• Comment se présentait un manuscrit au Moyen Age ?

     

    Tout au long du film Le Nom de la Rose, on voit des livres et des manuscrits du Moyen Age. Comment se présentaient ces textes ?

     

    1/ Du volumen au codex

    Le livre a beaucoup évolué pour acquérir un forme assez stable au Moyen Age.

    En effet dans l'antiquité, avant l'apparition du livre tel que nous le connaissons, l'écriture se faisait sur des rouleaux de papyrus ou de parchemin enroulés sur un bâton en bois (l'os et l'ivoire étaient aussi utilisés). Ces rouleaux étaient appelés volumen, volumina au pluriel. Dans le film, on en aperçoit quelques-uns dans l'une des armoires de la bibliothèque interdite.

     

     

     

     

    Après le volumen, on a inventé le codex, un assemblage de feuilles doubles cousues entre elles : cette technique permettait d'écrire sur les deux côtés des feuilles et surtout de retrouver beaucoup plus facilement le passage que l'on cherchait.

     

     

    Avant l'imprimerie, toute activité intellectuelle ou artistique se passait dans les monastères. Dans la salle appelée scriptorium, les ouvrages étaient successivement confiés à des moines copistes ou traducteurs, à des rubricaires, des enlumineurs et enfin à des relieurs nommés ligatores. Les bibliothécaires étaient chargés de leur conservation et de leur gestion. Ainsi, l'Eglise avait le contrôle de tout ouvrage écrit, et elle pouvait censurer toute pensée contraire à l'Eglise…

     

     

    2/ La calligraphie : divers types d'écriture

    Au fil du temps, les types d'écriture ont évolué. Après l'onciale et la caroline, on a inventé l'écriture gothique. En voici quelques exemplaires :

    On voit qu'on avait au début une écriture très sophistiquée, réalisée par les moines dans les scriptoria, qui s'est ensuite changée en une écriture plus basique, avec moins de décorations et de complications dans l'élaboration des lettres.

     

     

    3/ La mise en page

    a- Les ouvrages sérieux, dans lesquels le texte est primordial

    Il y avait la mise en page pour les ouvrages sérieux (comme les textes scientifiques, philosophiques, théologiques ou juridiques) où on trouvait un texte principal au centre avec tout autour des commentaires (même des commentaires des commentaires) et de nombreuses annotations.

     

    Usatici et Constitutiones Cataloniae - Ms Lat. 4670A, fol.76 (1315-1325) - BnF

     

    Les aides à la lecture (structuration du texte central)

    Rubrique (du latin ruber, rouge) : titre écrit en rouge, pour être immédiatement repérable.

    Incipit : premiers mots d'un manuscrit.

    Lettre filigranée : initiale de couleur entourée de motifs filiformes, exécutés sans pleins ni déliés.

    Pied-de-mouche : signe de forme arrondie pour signaler dans les parchemins le début d'un chapitre ou d'un paragraphe.

     

    Les annotations en marge (additions des copistes pour les futurs lecteurs)

    Marginalia : ensemble des mentions et des signes inscrits en marge d'un texte, dont les manicules, les festons, les trèfles, etc.

    Ces annotations peuvent être utilisées par le copiste pour émettre son opinion ou des explications supplémentaires. Elles consistent en commentaires écrits, mais aussi en petits dessins, en forme de doigts ou de flèches, pour attirer l'attention du lecteur sur un élément important du texte.

     

      

    Codicis Justiniani libri cum glossa (XIe siècle)
    Bibliothèque universitaire de médecine, ms. H.82, fol.12 - Montpellier

     

    Manicules : du latin manicula signifiant « manche » ou « menotte ». Elles représentent une main, seule ou précédée de la manche qui couvre le bras, l'index dressé vers l'un des passages du texte ou des annotations qui l'accompagnent en marge pour attirer l'attention du lecteur. Parfois, c'est un personnage entier qui intervient dans le texte, en faisant le geste de la dispute, comme on le faisait dans l'argumentation :

     

    Décret de Gratien - Ms 80 (S99), fol.38R (fin XIIIe s.) - Bibliothèque municipale d'Autun

     

    Trèfle ou moucheture : trois points accompagnés d'un petit trait vertical pour attirer l'attention du lecteur sur un passage du texte.

    Colophon : dans un manuscrit, note finale propre au copiste, qui veut donner des indications de lieu ou de date, voire un jugement sur son travail.

     

     

    b- Les ouvrages de luxe, qui sont enluminés

    On trouve aussi des pages composées en tout ou partie d'illustrations et de moins de texte. Nous allons donc aborder les nombreuses décorations présentes dans les manuscrits du Moyen Age.

     

    Les lettrines

     

    Une lettrine est une lettre capitale plus grande que les lettres du texte lui-même. Souvent ces lettres majuscules étaient ornées et placées au début d'un nouveau chapitre ou d'un paragraphe.

     

    Lettre ornée : initiale comportant des motifs géométriques, végétaux, animaliers ou anthropomorphes.

    Lettre historiée : Initiale comportant une scène, un personnage ou un élément figuré signifiant par rapport au texte.

    Champie : petite initiale dorée sur un fond peint monochrome agrémenté de motifs filiformes souvent de couleur blanche.

     

    Les enluminures

     

    Du latin « illuminare », rendre lumineux ou éclairer. L'enluminure est un décor peint ornant un texte manuscrit. Elle peut être extrêmement riche, dorée à l'or fin. Les enluminures rendent les livres médiévaux extrêmement chers et réservés à la toute petite élite qui a les moyens financiers de se les offrir.

     

    Les drôleries

     

    Dans le film de Jean-Jacques Annaud, l'enlumineur Adelme d'Otrante était, juste avant sa mort, occupé à enluminer un manuscrit avec les images irrévérencieuses d'un âne enseignant aux évêques et du pape en renard. Ce type d'illustrations satiriques, appelées drôleries, était en principe réservé aux marges, qui offraient un espace de liberté et d'imagination débridée, tandis que la partie centrale était beaucoup plus codifiée.

     

    Combat de Centaures - Psautier - Ms 0121, fol.66 (1300-1350) - Bibliothèque municipale d'Avignon

     

    Les drôleries appartiennent à un type d'enluminure particulier, qui commence à être utilisé entre le XIIe et le XVe siècle. Elles représentent le plus souvent des images de fantaisie, comme des créatures mi-homme mi-bête ou des scènes fantastiques. Elles avaient parfois un rapport avec le texte qu'elles illustraient, mais elles pouvaient être rajoutées par la suite et faire partie d'un ensemble plus large de marges décorées.

     

    Miracles de Notre Dame
    BM Besançon ms 0551
    Miracles de Notre Dame
    BM Besançon ms 0551
    Psautier Luttrell
    British Library - Ms Add 42130, fol.184

     

     

    4/ La reliure

     

     

    C'est au Moyen Age que naît l'art de la reliure. On distingue trois grandes étapes historiques dans le développement de la reliure :

    • La reliure des manuscrit de parchemins

    • La reliure artisanale

    • La reliure industrielle

     

    In-folio : livre de format imposant dont la feuille, pliée en deux, forme un bifeuillet.

    In-quarto : livre dont la feuille, pliée en quatre feuillets, forme huit pages.

    Cousoir : outil utilisé pour coudre les livres.

    Claie : bande de renforcement- souvent en parchemin - collée sur le dos du codex, continuellement exposé aux frottements.

    Chemise : dans la reliure, seconde couverture destinée à protéger la première.

     

     

    Et pour finir

     

    Palimpseste : parchemin dont le texte primitif a été lavé ou gratté afin d'y écrire de nouveau.

    Le film de Jean-Jacques Annaud se présente comme une œuvre originale du cinéaste, mais à partir d'une œuvre littéraire préexistante, qu'elle a prise pour support et qu'elle est loin d'avoir totalement effacée.

     


    Aoife E. et Alexandra A.J., 216