• Apollon et Daphné

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    Apollon s’étant moqué d’Éros, le dieu de l’amour, celui-ci se venge en décochant simultanément deux flèches, l’une en or sur le dieu, qui tombe fou amoureux de la belle Daphné, et l’autre en plomb sur la nymphe, ce qui va la faire repousser les avances d’Apollon. La jeune femme, épuisée de fuir, demande à son père, le fleuve Pénée, de lui venir en aide. Celui-ci la métamorphose alors en laurier, qui devient l’arbre d’Apollon, qu’il consacre aux triomphes, aux chants et aux poèmes.

     

    Elle est à bout de forces, livide et, dans sa fuite éperdue,
    vaincue par l'effort, elle dit en regardant les eaux du Pénée :

    « Ô père, aide-moi, si vous les fleuves, avez un pouvoir divin ;
    en me transformant, détruis la beauté qui m'a faite trop séduisante. »

    La prière à peine finie, une lourde torpeur saisit ses membres,
    sa poitrine délicate s'entoure d'une écorce ténue,
    ses cheveux poussent en feuillage, ses bras en branches,
    des racines immobiles collent au sol son pied, naguère si agile,
    une cime d'arbre lui sert de tête ; ne subsiste que son seul éclat.
    Phébus l'aime toujours et, lorsqu'il pose la main sur son tronc,
    il sent encore battre un coeur sous une nouvelle écorce ;
    serrant dans ses bras les branches, comme des membres,
    il couvre le bois de baisers ; mais le bois refuse les baisers.

    Le dieu lui dit : « Eh bien, puisque tu ne peux être mon épouse,
    au moins tu seras mon arbre ; toujours, tu serviras d'ornement,
    ô laurier, à mes cheveux, à mes cithares, à mes carquois.
    Tu accompagneras les généraux du Latium, quand une voix joyeuse
    chantera leur triomphe, quand le Capitole verra leurs longs cortèges.
    Tu te dresseras aussi, gardien fidèle, à l'entrée du palais d'Auguste,
    protégeant le portail orné en son milieu d'une couronne de chêne.
    De même que ma tête reste jeune avec sa chevelure intacte,
    toi aussi, laurier, porte comme un honneur un feuillage toujours vert. »
    Péan en avait terminé ; le laurier approuva de ses branches
    à peine formées et on le vit agiter sa cime comme un signe de tête.

    (Ovide, Métamorphoses, I, 543-567)

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    Apollon et Daphné

     
    Apollon et Daphné
    Antonio Pollaiuolo (1432-1498)
    et Piero Pollaiuolo (1443-1496)
    Peinture à l'huile sur bois
    1470-1480
    National Gallery, Londres
     
    Cette peinture à l'huile a été peinte entre 1470 et 1480 par deux frères, Antonio et Piero Pollaiuolo, contemporains du jeune Botticelli. Elle est typique de la Renaissance italienne et florentine.

     

     

    Elle représente le moment où Daphné, attrapée par Apollon, se métamorphose en laurier. La nymphe occupe le premier plan ; son pied gauche est déjà enraciné dans le sol et ses bras se sont transformés en deux bouquets de feuillage épais, qui occupent une bonne partie du ciel et remplissent le tableau. La scène est dramatique, car Apollon voit la femme qu’il aime se transformer en laurier.

    Les couleurs du tableau sont assez contrastées. Apollon et Daphné ont la peau claire, Daphné a de longs cheveux blonds, elle est vêtue d’une longue robe bleue avec des reflets argentés. Apollon porte une tunique marron et des sandales beige. Le feuillage foncé de Daphné s'oppose au carmin et au brun-olive foncé des habits d'Apollon.

    Autour d'Apollon et Daphné, le paysage est assez sombre, tandis qu'à l’arrière-plan les couleurs sont claires. Un fleuve serpente entre des arbres jusqu'aux montagnes que l’on peut apercevoir plus loin. Ce paysage est serein et s'oppose à la scène plus dramatique qui se déroule au premier plan.

     

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    Apollon et Daphné

     

    Apollon et Daphné
      Cette sculpture en ronde bosse fait partie d'un ensemble de quatre, commandé à Gian Lorenzo Bernini par le cardinal Scipion Borghese. Celle-ci suit immédiatement l'exécution du groupe de l'Enlèvement de Perséphone, et témoigne de la même virtuosité du jeune artiste de vingt-quatre ans à travailler le marbre en en faisant oublier toute la difficulté.
    Le Bernin (1598-1680)  
    Groupe de marbre  
    1622-1625  
    Galerie Borghese, Rome  

     

    Ce thème est assez souvent représenté en peinture, mais beaucoup moins en sculpture, car il est très difficile de reproduire la tension de la scène et la transformation de la nymphe en laurier. C'est pourtant ce que réussit Le Bernin, avec des surfaces alternées polies, rugueuses et ciselées.

    Ce groupe représente Daphné en pleine métamorphose de laurier, et Apollon accroché à elle. Le visage de Daphné est effrayé, elle a la bouche ouverte pour crier. Ses pieds se transforment en racines et l’écorce commence à l’envelopper par le bas du corps. Ses mains deviennent des branches de laurier et ses cheveux se transforment peu à peu en branches de laurier.

     

    Apollon et Daphné     Apollon et Daphné

     

    Apollon a l’air surpris, étonné, et surtout impuissant face à cette métamorphose. Il est toujours accroché à Daphné et selon Ovide, la main d'Apollon pouvait toujours sentir battre son cœur. Cette sculpture est un chef d’œuvre baroque car les personnages sont expressifs et la composition du groupe toute en courbes et torsions lui donne une exceptionnelle impression de mouvement, qui fait oublier la rigidité du marbre.

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    Apollon et Daphné
    Théodore Chassériau (1819-1856)
    Peinture à l'huile sur toile
    Vers 1844
    Musée du Louvre
     
      Apollon et Daphné

     

     

    Dans un décor boisé, assez sombre et froid, on peut voir Daphné en pleine transformation : ses pieds se sont déjà transformés en racines et l’écorce l’envahit jusqu’au genou. Mais contrairement aux deux œuvres précédentes, tout le haut de son corps n'est pas encore concerné par la métamorphose, de sorte qu'elle apparaît encore comme très humaine.

    Elle est représenté nue, debout, de face, et Apollon l’enlace par la taille : on peut le reconnaître grâce à la lyre accrochée dans son dos. Il est agenouillé devant elle, comme un suppliant. Ce tableau est donc dramatique mais en même temps ironique, car il y a une inversion des rôles par rapport au mythe d'origine : c'est maintenant le dieu qui supplie la nymphe, alors qu’elle est hautaine et froide envers lui.

     


    Chloé J., 217


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