• Apollon et Daphné

       

     

    Dans la mythologie grecque, Daphné (« laurier » en grec) est une nymphe d'une très grande beauté. Selon les sources antiques, elle est la fille du dieu fleuve Pénée et de la naïade Créuse, ou bien de Pénée et de Gaïa. Son mythe est sujet à de nombreuses interprétations, mais la plus connue veut que le dieu Apollon et elle furent touchés par les flèches décochées par Cupidon. Apollon poursuit donc Daphné jusqu'à l'épuisement. Daphné implore son père de lui venir en aide : celui-ci la métamorphose en laurier pour la soustraire à Apollon. Dès lors, Apollon voue un culte au laurier.

     

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    Comparaison de textes

     

    Ovide - Les Métamorphoses, I, 540-559

    Dans le livre I de son long poème épique et mythologique, Ovide évoque les premiers temps de l'humanité et en particulier l'épisode du combat d'Apollon contre le serpent Python pour la possession du sanctuaire de Delphes ; pour justiier la distribution de couronnes de lauriers aux vainqueurs des jeux Pythiques, il en vient à raconter le mythe étiologique de Daphné.

    Frappé par la flèche de Cupidon, Apollon tente en vain de fléchir la belle Daphné, mais elle s'enfuit pour lui échapper.

     

     

    Qui tamen insequitur pennis adiutus Amoris,
    ocior est requiemque negat tergoque fugacis
    inminet et crinem sparsum cervicibus adflat.
    Viribus absumptis expalluit illa citaeque
    victa labore fugae spectans Peneidas undas
    « fer, pater, inquit, opem ! si flumina numen habetis,
    qua nimium placui, mutando perde figuram !»
    Vix prece finita torpor gravis occupat artus,
    mollia cinguntur tenui praecordia libro,
    in frondem crines, in ramos bracchia crescunt,
    pes modo tam velox pigris radicibus haeret,
    ora cacumen habet : remanet nitor unus in illa.
    Hanc quoque Phoebus amat positaque in stipite dextra
    sentit adhuc trepidare novo sub cortice pectus
    conplexusque suis ramos ut membra lacertis
    oscula dat ligno ; refugit tamen oscula lignum.
    Cui deus : «At, quoniam conjunx mea non potes esse,
    arbor eris certe, dixit, mea ! semper habebunt
    te coma, te citharae, te nostrae, laure, pharetrae.» 
      Le dieu paraît voler, soutenu sur les ailes de l'Amour ; il poursuit la nymphe sans relâche ; il est déjà prêt à la saisir ; déjà son haleine brûlante agite ses cheveux flottants. Elle pâlit, épuisée par la rapidité d'une course aussi violente, et fixant les ondes du Pénée : « S'il est vrai, dit-elle, que les fleuves participent à la puissance des dieux, ô mon père, secourez-moi ! ô terre, ouvre-moi ton sein, ou détruis cette beauté qui me devient si funeste !» À peine elle achevait cette prière, ses membres s'engourdissent ; une écorce légère presse son corps délicat ; ses cheveux verdissent en feuillages ; ses bras s'étendent en rameaux ; ses pieds, naguère si rapides, se changent en racines, et s'attachent à la terre : enfin la cime d'un arbre couronne sa tête et en conserve tout l'éclat. Apollon l'aime encore ; il serre la tige de sa main, et sous sa nouvelle écorce il sent palpiter un cœur. Il embrasse ses rameaux ; il les couvre de baisers, que l'arbre paraît refuser encore : « Eh bien ! dit le dieu, puisque tu ne peux plus être mon épouse, tu seras du moins l'arbre d'Apollon. Le laurier ornera désormais mes cheveux, ma lyre et mon carquois.»

     

     

    Michèle Corti (Marcek) - Apollon et Daphné - 11/04/2005

    Michèle Corti est une enseignante à la retraite qui actuellement écrit des poèmes.

     

     

    Cours, Daphné, ta robe vole
    Tes genoux sont découverts
    Il jette un regard frivole
    Sur tes appâts, l’œil pervers !

    Mais tu ne veux pas de lui
    Haletante, tu le fuis
    Appelant à ton secours
    Ton père et tout son amour

    Cours, Daphné, ta robe vole
    Tes cheveux sont emmêlés
    Par le souffle vif d’Eole
    Qui rit de te décoiffer

    Apollon déjà te touche
    Tu frissonnes de dégoût
    Il voudrait boire à ta bouche
    Mais tu as trop peur du loup !

    Cours , Daphné, ta robe vole
    Ton sein palpite si fort
    On croirait que tu t’envoles
    Bel oiseau prenant l’essor
      Fuis dans la forêt profonde,
    Rejoins le fleuve et ses ondes
    Si ton père entend ta voix
    Il te sauvera , je crois

    Cours, Daphné, ta robe vole
    Les buissons l’ont déchirée
    Tu sens que toujours te frôle
    Ce souffle précipité

    Au loin, le fleuve scintille :
    « Père, père, sauvez-moi ! »
    -Qu’arrive-t-il à ma fille,
    Qui la poursuit dans le bois ?

    Alors survient un prodige
    La nymphe est enracinée :
    De ses bras montent les tiges
    D’un invincible laurier !

     

    Si nous ne comparons que les deux scènes de métamorphoses, nous pouvons constater que le texte d'Ovide est plus long et détaillé que celui de Michèle Corti. Ovide décrit une métamorphose construite et très sensuelle, alors que Michèle Corti ne s’attarde pas sur les détails : c’est rapide, simple et efficace. La version du mythe que j’ai le plus aimée est cette fois-ci celle d’Ovide, j’ai beaucoup aimé la façon dont il a raconté l’histoire. La version de Michèle Corti me fait penser à une chanson qui rend bien compte de la fuite légère de Daphné mais moins bien de sa transformation en laurier.

      

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    Galerie d'images

     

    Contrairement au Mythe de Myrrha et de Philémon et Baucis, celui de Daphné a inspiré très tôt les artistes, qui représentent sa métamorphose dès l’antiquité.

     


    La capture de Daphné - Fresque du triclinium de la maison de Marcus Lucretius - 60-79 apr. JC
    Musée archéologique national de Naples

     

     

    Apollon et Daphné - Mosaïque romaine de la fin du IIIe s. apr.JC - Antioche s/Oronte
     Princeton University

     

     

    La métamorphose de Daphné - Tempera sur bois du maître du Jugement de Pâris
    Moitié du XVe siècle - Barber Institute of Fine Arts - University of Birmingham
     

     

     

    Apollon et Daphné
    Gravure d'Agostino Veneziano
    1515
    Metropolitan Museum of Art
     

    A partir de la Renaissance, les personnages sont dénudés comme les statues antiques que l'on recommence à apprécier, et les artistes s'intéressent davantage au problème technique que pose la représentation de la métamorphose.

           

     

     

    Apollon et Daphné, fresque de Baldassare Peruzzi - 1515-1518 - Villa Farnésine, Rome

     

     

     

    Jacopo Robusti, dit Le Tintoret, Daphné poursuivie par Apollon, 1541-42
    Galleria Estensi, Modène

     

    Apollon et Daphné - Sculpture en marbre du Bernin - 1622-25 - Galerie Borghese - Rome

     

     


    Emma B. et Julie D., 207