• Héraklès / Hercule et le taureau de la Crète

       

     

    Minos, roi de Crète, aurait voulu faire bénéficier son pays de la protection de Poséidon, mais à condition de sacrifier le magnifique taureau offert par le dieu. Comme le roi refusa, le dieu rendit le taureau excessivement sauvage. L’animal s’enfuit et détruisit tout sur son passage. Mais Héraklès, grâce à sa force exceptionnelle, reçut l’ordre de le dompter.

     

     

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    Comparaison de textes

     

    Texte antique

     

    Pseudo-Apollodore, Bibliothèque, II.5.7, « Le taureau de Crète » (IIe s. apr. JC)

     

    ἕβδομον ἐπέταξεν ἆθλον τὸν Κρῆτα ἀγαγεῖν ταῦρον. τοῦτον Ἀκουσίλαος μὲν εἶναί φησι τὸν διαπορθμεύσαντα Εὐρώπην Διί, τινὲς δὲ τὸν ὑπὸ Ποσειδῶνος ἀναδοθέντα ἐκ θαλάσσης, ὅτε καταθύσειν Ποσειδῶνι Μίνως εἶπε τὸ φανὲν ἐκ τῆς θαλάσσης. καί φασι θεασάμενον αὐτὸν τοῦ ταύρου τὸ κάλλος τοῦτον μὲν εἰς τὰ βουκόλια ἀποπέμψαι, θῦσαι δὲ ἄλλον Ποσειδῶνι· ἐφ᾽ οἷς ὀργισθέντα τὸν θεὸν ἀγριῶσαι τὸν ταῦρον. ἐπὶ τοῦτον παραγενόμενος εἰς Κρήτην Ἡρακλῆς, ἐπειδὴ συλλαβεῖν ἀξιοῦντι Μίνως εἶπεν αὐτῷ λαμβάνειν διαγωνισαμένῳ, λαβὼν καὶ πρὸς Εὐρυσθέα διακομίσας ἔδειξε, καὶ τὸ λοιπὸν εἴασεν ἄνετον· ὁ δὲ πλανηθεὶς εἰς Σπάρτην τε καὶ Ἀρκαδίαν ἅπασαν, καὶ διαβὰς τὸν Ἰσθμόν, εἰς Μαραθῶνα τῆς Ἀττικῆς ἀφικόμενος τοὺς ἐγχωρίους διελυμαίνετο.

    Le septième travail consista à capturer le taureau de Crète. Acousilaos soutenait qu’il s’agissait du taureau envoyé par Zeus pour transporter Europe ; d’autres au contraire prétendent qu’il s’agissait de celui que Poséidon avait envoyé de la mer quand Minos promit de sacrifier au dieu ce qui viendrait de l’océan. Selon la légende, quand Minos vit la beauté de ce taureau, il l’enferma dans ses étables et en sacrifia un autre à Poséidon ; et le dieu, en colère, le fit devenir sauvage. Héraclès, donc, gagna la Crète pour ce taureau ; il demanda l’aide de Minos mais le roi lui répondit qu’il devait l’affronter tout seul. Héraclès le captura et le porta à Eurysthée, mais celui-ci, par la suite, le libéra. Le taureau s’en alla errant vers Sparte, puis à travers toute l’Arcadie ; il traversa l’isthme et gagna Marathon, en Attique, où il causa de grands dommages aux habitants de la région.

     

     

    Texte contemporain

     

    Agatha Christie, Les Douze Travaux d’Hercule, 1947

    Nous sommes en 1939. Diana Maberly va voir Hercule Poirot pour lui demander d’intervenir au sujet de son fiancé, Hugh Chandler. Ce dernier, craignant de devenir déséquilibré, a quitté son emploi et rompu ses fiançailles.

    Poirot commence par voir le jeune homme, puis son père, Charles Chandler, et enfin l’ami de la famille, Georges Frobisher. Ces trois individus lui racontent qu’hormis la mort par noyade de la mère de Hugh dans sa jeunesse, d’étranges et inquiétants événements ont eu lieu récemment : mort d’un perroquet, écorchements de chats et de chiens et égorgements de moutons. Ils craignent que Hugh ne soit responsable de ces faits, contrairement à Poirot qui pense que quelqu’un veut faire croire à la folie de Hugh afin que celui-ci soit au mieux interné, et au pire tente de se suicider. En tout cas, il s'avère que le jeune homme est bien intoxiqué par de la datura.

    Finalement le coupable était Charles Chandler. Il voulait se venger de l’adultère commis par sa femme et Frobisher, qui a donné naissance à Hugh. Charles a commencé par éliminer sa femme ; par la suite il décida de concentrer toute sa haine sur ce garçon qui portait son nom mais qui n’était pas son fils. Il poussa alors Hugh à la démence en l'empoisonnant au datura, et pour faire croire que le jeune homme ne se maîtrisait plus, il alla  la nuit égorger des moutons dans les champs.

     

     

    « Plus que tout le reste, ce fut l’apparence physique de Hugh Chandler qui impressionna Hercule Poirot. Grand, admirablement proportionné, le jeune homme avait un torse large, des épaules carrées et une abondante crinière fauve. Tout en lui respirait la force et la virilité. »

    « — Oui, murmura Poirot, il est superbe… vraiment superbe. C’est le taureau lui-même… le jeune taureau voué à Poséidon… le type parfait de la masculinité triomphante.»

    « — Eh bien, d’abord, je fais des cauchemars. Et dans mes cauchemars, je suis bel et bien fou. La nuit dernière, par exemple… je n’étais plus un être humain. J’ai commencé par être un taureau… un taureau furieux qui chargeait en tous sens sous un soleil éblouissant. Dans ma bouche, j’avais le goût de la poussière et du sang… de la poussière et du sang… »

    « Hugh Chandler secoua la tête.— Vous ne comprenez vraiment pas ? Physiquement, je suis en pleine forme. Fort comme un taureau. Je peux vivre des années – des années – enfermé entre quatre murs ! Et ça, je ne peux pas l’envisager ! Mieux vaut en finir une bonne fois pour toutes… »

     

     

     

    Le texte antique  que j'ai choisi est extrait de la Bibliothèque d'Apollodore, un recueil mythologique du IIe siècle apr. JC, et le texte moderne est une nouvelle intitulée « Le taureau de l’île de Crète » écrite par Agatha Christie et publiée en 1939. J’ai choisi ces deux œuvres très différentes car elles ont été écrites par deux auteurs reconnus et appréciés. Mais comment les différencier ?

     

    Tout d’abord, il est certain que les époques et les genres littéraires distincts déterminent des différences narratives. Effectivement, chez Apollodore, ce qui domine c'est l’affrontement physique entre Héraklès et le taureau, tandis que dans la nouvelle policière, l’intrigue est lentement résolue. L'action d'Hercule Poirot est essentiellement intellectuelle : il enquête, rassemble des indices et en déduit une vérité qu'on voulait lui cacher.

    On peut aussi remarquer que les divinités, Poséidon, Zeus, jouent un rôle dans l'antiquité mais plus du tout au XXe siècle. Cela s’explique tout simplement par l’évolution de la croyance. La science, restreinte par un manque de moyens durant l’antiquité, n’a pu expliquer certains événements surnaturels, ce qui facilitait la croyance. Au contraire, le XXe siècle a connu une forte avancée scientifique. Or Hercule Poirot applique les méthodes de la science au problème qu'il a à résoudre : il observe, fait des hypothèses, déduit et conclut en trouvant une explication psychologique tout à fait rationnelle.


    Finalement, les deux récits s’éloignent surtout dans la forme. Cet éloignement est dû à l’évolution des mentalités et des progrès scientifiques. Cependant, tout en ayant une mentalité proche du XXe siècle, je préfère tout de même le récit d’Apollodore : il me fait davantage voyager.

     

     

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    Ghani C., 207