• L'alphabet phénicien

    L'alphabet phénicien date de 1050 avant JC et est d'origine sémitique. Les langues sémitiques sont situées dans les régions du Moyen-Orient - du croissant fertile plus précisément ; elles usent d'une représentation écrite des sons, d'un alphabet, qui diffère du modèle indo-européen dans la mesure où ces deux groupes de langues possèdent des sons spécifiques. En somme, il est nécessaire d'établir plusieurs alphabets en tenant compte des différences phonétiques propres aux langues.

    L'alphabet phénicien est à l'origine d'inspiration pictographique, puisqu'il dérive de l'alphabet proto-cananéen, mais il présente une réelle évolution par rapport à cet alphabet, parce que le tracé de ses lettres est cunéiforme, à l'opposé du pictogramme. Cette évolution peut notamment se constater dans les interprétations graphiques des lettres qui sont similaires pour le modèle proto-cananéen et le modèle phénicien.

    L'alphabet phénicien

    L'alphabet phénicien - Crédit : antikforever.com

    Malgré son évolution dans le sens d'une plus grande stylisation, l'alphabet phénicien a conservé des représentations pictographiques : en effet, le caractère explicite des pictogrammes étant une qualité majeure dans l'apprentissage d'un alphabet, les Phéniciens ont jugé opportun d'en conserver quelques-uns pour rendre leur alphabet plus simple et intuitif. De surcroît, c'est bien instinctivement que l'on écrivait ces mêmes lettres. Cela s'explique par la forme de ces lettres : elles faisaient explicitement référence à l'objet dont elles étaient inspirées. On peut d'ailleurs observer qu'elles portaient le même nom que l'objet référent et directement pris de l'alphabet proto-cananéen.

     

    Aleph

    Daleth

    Teth

    Yodh

    Mem

    Nun

    Samekh

    Ayin

    aleph

    le boeuf

    daleth

    la porte

    teth

    la roue

    yod

    la main

    mem

    l'eau

    nun

    le serpent

    samekh

    le poisson

    ayin

    l'oeil

     

    Cette volonté de simplification de la part des Phéniciens a fait de leur alphabet une référence pour de nombreuses civilisations. L'alphabet phénicien est ainsi le « père » de la plupart des alphabets occidentaux et moyen-orientaux : il s'est propagé dans le monde méditerranéen grâce à de nombreux contacts commerciaux  avec les autres peuples, puisque les Phéniciens étaient reconnus comme de grands marchands. Les Grecs en particulier, ayant besoin d'un alphabet, ont emprunté l'alphabet phénicien - tout en ajoutant des lettres pour indiquer les voyelles, à la différence des alphabets sémitiques, et en modifiant ou supprimant certaines lettres correspondant aux sons qui n'existaient pas dans leur langue, comme « tsade », ou « qoph »...

    L'alphabet phénicien a donc donné naissance à d'autres dérivés, tels que le grec et l'araméen, qui eux mêmes ont donné naissance par la suite à d'autres alphabets. Ainsi, malgré la création de ces nouveaux alphabets, on peut toujours reconnaître les « gènes » phéniciens parmi les alphabets fils de seconde voire de troisième génération - par exemple la lettre « sin », présente encore de nos jours dans l'alphabet arabe. On peut donc remarquer que même lorsqu'une langue ou un alphabet est qualifié de « mort », il en reste toujours des traces vivantes : il y a toujours des mots, des lettres ou des subtilités grammaticales qui sont encore en usage chez d'autres peuples, dans d'autres langues.

     

    Arbre généalogique des alphabets


    Une grande famille d'alphabets - Crédit : Alexandre Goupil

     


    Philip D., 209