• La fuite d'Enée

    La fuite d'Enée   Menu Guerre de Troie    

     

    Dans l'Enéide, Virgile raconte que lors de la prise de Troie, Enée s'enfuit avec son père Anchise aveugle et paralysé sur son dos, sa femme Créüse et son fils Ascagne ; il emporte avec eux les statues des dieux de la cité ainsi que le Palladium. Au cours de la fuite, Créüse se perd. Il va partir à sa recherche quand son ombre lui apparaît et lui dit qu'elle est désormais sous la protection de Vénus. Enée part alors fonder une nouvelle dynastie avec son fils.

     

     

    Denier de César  
    La fuite d'Enée
    Denier de Jules César en argent
    Revers
    Frappé en Afrique en 47-46 av.JC
    Diamètre : 17,5 mm

     

     

    Cette représentation d'Enée se trouve sur le revers d'un denier d'argent frappé par Jules César après la défaite de Pompée en 48 av.JC, pendant la campagne militaire qu'il a menée en Afrique en 47-46 pour éliminer les partisans de Pompée et qui se conclura par leur défaite à Thapsus et le suicide de Caton à Utique. Une tête de Vénus figure sur l'avers de la pièce, et rappelle que la gens Iulia revendiquait une ascendance divine : Jules César serait le descendant de Iulus, fils d'Enée, lui-même fils de Vénus et d'Anchise. Il s'agit donc d'une monnaie qui s'inscrit dans un programme de propagande politique.

    Énée, nu, marche en portant sur son épaule son vieux père Anchise, au moment de la destruction de Troie. Il tient dans la main droite le Palladium, la statue sacrée d'Athéna, entièrement armée et la robe gonflée par le vent, prête à se battre pour protéger le Troyen qui part fonder une nouvelle ville, dont Rome sera la descendante. Quelques années plus tard, le poète Virgile décrira cette scène capitale pour l'histoire romaine dans le livre II de l'Enéide :

    A ces mots, d'un lion j'étends sur moi la peau,
    Je me courbe, et reçois mon précieux fardeau ;
    Mon fils saisit ma main, et précédant sa mère,
    Suit à pas inégaux la marche de son père.
    Des lieux les plus obscurs nous traversons l'horreur ;
    Et moi, qui tant de fois avais vu sans terreur
    Et les bataillons grecs, et le glaive homicide,
    Une ombre m'épouvante, un souffle m'intimide ;
    Je n'ose respirer, je tremble au moindre bruit,
    Et pour ce que je porte, et pour ce qui me suit.
    Enfin nous échappons de cette ville en cendre.

    On remarque que contrairement à la légende rapportée par Virgile, sur la monnaie le fils d'Enée, Ascagne ou Iule, n'apparaît pas : peut-être est-ce dû à la petite taille de l'objet, qui interdit de graver des scènes trop détaillées. Mais comme l'inscription CAESAR se trouve à l'endroit où devrait se trouver le fils, on peut plutôt supposer que César a voulu suggérer son lien direct avec Enée, et donc avec les dieux protecteurs de Troie... et de Rome.

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    L'incendie du Borgo (détail)  
    L'incendie du Borgo (détail, côté gauche)
    Raphaël Sanzio d'Urbino (1483-1520)
    et ses disciples
    Peinture à fresque
    H: 500 x l:670 cm (ensemble)
    1514
    Chambres de Raphaël
    Musées du Vatican

     

     

    Cette image correspond à la partie gauche d'une très grande fresque située dans les appartements pontificaux du Vatican, elle-même faisant partie d'un ensemble de quatre salles dont la décoration fut confiée à Raphaël par le pape Jules II. La chambre de l'Incendie du Borgo fut réalisée de 1514 à 1517 et ornée de fresques consacrées aux papes Léon III et Léon IV, en hommage à Léon X, le nouveau pape auquel cette salle était destinée.

    La fresque du Borgo représente un incendie qui avait éclaté en 847 dans le rione du Borgo, et auquel le pape Léon III avait miraculeusement mis fin par une bénédiction. C'est ce miracle que représente le centre de la fresque, mais tout à fait au dernier plan, tandis que l'essentiel de la composition est consacré à la terreur des Romains qui tentent de fuir ou d'éteindre l'incendie.

    La partie gauche est la plus dramatique : le feu fait rage à l'arrière-plan, et des habitants de tous âges tentent de s'enfuir. En haut d'un mur, une mère tend son bébé emmailloté à un homme qui se trouve en bas, sain et sauf, et qui essaie d'attraper cet enfant. Un jeune homme s'accroche au sommet du mur et saute, et au premier plan une famille au grand complet sort de la ville : un homme jeune et musclé porte un vieillard sur son dos, accompagné à sa gauche par un adolescent, et suivi par une femme qui semble d'un certain âge.

    On reconnaît évidemment le motif classique de la fuite d'Enée avec Anchise, Ascagne et Créüse, mais Raphaël les intègre dans une scène proche de la vie quotidienne, malgré le caractère exceptionnel de l'événement. Pour mêler le mythe à une réalité contemporaine, il associe la nudité héroïque des personnages masculins, héritée de l'antiquité, à des vêtements qui appartiennent, eux, à l'époque du peintre : les femmes ont des robes et des coiffes qui n'ont rien d'antique, et Anchise porte un bonnet de nuit qui ressemblerait presque à un turban.

    Cet anachronisme permet au peintre de rappeler implicitement le lien mythique que revendiquait Rome avec la cité de Troie, depuis Virgile, mais dans le décor des appartements privés d'un pape, association que ne pouvaient qu'apprécier les visiteurs, forcément très cultivés, qui pouvaient admirer cette fresque typique de l'esprit de la Renaissance.

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    Enée et Anchise
    Pierre Lepautre (1659-1744)
    Sculpture sur marbre de Carrare
    H: 264 × l: 114 × p:110 cm
    1697-1716
    Musée du Louvre

     

      Enée de Lepautre

     

    Cette grande sculpture de plus de deux mètres de haut a été dégrossie à Rome par Pierre Lepautre à partir de 1697, puis transportée en France, complétée par Jacques Bousseau et placée dans le jardin des Tuileries en 1717. Le musée du Louvre l'a rapatriée en 1989 dans le cadre des travaux du Grand Louvre, et placée dans le département des sculptures de la cour Marly.

    La composition du groupe est traditionnelle, mais son style est baroque : Enée avance, les jambes largement écartées, vêtu d'une armure pseudo-romaine comme en portaient les acteurs de théâtre à l'époque de Louis XIV, et soulevant à bras-le-corps son vieux père Anchise. Celui-ci, contrairement aux représentations les plus courantes, porte lui-même le Palladium, lève les yeux aux ciel et soulève son genou droit, dans une attitude très dynamique. Le petit Ascagne, invisible dans l'angle de notre image, se trouve derrière le groupe et se retourne pour chercher des yeux sa mère qui a disparu. L'ensemble donne une impression de mouvement et de réalisme : les drapés sont virtuoses, de même que le grain de la peau et les muscles des personnages, dont la différence d'âge est très marquée.

     


    Gwendoline D. et Soria H., 1S6


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