cité . Il possédait de grandes richesses qu'il n'avait pas manqué de cacher à son beau frère envieux. Finalement, son beau frère l'assassina pour pouvoir récupérer ces richesses. Ainsi, Élissa, veuve d'Acherbas, se détourna de son frère à cause du meurtre de son époux auquel elle était dévouée. Dès lors, elle chercha à fuir et à fonder une nouvelle ville loin de Tyr : il s'agit de Carthage.

    Dans ce récit, Justin propose une version de l'histoire d'Élissa axée sur des personnages présentés de manière manichéenne, ce qui est novateur dans les récits romains traitant des origines de Carthage. Il illustre aussi l'égard des Romains pour les Carthaginois, considérés comme des hommes de ruse, faisant preuve de virtù au sens machiavélien. Il ne faut enfin pas oublier la dimension religieuse du récit qui peut être mis en parallèle avec l'histoire de la fondation de Rome, traitant aussi d'un conflit entre frères. En effet, les dieux occupent une place importante en décidant du destin d'une ville, tout en laissant aux personnages une certaine contribution au prestige de cette cité.

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    Justin choisit de représenter deux personnages diamétralement opposés : cette opposition peut être qualifiée de manichéenne, dans la mesure où Pygmalion illustre le Mal et Élissa le Bien. Dans la plupart des écrits manichéens, l'utilisation du manichéisme vise à apporter une justification, une cause à la réussite d'un personnage, ou dans une moindre mesure à dissuader de mal agir. En effet, si un individu parvient à ses fins, ce serait parce qu'il fait le bien et représente ce qui est aimé par les dieux - il est digne d'être un modèle pour tous.

    Pygmalion est le contre-modèle sans la moindre vertu. C'est avant tout un homme immoral ne respectant aucunement les valeurs familiales, étant donné qu'« ayant oublié le droit humain [il] tue son oncle qui était aussi son beau-frère sans respect des obligations familiales ». Il tue une personne de sa famille par cupidité, sans égard pour la famille qui est pourtant un groupe important, intouchable dans les sociétés antiques ; d'autre part, il commet cet acte sans considérer le droit humain. Qu'est-ce le droit humain ? C'est avant tout la morale qui dicte aux hommes une conduite bonne et rationnelle. Il s'agit, en d'autres termes, d'un ensemble de règles spécifiques, devant guider l'être humain dans ses actions, et que chaque individu est en mesure de connaître. En somme, tout être qui ne se conforme pas à cette morale est immoral, donc mauvais. Par ailleurs, Pygmalion est particulièrement dupe et mauvais politicien puisqu'il « écoute les paroles de sa sœur, sans déplaisir » ; or elle ne fait que tromper son frère dans le but de lui échapper. Il n'a pas envisagé de considérer sa sœur comme ennemie. Ce n'est pas en raison de son attachement à sa famille, puisqu'il a montré qu'il est capable d'assassiner son oncle sans remords et impulsivement par son avarice, par désir. C'est donc qu'il ne se méfie pas de sa sœur, parce qu'il juge « qu'avec elle viendra les richesses d'Acherbas ». Il entend donc manipuler cette dernière pour parvenir à ses fins. C'est donc quelqu'un d'intempérant, qui laisse sa passion porter atteinte à ses intérêts, et dans une moindre mesure à son royaume. Au milieu du texte, il transgresse tant de valeurs qu'il n'est plus à même de poursuivre sa sœur qui l'a trahi puisque [il est vaincu] « par les prières de sa mère et les menaces des dieux » ; il s'attire donc par sa conduite irrationnelle et perfide la colère des dieux. En cela, Pygmalion est l'individu mauvais du récit, celui qui symbolise l'enfant intempérant.

    Élissa, quant à elle, représente le Bien. Elle est d'abord une femme malmenée par la fortune : bien que légitime, la couronne de son père lui échappe par décision du peuple qui « remit le pouvoir à Pygmalion, un enfant encore ». Elle est d'autant plus infortunée qu'elle doit vivre une autre tragédie, celle de la mort de son mari par son frère. Élissa est ainsi une femme aimante et fidèle à son mari, et par conséquent elle éprouve du ressentiment envers son frère : « Élissa, s'étant longtemps détournée de son frère à cause du crime ». Élissa est certes comme son frère, capable de se détourner de sa famille, mais elle diffère de son frère dans la mesure où elle ne se détourne d'elle que pour sauvegarder l'honneur d'un autre membre, et par amour. En cela, elle ne paraît pas monstrueuse, comparée à son frère commettant un parricide par appât du gain. Mais Élissa est aussi une fine politicienne, elle arrive malgré sa posture à dompter la fortune. Elle façonne véritablement sa politique, en trouvant ceux qui sont le plus à même de servir ses intérêts et de permettre sa fuite : « s'étant associée des princes dont elle pensait qu'ils avaient la même haine pour le roi et le même désir de fuite ». Elle est donc à même de cerner les hommes afin de savoir s'ils présentent des intérêts pour elle ou non. Une autre de ses fins peut être révélée par la nature de ses alliés : Élissa cherche à fonder une cité, elle aura bien sûr besoin d'une population, de préférence de même culture qu'elle, mais aussi de façon plus spécifique d'une aristocratie qui seront à même de développer et de défendre la future ville comme les patriciens romains. Élissa est donc une femme très prévoyante, qui pose un regard analytique sur la situation et qui n'hésite pas « à étendre sa politique » plus loin. Elle est aussi capable de gagner les hommes et d'user du mensonge à bon escient, toujours pour atteindre ses fins. En effet, elle ordonne aux hommes du roi qui étaient chargés de son transport « de jeter à la mer des fardeaux – de sable, à la place d'argent – enveloppés dans des sacs ». Grâce à cette ruse, elle trompe les hommes du roi et protège ses richesses pour pouvoir construire sa ville. Par la même occasion, elle met de son côté les hommes du roi qui ont failli à leur tâche, qui consistait à remettre au roi ses richesses – les richesses qui ont poussé le roi au parricide. Afin de se protéger de la colère de Pygmalion, ils sont forcés de joindre Élissa puisque « c'était d'amères tortures et de cruels supplices qui les menaçaient »  Ainsi, l'équipage est persuadé que les richesses sont perdues, et incapable de remplir sa mission, il commence à s'inquiéter pour son propre sort. Une fois cette peur jetée en eux tous, elle les prend comme compagnons de sa fuite. Elle réussit donc à contraindre les hommes de se joindre à elle et à en faire des hommes fidèles à sa cause, en faisant naître un sentiment de reconnaissance – elle sauve la vie de ces hommes en leur offrant le titre de compagnon de sa fuite. Lorsque Carthage, nouvellement fondée, est menacée, Élissa est contrainte pour sauver sa ville d'épouser un chef barbare inquiet de cette colonie florissante. Cependant, bien qu'ayant accepté officieusement le mariage, elle refuse de se marier à un autre homme – de surcroît barbare – et se suicide sur le bucher funéraire érigé au nom de son mari, dont les funérailles sont symboliques car son corps ne semble pas avoir été transporté à Carthage. Ce type de mort, un suicide motivé par le devoir, est considéré pour la civilisation romaine antique comme une preuve d'honneur : en effet « ayant pris un glaive, elle monte sur le bûcher, et, regardant le peuple d'en haut, elle dit qu'elle allait vers son époux, comme ils l'avaient ordonné, et mit fin à sa vie avec un glaive« , elle se met à mort en nom de son mari par obéissance, parle « d'en haut«  ce qui veut dire qu'elle se tient fièrement devant son peuple avant de se mettre à mort. En cela, elle est une grande reine, dans la mesure où elle use finement du discours et est prévoyante – elle est éloquente et établit des stratégies.

     Tandis que Pygmalion est immoral et peu habile politiquement, Élissa est donc une femme particulièrement morale et très douée pour le pouvoir. Elle est aussi un symbole d'honneur et de réussite, étant donné que malmenée par le destin, elle arrive à en renverser le cours puisqu'elle parvient à ses objectifs. Ainsi elle est victorieuse dans les conflits l'opposant à son frère, et a assez de talent pour renverser les situations. Justin présente Elissa comme une femme assez atypique, aux antipodes de la conception romaine commune de la féminité : elle est dotée de qualités que certains latins considéraient comme exclusivement masculines. Elissa est une femme tempérante et douée pour les affaires publiques. Elle est le personnage qui libère la nation, la fait prospérer, comme le personnage de Brutus qui met fin aux exactions des rois étrusques pour venger Lucrèce et instaurer la République. Mais en somme, ces qualités ne renverraient-t-elles pas à ce que les Romains appelaient l'esprit punique ?

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    La notion d'esprit punique est présente dans ce texte pour caractériser Élissa ainsi que les ambassadeurs puniques. Cet esprit est avant tout un esprit rusé, trompeur, qui use de la parole pour atteindre ses fins, mais toujours en accord avec une certaine conception du droit. Dans la mesure où le discours est le principal outil de ceux qui ont l'esprit punique, nous pourrions considérer que l'éloquence, ou plus justement l'habileté orale, constitue aussi l'esprit punique. Élissa illustre au mieux cet esprit lorsque « ayant acheté l'emplacement qui pourrait être couvert par une peau de bœuf, sur lequel elle pourrait refaire les forces de ses compagnons, épuisés par une longue navigation, jusqu'à ce qu'elle s'en aille elle ordonna de découper la peau en très fines lanières et, ainsi, elle s'empare d'un espace plus grand que celui qu'elle avait demandé ». Cette phrase démontre qu'Élissa possède un esprit punique : elle décide d'acheter un territoire pour faire reposer ses hommes avant de repartir. Or elle demande un territoire de dimensions suffisantes pour qu'il puisse être contenu dans une peau de bête. Ainsi, le propriétaire lui demande un prix très faible, puisque que le terrain demandé semble relativement petit. Cependant, Élissa demande après le paiement de couper en très fines lanières la peau du bœuf et d'en entourer le territoire acheté. Elle joue du langage afin de payer le moins possible et ruse sur le caractère ambigu de ses propos. Elle n'est en rien dans l'illégalité dans sa prise de territoire, car au sens littéral cela correspond bien au territoire qu'elle a demandé - d'où l'on peut tirer l'idée d'un certain respect du droit. L'esprit punique d'Élissa est donc un esprit où la ruse et l'habileté dans les discours sont des outils majeurs dans l'accomplissement de ses fins, tout en étant dans une certaine mesure en respect avec sa parole ; il ne s'agit donc pas de tromperie dans le sens d'un mensonge mais d'une utilisation de termes vagues qui ne nous renseignent pas concrètement sur l'objectif d'Élissa. Ainsi, l'esprit punique peut aussi être le talent qu'ont les Puniques pour dissimuler ce qui se cache derrière leurs discours.

    Justin prête aux ambassadeurs les mêmes qualités qu'Élissa lorsqu'ils doivent apporter la nouvelle des conditions imposées sous la contrainte d'une guerre par Hiarbas, le roi barbare des Maxitans, car « [les ambassadeurs] craignant de rapporter cette demande à la reine, agirent avec elle selon l'esprit punique : ils annoncent que le roi réclame quelqu'un qui lui enseigne, ainsi qu'aux Africains, un mode de vie plus civilisé, mais qui pourrait-on trouver qui voudrait quitter ses parents par le sang et aller chez des barbares vivant qui plus est, à la manière des bêtes sauvages ? ». Cependant, ce qui témoigne de l'esprit punique dans ce discours est l'utilisation de la dissimulation qui est très clairement exposée par l'auteur par son expression « agirent avec Elissa selon l'esprit punique« . Au contraire d'Élissa, il ne s'agit pas de tromper sur une ambiguïté, mais de dissimuler au mieux ses intentions pour les rendre les moins désagréables possible pour la reine, comme par euphémisme. Ils cherchent à tromper Élissa ; mais dans le but de protéger la cité – ce qui prouve que l'esprit punique peut être utilisée de manière honorable.

    Ce même dévouement envers la nation est particulièrement important chez les Romains : il illustre avant tout la mise au service d'un individu pour des institutions et pour les intérêts de l'Etat. En effet, les Romains voyaient en l'esprit punique un concurrent du modèle politique romain qui se concrétisait par le cursus honorum. Les Romains voyaient la politique comme moyen de réaliser une ascension sociale, contrairement aux sociétés contemporaines où l'ascension sociale se réalise par la culture. Par ailleurs, ils donnaient beaucoup d'importance au maintien des institutions politiques où il est seulement question du bien de la cité. Les Romains voient donc dans les Carthaginois des rivaux dans la conception de la politique que partagent les deux peuples. Cependant, nous ne pouvons connaître les Carthaginois que grâce aux écrits des Romains – ne possédant aucun texte carthaginois ou phénicien. On peut dresser un parallèle entre d'une part Rome et Carthage, et d'autre part Athènes et Sparte : en effet, nous ne connaissons les Lacédémoniens que par les écrits des Athéniens. Aucune information spartiate n'a été trouvée à propos des rites ou même à propos de la coutume spartiate sur la sélection des bambins : les spartiates jetteraient les bambins trop faibles d'un gouffre afin d'établir une société spartiate composée uniquement des plus forts. Ces informations sont données par des auteurs athéniens, certes contemporains de Sparte, mais aucune donnée archéologique n'a confirmé cette tradition. Il est donc possible que comme Sparte pour Athènes, Carthage soit le sujet de beaucoup de fantasmes de la part des Romains. Ainsi les Puniques comme les Spartiates peuvent susciter de la fascination chez les auteurs étrangers, qui dénonçaient leurs pratiques tout en les exagérant, voire les inventant, et les admirant. Dans la mesure où Romains et Carthaginois étaient opposés comme Spartiates et Athéniens l'étaient aussi, les documents que nous avons sont surtout une opinion d'un rival – où souvent il est montré comme un barbare avec des rites et des cultes qui ne sont pas associables à une civilisation. Justin écrit qu'« ils usèrent en guise de remède de cérémonies religieuses sanglantes et de crimes, puisqu'ils immolaient des hommes comme victimes et amenaient pour autels enfants impubères« . Il est aussi fort probable que l'esprit carthaginois ait été créé par des auteurs romains en se fondant sur leurs propres conceptions de la politique - ce qui expliquerait leurs visions communes de la politique.

     L'esprit punique est donc un esprit rusé, trompeur, utilisant des talents oratoires pour tromper ou dissimuler la visée d'un discours dans le but de parvenir à ses fins. Les ambassadeurs et Elissa font tous deux preuve d'esprit punique : les premiers en utilisant l'euphémisme dans l'intention de dissimuler leurs intentions et la seconde en retournant constamment les situations à son avantage. Ces qualités étaient, on peut le supposer, à la fois décriées pour leur malice et admirées pour leur courage et leur efficacité. Cependant peut-on dire que ce ne sont que les hommes qui, grâce à leurs qualités, assurent la prospérité d'une cité ?

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    Les dieux, par leurs auspices, jouent un rôle déterminant dans la fondation et le développement d'une cité : ils décident du lieu où elle sera édifiée, mais aussi de son destin dans la mesure où « dans les premières fondations, on trouva une tête de bœuf, ce qui était le présage d'une ville prospère, certes, mais laborieuse et pour toujours esclave ; à cause de cela, la ville fut transférée sur un autre emplacement, où une tête de cheval découverte, signifiant que le peuple serait guerrier et puissant, donna à la ville une implantation auspiciée ». Ainsi ce sont les dieux qui ont décidé de l'emplacement exact de la ville, mais aussi de la destinée du peuple qui l'occupe. Les dieux imposent donc aux hommes, de façon arbitraire, par des signes tels que la tête de bœuf ou de cheval, les lieux où les peuples pourront se développer. L'implantation auspiciée donne au peuple carthaginois de la puissance et un caractère guerrier, l'enjeu de fonder une ville en ce lieu est donc de favoriser au mieux, par la lecture des signes divins, l'installation et la subsistance. Ainsi, comme pour la fondation de Rome où les deux frères guettaient le ciel afin de percevoir des vautours - signe de l'approbation de Jupiter - pour savoir qui fonderait la ville, il est nécessaire de bien lire le message des dieux et d'en tenir compte. En effet, Rémus et Romulus ayant mal interprété les présages de Jupiter, finirent par se bagarrer à la suite d'une moquerie de Rémus adressée à son frère ou du décompte des vautours. Finalement, Rémus périt et Romulus resta le seul à pouvoir fonder une ville. Il faut donc être prêt à payer un certain prix aux dieux, comme dans le cas de la première implantation de Carthage, où le peuple par le présage du boeuf a été en servitude.

    Les dieux ont aussi un rôle protecteur puisque « [Pygmalion est] vaincu par [...] les dieux ; comme les devins inspirés lui avaient prédit par leurs chants qu'il ne l'emporterait pas impunément s'il interrompait les développements de la ville la mieux auspiciée dans le monde entier ». Ainsi, ce sont les dieux qui ont épargné une guerre à Élissa, en menaçant Pygmalion par l'intermédiaire des devins. Par conséquent, grâce à la protection divine accordée à Élissa et à la cité, la ville peut se créer sans qu'une armée tyrienne ne vienne déranger la progression de la colonie. On pourrait aussi dire que la défense des dieux a été fondamentale dans la survie d'Élissa : en effet, tels Romulus et Rémus protégés par les dieux de la noyade, sa destinée a été embellie et favorisée. Par ailleurs, sans la protection divine, la ville n'aurait pas pu prospérer, puisque ce sont les dieux - qui par leurs présages - choisissent son destin.

    Les Dieux sont aussi vénérés et appelés à résoudre différents maux : ainsi, lorsque la peste vint à Carthage « ils usèrent en guise de cérémonies religieuses sanglantes et de crimes[...] et amenaient des enfants impubères, d'un âge qui provoque la pitié, même des ennemis, demandant la paix des dieux en versant le sang de ceux le sang de ceux pour la vie desquels les dieux sont d'habitude les plus suppliés ». Par conséquent, les Carthaginois offrent aux dieux des sacrifices humains - dont les personnes sacrifiées sont les plus nombreuses à demander une aide divine. C'est donc qu'ils témoignent aux dieux leurs dévotions en éliminant ceux qui supplient les dieux en permanence - donc la majorité des prières aux dieux – et ainsi montrent qu'ils sont les moins dépendant aux dieux.

     Les dieux sont donc de véritables piliers de l'histoire, à cause de leur rôle et de leur poids dans les dénouements. Ce sont eux qui décident de l'emplacement de la ville, de sa destinée par sa protection et ses présages, et dont l'apaisement est sollicité dans les grandes crises traversées comme celle de la peste.

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    Ce récit traitant de l'histoire d'Élissa et de Carthage nous donne donc un point de vue manichéen sur l'histoire dont Élissa est l'héroïne et une grande reine, tandis que Pygmalion au contraire est un piètre roi et n'aspire qu'à la cruauté, au vice. Élissa reste une grande reine et une héroïne par son esprit punique. Elle est en effet rusée, trompeuse, et use du discours pour adapter les situations à ses fins. Les ambassadeurs, seconds personnages rusés, utilisent pour leur part un autre aspect de l'esprit punique : l'art de la dissimulation. Au contraire d'Élissa, leur esprit punique ne cherche pas à tromper, adapter, mais seulement à dissimuler leurs intentions. Par ailleurs, ce même esprit reflète un fantasme latin où les Carthaginois, bien que rabaissés, sont salués pour leur sens de la politique et de l'efficacité. De surcroît, la religion est un pilier majeur du récit : ce sont les dieux qui ont permis à la ville d'exister et de prospérer. Sans eux, il n'y aurait eu aucune paix, et Élissa aurait peut être perdu la vie. Ce sont donc des adjuvants de taille pour Élissa, qui sont d'ailleurs dans une certaine mesure - sans minorer ses qualités propres - la cause de sa réussite.

    Philip D. 2nde 9