• L'enlèvement d'Hélène

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    Hélène est la fille de Zeus et de Léda, venue au monde dans un œuf. Lorsque Tyndare cherche à la marier, devant la foule de prétendants et sur les conseils d'Ulysse, il fait promettre à tous d'accepter le choix d'Hélène. C'est Ménélas qui est choisi, et elle lui donne une fille, Hermione. Mais Pâris ayant décerné la pomme d'or à Aphrodite, celle-ci lui accorde l'amour de la plus belle des mortelles, Hélène. Sur les conseils de la déesse, Pâris s'embarque pour Sparte, où il est accueilli par Ménélas. Bientôt ce dernier part pour la Crète, assister aux funérailles de Catrée, le fils de Minos. C'est alors qu'Hélène cède à Pâris, qui l'enlève sans trop de résistance, tant elle est séduite par la beauté et les richesses du Troyen. Au Moyen Age cependant, des réécritures de la guerre de Troie déculpabiliseront Hélène et prétendront qu'elle a bel et bien été enlevée...

     

     

    L'enlèvement d'Hélène
    Enluminure
    Ovide - Métamorphoses, livre XII
    Ms Français 137, fol.165
    vers 1450-1500
    Bibliothèque nationale de France

     

     

    L'enlèvement d'Hélène

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Cette enluminure du XVe siècle illustre le début du livre XII des Métamorphoses d'Ovide, qui évoque l'origine de la guerre de Troie. La miniature ne représente pas du tout un enlèvement, mais au contraire un départ librement consenti : on voit que Pâris tient la main d'Hélène, ce qui est une preuve d'amour, et qu'Hélène ne se débat pas du tout.

    Les personnages se trouvent sur un bateau prêt à appareiller, et les protagonistes sont mis en valeur par des couleurs plus vives à l’œil, notamment le rouge qui peut évoquer l'amour, la joie du couple. Leurs habits ne sont pas du tout grecs mais médiévaux, en particulier ceux d'Hélène, qui porte une robe très ajustée et sur la tête un hennin pointu.

    Le décor est aussi anachronique que les costumes : à l'arrière plan, un magnifique château est censé représenter Sparte, la ville où vivait Hélène avec Ménélas. Mais c'est un château du Moyen Âge, semblable à ceux dans lesquels vivaient les lecteurs de ce très riche manuscrit.

     

     

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    Hélène et Pâris de David

     
    Les amours de Pâris et d'Hélène
    Jacques-Louis David (1748-1825)
    Peinture à l'huile sur toile
    147 × 180 cm
    1788
    Musée du Louvre

     

     

     

     

     

     

    Cette peinture de David est typique du style néo-classique de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe. Contrairement à l'image médiévale précédente, qui multiplie les anachronismes de décor et de costumes, la peinture de David tente de reconstituer l'univers antique aussi précisément que possible, influencée par les fouilles de Pompéi qui ont permis de redécouvrir des centaines d'objets de la vie quotidienne romaine.

    Au centre de cette scène, Pâris est assis sur un tabouret. Il tient une lyre, mais vient de s'interrompre pour se tourner vers Hélène et lui saisir le bras. Il est littéralement nu : seule une feuille cache son sexe. Il porte un bonnet phrygien, qui deviendra l'un des symboles de la Révolution Française dès l'année suivante, et aussi une sorte de cape bleue autour du cou, qui ne correspond pas à une tenue grecque authentique.

    Hélène est debout, langoureusement penchée vers son amant, habillée d'une robe plissée très moulante et d'un manteau rose qui peuvent davantage évoquer les tenues des statues grecques ou des femmes romaines.

    Cette scène intime est cadrée en plan d'ensemble, afin de mettre en évidence la pièce assez grande où se trouvent les deux amants. Le décor est constitué d'un mélange disparate de plusieurs éléments architecturaux : au premier plan, un bassin évoque l'atrium d'une villa romaine, mais à l'arrière plan le portique à caryatides est plutôt grec. Les éléments du mobilier sont tous romains et sortent des catalogues de fouilles de Pompéi : un divan utilisé pour les repas, le siège de Pâris qui rappelle les chaises curules romaines, et au fond un brasero en bronze à trois pieds.

    La précision des détails de cette peinture suggère donc une sorte de reconstitution archéologique de la réalité antique, mais comme la plupart de ces éléments sont romains et pas grecs, il s'agit plutôt de la manière dont les Européens s'imaginaient le monde antique, qui n'a rien à voir avec le décor de Sparte ou de Troie et les costumes qu'auraient pu porter Hélène et Pâris s'ils avaient été des personnages historiques.

     

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    L'enlèvement d'Hélène de Daumier

     
    L'enlèvement d'Hélène
    Honoré Daumier (1808-1871)
    Lithographie
    Histoire ancienne, 1842
    Bibliothèque nationale de France

     

     

    Cette caricature correspond à la planche n° 13 de l'Histoire ancienne, publiée dans le Charivari du 22 juin 1842. Elle appartient à la même série parodique que le Baptême d'Achille et l'Education d'Achille.

    Voici le quatrain en alexandrins qui accompagne cette lithographie :

    Pâris qui par amour sur les dents s'était mis,
    N'était plus guère bon qu'à fumer un cigare.
    Hélène le savait, aussi sans crier gare,
    Sur ses robustes bras elle enleva Pâris.

    (Énéide, travestie par M. Patin )

    Il s'agit d'une parodie burlesque fondée à la fois sur l'anachronisme du cigare et sur le comique de caractère et de situation, puisque c'est maintenant Hélène qui porte la culotte et enlève un Pâris totalement efféminé.

    C'est bien ce que l'on voit sur l'image : Pâris fumant son cigare laisse Hélène l'emporter dans ses bras. La « belle Hélène » est habillée et coiffée à l'antique, mais porte des sortes de chaussettes bleues aussi laides que son visage. Elle se cambre et a du mal à avancer, et Pâris, nonchalamment installé sur ses épaules, ne fait rien pour l'aider.

    Tous deux s'enfuient sur la plage. A l'arrière plan, on devine une ville grecque qui évoque Athènes et pas du tout Sparte, avec un temple qui rappelle le Parthénon, et de toutes petites figures qui semblent courir en levant les bras et en poursuivant les fuyards. La situation n'a aucune grandeur, elle est au contraire particulièrement grotesque.

     


    Alexis B., 1S6


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