• Apollon à Delphes

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    « Quoique le feu soit ennemi de l'eau, la vapeur humide engendre toute chose, et l'alliance de deux éléments contraires est le principe de la génération. Ainsi, couverte encore des fanges du déluge et profondément pénétrée par la chaleur du soleil, la terre produisit d'innombrables espèces d'animaux : les uns reparaissaient sous leurs formes primitives, les autres voyaient le jour pour la première fois. Elle fut aussi condamnée à t'engendrer, monstrueux Python, serpent inconnu sur la terre, effroi de ses nouveaux habitants, tant sur les flancs d'un mont, sa masse énorme occupait d'espace ! Le dieu qui porte l'arc ne s'était jusqu'alors servi de ses flèches que contre les daims et les chevreuils aux pieds légers : il en accabla le monstre, épuisa sur lui son carquois et lui fit vomir, par mille blessures livides, son sang et ses poisons ; et, de peur que le temps n'effaçât le souvenir d'une si belle victoire, il institua des jeux solennels, qui furent appelés Pythiques, du nom du serpent vaincu. Le jeune athlète, vainqueur dans ces jeux, à la lutte, à la course à pied, ou à celle du char, recevait une couronne de chêne, symbole de l'honneur. Le laurier n'existait pas encore, et la blonde chevelure d'Apollon empruntait indifféremment sa couronne à toutes sortes d'arbres. » (Ovide, Métamorphoses, I, 430-449)

     

    L’origine du surnom d’Apollon Pythien est donc due à un combat qu’il a remporté à Delphes contre le gigantesque serpent Python. En effet, selon la légende, Python gardait la ville de Delphes et son oracle. C’était le persécuteur de Léto, la mère d’Apollon et Artémis, qui était enceinte de Zeus. Elle accoucha des deux jumeaux sur l’île de Délos. Une fois adulte, Apollon voulut venger sa mère et partit combattre le serpent. Après sa victoire, Delphes devient un sanctuaire dédié à Apollon. La Pythie est sa prophétesse, et rend ses oracles dans son temple, assise sur un trépied. On institue aussi les jeux Pythiques, tenus tous les quatre ans pour commémorer le triomphe du dieu sur le serpent. La compétition inclut des épreuves athlétiques, mais aussi poétiques et musicales.

     

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    Apollon à Delphes  
    Apollon vainqueur du serpent Python
    Eugène Delacroix (1798-1863)
    Peinture centrale du plafond
    de la Galerie d'Apollon (détail)
    8 m x 7,50 m
    1850-1851
    Musée du Louvre
     

    Cette grande composition a été réalisée par Eugène Delacroix de 1850 à 1851, à la demande de l’architecte Félix Duban, qui avait pour mission de rénover la galerie d’Apollon, au musée du Louvre. Celle-ci, commencée en 1661 par l'architecte Louis Le Vau avec un programme iconographique de Charles Le Brun, était destinée à célébrer la gloire de Louis XIV, le roi Soleil. Mais à cause du transfert de la cour à Versailles, elle était restée inachevée en 1679. Delacroix fit donc partie de ceux qui, au milieu du XIXe siècle, furent chargés de la compléter.

     

    Représentant la lutte entre Apollon et le serpent Python, cette peinture s'inscrit dans le registre épique, qui met en scène des personnages surnaturels et des combats titanesques entre des forces divines.

    Le fond de la toile est bleu, des personnages sont représentés en cercle, dans des habits de couleurs vives pour la plupart, comme le jaune, le vert, le rouge, le rose et l’orange. Au centre du cercle formé par ces personnages, Apollon figure sur un char tiré par deux chevaux. Il est valorisé par le halo de soleil peint autour de lui, qui rappelle sa fonction de dieu du Soleil. Il tient un arc pointé vers le grand serpent Python en dessous de lui, en direction duquel il vient de décocher une flèche.

    Le serpent est représenté en vert foncé, et sa puissance se traduit par une taille colossale par rapport aux autres protagonistes de la peinture, ses multiples anneaux très impressionnants et sa gueule ouverte qui semble cracher du feu. Peut-être Delacroix connaissait-il les vers de la Thébaïde, du poète latin Stace, qui le décrivent ainsi :

    « Un monstre au corps immense, aux écailles d'azur, le serpent Python, né de la terre, embrassait sept fois la ville de Delphes de ses sombres replis, et broyait, en les touchant, les chênes les plus vieux : au moment où, altéré de ces eaux qui alimentent son noir venin, il ouvrait une large gueule, et plongeait sa langue fourchue dans la fontaine de Castalie, le dieu du jour, épuisant sur lui toutes les flèches de son carquois, l'étendit roide mort dans les plaines de Cyrrha, où cent arpents contenaient à peine son corps. » (Stace, Thébaïde, I, 562-68)

     

    Delacroix a placé le serpent en bas et au centre de la composition, et Apollon se trouve au-dessus de lui, pour montrer sa domination sur le Python.

     

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    Egée consulte la Pythie
    Kylix attique à figures rouges
    Peintre de Codros
    Vers 440-430 av.JC
    Antikensammlung, Berlin
     

     

     

     

    Kylix de la Pythie

     

    Une kylix est un vase peu profond et évasé, qui servait autrefois à boire du vin pendant des banquets. Celle-ci est attique, donc provenant de la région d’Athènes. Pour la réaliser, l’artiste a utilisé la technique de la céramique à figures rouges, qui permet de faire particulièrement ressortir les personnages représentés, grâce au fond sombre.

    Dans la religion grecque antique, la Pythie est la prêtresse de l’oracle de Delphes. La délivrance de ses oracles avait lieu une fois par an, au-dessus du gouffre, le jour de l’anniversaire de la naissance d’Apollon. Son nom a pour origine le Python qui vivait dans une grotte sur laquelle se trouve actuellement le sanctuaire dédié à Apollon, après sa victoire contre le terrible serpent.

     

    La pythie sur son trépied

     

    Le centre circulaire de cette kylix, appelé tondo, représente Egée, roi d’Athènes, venu demander un oracle à la devineresse. Tous deux se trouvent sous la colonne d’un temple. Autour d’eux, le contour est décoré de motifs de frises grecques fréquents à cette époque.

    A gauche, la Pythie est assise sur un trépied sacrificiel, un meuble religieux à trois pieds fait de marbre. Celui de Delphes est le plus célèbre de la Grèce antique. Lorsque la devineresse n’était pas assise dessus, on y déposait une branche de laurier, l'un des principaux attributs du dieu du Soleil. Elle est pieds nus et recouverte de voiles, en position de divination. Elle a les yeux baissés vers une coupe qu’elle tient dans sa main gauche. Dans celle de droite, elle tient une feuille de laurier, car c’est le symbole du dieu Apollon. Le protagoniste de droite est Egée. Il est barbu et porte une tunique. Lui aussi porte une couronne de laurier, en hommage à Apollon.

    Lors des consultations, la prêtresse se cachait des consultants et tombait en état de transe, comme si le dieu prenait possession de son corps. Son langage était oblique, ses oracles n’étaient pas compréhensibles par les simples mortels : des prêtres devaient donc être présents pour interpréter l’oracle, et le transmettre par écrit aux consultants.

     

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    Le sanctuaire de Delphes

     

    Un sanctuaire est un lieu saint, composé de plusieurs édifices religieux à des titres divers. Celui de Delphes était composé d’une vingtaine de bâtiments étagés sur les flancs du mont Parnasse, et situés le long de la « Voie Sacrée », la route par laquelle on accédait au temple d'Apollon. Dans ce sanctuaire se trouvait également le temple d’Athéna Pronaia, qui avait pour mission de protéger le site.

     

    Apollon à Delphes

     

    L’édifice le plus important du sanctuaire était le temple d’Apollon, dédié au dieu à la suite de sa victoire sur le Python. Ce temple logeait la statue du dieu du Soleil, ainsi que l’oracle de Delphes. Il était placé en hauteur, sur la pente de la montagne, de manière à ce que tout le monde puisse le voir, même de loin. Cinq temples ont précédé celui dont il nous reste aujourd'hui des ruines, et qui a été construit au IVe s. av.JC. L’autel du sanctuaire, une table en pierre sur laquelle on déposait les offrandes, était placé à l’entrée du temple d’Apollon.

     

    Apollon à Delphes

     

    Le sanctuaire comptait également des annexes comme le théâtre, le stade, l’hippodrome et le gymnase, où avaient lieu les célébrations des divinités. On y pratiquait aussi les jeux Pythiques, qui avaient lieu tous les quatre ans pour commémorer le triomphe d’Apollon sur le Python. La compétition incluait des épreuves athlétiques comme de la gymnastique, de la lutte mais aussi des épreuves poétiques et musicales.

     

    Apollon à Delphes

     

    On peut aussi voir dans ce sanctuaire des trésors. Ce sont des édifices édifiés sur le site à l'occasion d’événements importants. Ils sont particulièrement nombreux à Delphes, car on en compte une vingtaine. C’étaient des offrandes, mais aujourd’hui, ce sont leur architecture et leur sculpture architecturale qui ont de la valeur. Le trésor des Athéniens semblait être le plus important  il a été construit pour commémorer la victoire de Marathon. On y voit des panneaux architecturaux appelés métopes, représentent les exploits des demi-dieux Héraklès et Thésée.

     


    Clémence R., 217


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