• L'Apocalypse et le Jugement dernier

     

    En cours de Littérature et société, nous avons visionné le film Le Nom de la Rose, de Jean-Jacques Annaud, dans lequel on trouve plusieurs allusions au Jugement dernier et à l'Apocalypse. Nous allons donc partir de ce film, pour montrer ses rapports avec ces thèmes eschatologiques, puis nous verrons ce que sont le Jugement dernier et l’Apocalypse, et enfin nous décrirons le tympan de Conques.

     

    1 / Le Jugement dernier et l'Apocalypse dans Le Nom de la Rose

     

    Le portail et le narthex de l'église du monastère

     

    Dans cette scène nous pouvons voir qu'Adso admire le portail de l'abbatiale, qui ressemble beaucoup à celui de Moissac : ce portail représente le Jugement dernier.

     

     

    A l'intérieur du narthex, Adso est terrifié par des figures diaboliques qui lui semblent vivantes.

     

    Un manuscrit de l'Apocalypse

     

    Ensuite, Adso et Guillaume remarquent dans la bibliothèque un splendide manuscrit du Beatus de Liebana, un moine du monastère de Santo Toribio de Liebana, auteur d'un commentaire sur l'Apocalypse. Il existe plusieurs manuscrits mozarabes splendides de cette version de l'Apocalypse.

     

     Une interprétation apocalyptique des meurtres dans l'abbaye ?

     

     

    Enfin, à chaque découverte d'un nouveau meurtre, les moines s'imaginent qu'ils sont en train de vivre l'Apocalypse : la mort d'Adelme d'Otrante, en pleine tempête de neige, correspondrait à la première trompette, celle de Venantius dans le sang à la deuxième, celle de Béranger noyé dans l'eau, à la troisième, celle de Séverin, frappé par une sphère armillaire, à la quatrième, et celle de Malachie, empoisonné par "des myriades de scorpions", à la cinquième. Les moines sont donc terrifiés, parce qu'ils interprètent ces morts comme les signes, envoyés par Dieu, que la fin du monde est proche.

     

    2 / Que sont l'Apocalypse et le Jugement dernier ?

     

    • L'Apocalypse

     La deuxième trompette sur la tapisserie de l'Apocalypse d'Angers (fin XIVe siècle)

     

    Le texte chrétien qui évoque la fin du monde, les événements avant cette fin du monde et le déroulement des derniers instants de l'univers s'intitule l'Apocalypse. Il a été écrit par saint Jean à Patmos, et conclut l'ensemble des livres du Nouveau Testament.

    Il se compose d'une longue série d'épisodes dramatiques : ouverture des sceaux, trompettes, apparition du Dragon puis de l'Agneau, etc. L'un des épisodes de l'Apocalypse est le Jugement dernier.

    Ce texte a inspiré beaucoup de représentations iconographiques, peintes dans les lieux sacrés, comme éléments liturgiques, mais aussi dans les salles de justice, pour avertir les juges et les justiciables de l'ultime et définitive sentence qui les attend aussi un jour, tous. 

    Aujourd'hui, la représentation de Dieu comme juge du monde, punissant les pécheurs par la damnation et la précipitation dans les tourments de l'Enfer, s'est vidée de son contenu : les idées de pardon, de réconciliation et de tolérance nous sont devenues beaucoup plus proches. Au contraire, les images du Jugement dernier ont été beaucoup utilisées au Moyen Age pour terrifier les fidèles et les forcer à l'obéissance. C'est le cas dans le Nom de la Rose.

     

    • Le jugement dernier

     

     Triptyque du Jugement dernier d'Hans Memling - 1466-1473 - Musée National de Gdańsk

     

    Le Jugement dernier est le moment de la sanction définitive et justifiée du comportement de chacun, mais aussi de la fin des temps de l'humanité.  A ce moment, Dieu jugera la totalité du monde créé :

    • Jugement et déchéance de Satan : « Dieu retira d’eux la beauté dont ils avaient été revêtus : Satan devint un réprouvé d’effrayant aspect et ses suivants, des vilains ».
    • Jugement et malédiction d'Adam : « On entendit l’ange Gabriel souffler la trompette pour convoquer tous les anges et dire : Venez descendre avec le Seigneur au jardin écouter le jugement par lequel il va juger Adam »
    • Jugement des anges déchus, morts des géants et déluge contre les humains : « Et le Seigneur dit à Raphael : Attache pied et main d’Azazel et mets-le dans le noir : fais une ouverture au désert de Dudael et mets-le dedans. Mets sur lui des pierres rugueuses et acérées et couvre-le de noir pour qu’il y reste à toujours : couvre sa face pour qu’il ne voie pas la lumière. Et au grand jour du jugement il sera jeté au feu»
    • Jugement contre la tour de Babel et division des langues : « Allons descendre et confondre leur langage pour qu’ils ne puissent comprendre la langue de l’autre et qu’ils se dispersent dans les villes et les nations et qu’un même objectif ne les lie plus jusqu’au jour du jugement ».

     

    Ce motif du Jugement dernier est l'un des plus importants de l'iconographie du Moyen Age. On le trouve particulièrement représenté en peinture (fresques, retables et enluminures)  et en sculpture. Nous avons choisi de l'étudier particulièrement à partir d'un seul exemple, celui du tympan de Conques.

     

     

    3 / Le tympan roman de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques

     

     L'église abbatiale Sainte-Foy de Conques

     

    L'église de Conques, construite entre le milieu du XIe siècle et le début du XIIe siècle, se trouve actuellement dans le département de l'Aveyron. Elle fait partie d'une abbaye : c'est donc une église abbatiale. Elle contient les reliques de Sainte Foy, jeune martyre chrétienne vénérée en Aquitaine, qui font l'objet d'un pèlerinage.

     

     

     

    Le tympan est la partie en demi-cercle décorée et placée au-dessus d'une porte. Il se trouve dans la partie occidentale de l'église. Comme de nombreux autres tympans de cette époque, il est en calcaire et son décor est peint. Il aurait été commandé par les moines de l'abbaye à un sculpteur anonyme, au début du XIIe siècle. Grâce à cette sculpture, même ceux qui ne savent pas lire voient le message chrétien transmis par la Bible.

    Ce tympan représente le Jugement dernier, qui évoque le retour du Christ sur Terre à la fin des temps. Ce jugement doit permettre aux morts ressuscités d'accéder au Paradis et à la vie éternelle. Ceux qui ont mené une vie terrestre marquée par le péché sont condamnés à la damnation éternelle dans les flammes de l'Enfer.

     

     

    Les scènes qui composent le Jugement dernier s'ordonnent parfaitement autour de l'image centrale du Christ, démesuré par rapport aux autres personnages et vers lequel le regard se trouve irrésistiblement attiré. Le Christ trône dans une gloire elliptique constellée d'étoiles, qui semble flotter parmi les nuées représentées par cinq rangées de petits festons. Le beau visage allonge son nimbe crucifère. Les vêtements, tunique et aube, sont échancrés sur le coté droit pour laisser voir la plaie du coup de lance, sans doute peinte à l'origine. Au-dessus, une immense croix soutenue par des anges porteurs du clou et du fer de lance amplifie encore cette évocation de la Passion.

    Au centre, le Christ est roi au royaume éternel et juge du Jugement dernier, car il connaît tout sur chaque homme. C'est donc lui qui préside la pesée des âmes. Il est représenté en majesté, la main droite levée pour montrer le chemin aux bons hommes vers le paradis et la main gauche baissée pour montrer l'enfer aux pécheurs. Il est entouré  d'anges qui portent la croix.

     

     

     

    A la droite du Christ, les élus, ceux dont l’âme a été assez légère et pure pour accéder au Paradis et jouir de la vie éternelle. On y retrouve les personnages saints, les grands personnages de la Bible (la Vierge, saint Pierre, Abraham, saint Michel qui tient la balance), et les morts ressuscités qui entrent au Paradis.

     

     

     

    A la gauche du Christ, l'entrée de l'Enfer symbolisé par Satan. Il est entouré par des personnages qui sont des damnés, car ils ont commis des péchés. Contrairement aux lignes droites de la partie des élus, celles de ce côté sont courbes et entrelacées et évoquent le chaos.

     

     

    En conclusion, le thème de l'Apocalypse et du Jugement dernier se développe dans un contexte de croissance démographique et économique de l'occident chrétien. L'église cherche alors à en profiter en renforçant son contrôle sur la communauté des fidèles. Le but de ces sculptures est de rappeler aux chrétiens qu'ils doivent suivre le bon chemin pour accéder au paradis après leur mort. C'est ce que l'on nomme le Salut. Pour cela, ils doivent se rendre à la messe, rester fidèles à l’Église, c'est-à-dire à ses règles et à ses sacrements. Cependant la notion d'Apocalypse et de Jugement dernier existe aussi dans d'autres religions, comme dans l'Islam ou bien le judaïsme.

     


    Emilia H. et Zalina I., 202.