• Achille et Briséis

    Le sacrifice d'Iphigénie   Menu Guerre de Troie   La mort de Patrocle

     

    Dès le début de l'Iliade, Homère évoque l'histoire de Briséis, femme du roi Mynès. Pendant la guerre de Troie, ce dernier est tué et Briséis est amenée au grec Achille, avec qui elle entretient une relation amoureuse. Cependant, Agamemnon a enlevé de son côté Chryséis, la fille du prêtre d'Apollon. Pour manifester sa colère, le dieu accable le camp grec d'une terrible épidémie de peste. Afin d'arrêter ce fléau, Agamemnon accepte de rendre sa captive au prêtre, mais en échange il fait enlever Briséis. Achille entre alors dans une colère noire, décide d'arrêter de combattre et se retire sous sa tente, mettant ainsi en péril l'armée grecque. Il ne reprendra le combat que plus tard, lorsque Patrocle sera tué.

     

     

    Fresque de Pompéi

         
    Les adieux d'Achille et Briséis   Cette fresque a été trouvée à Pompéi, dans la Maison du Poète Tragique, également appelée Maison d'Homère à cause de ses nombreuses fresques inspirées de l'Iliade. Mais en réalité, il s'agirait de la maison d'un riche joaillier, c'est-à-dire d'un homme créant et vendant des bijoux précieux.​   
    Fresque de Pompéi  
    Maison du poète tragique  
    Milieu du Ier s. apr.JC  
    Musée national de Naples  

     

    L'épisode représenté correspond au moment où Patrocle, fidèle ami d'Achille, attire vers lui Briséis afin de l'amener à suivre les deux hérauts, Talthybios et Eurybate, qui, eux, doivent la conduire à Agamemnon en tant que prisonnière.

    Les trois personnages les plus connus présents sur cette fresque sont Achille à gauche, Patrocle au centre, et Briséis à droite. Tous les trois sont au premier plan, mais disposés de manières différentes. Achille est assis, simplement vêtu d'un drap sur les genoux. Il regarde vers la droite de la fresque, en direction de Briséis. Patrocle, également torse nu, est de dos, et tente d'attirer à lui Briséis, qui, elle, est vêtue de blanc, et baisse le regard en s'essuyant les yeux du voile qu'elle tient de la main droite. A l'arrière-plan, sept soldats grecs (dont un sans casque) sont regroupés et s'occupent, donnant une impression de désorganisation sur la fresque.

    Le plan utilisé est un plan rapproché à la taille, et les lignes directrices du tableau sont verticales, nous pouvons le voir grâce aux piquets de la tente et aux lances, à l'arrière des soldats, mais aussi grâce aux nombreux personnages représentés, confirmant ainsi l'idée de foule désorganisée de la fresque. Ces lignes donnent un aspect presque rigide à l’œuvre, bien que le geste de Patrocle (avec son bras) donne du mouvement à la scène.

    Le personnage le plus important de cette œuvre semble Achille : il est le plus éclairé, en opposition avec Patrocle, plus sombre, vu de dos, et avec Briséis, qui, bien qu'habillée de blanc, occupe peu de place sur la fresque, et est donc moins mise en valeur. De plus, nous distinguons de manière plus précise le visage d'Achille, et plus particulièrement l'émotion qui s'en dégage. Ainsi, il regarde Briséis, d'un air presque indifférent, voire sévère (une impression qui nous donnée par sa bouche, comme s'il serrait les dents, en colère : cette colère qui sera fatale à l'armée grecque par la suite). Cependant, il a aussi l'air pensif, ce qui donne à penser que le héros souffre malgré tout de la séparation d'avec son amante.

    « Allez à la tente d'Achille, fils de Pélée; saisissez-vous de la belle Briséis, et amenez-la en ces lieux. Si l'on refuse de vous la livrer, j'irai moi-même l'enlever, suivi de mes nombreux compagnons, ce qui sera plus outrageant encore. » II dit, et les renvoie en joignant à cet ordre un langage menaçant. Les deux envoyés, suivant à regret les rivages de la mer stérile, arrivent près des tentes et des vaisseaux des Myrmidons. Ils trouvent Achille assis devant sa tente et son sombre navire. En les voyant, il est saisi de douleur. Ceux-ci, troublés et pleins de respect pour ce prince, s'arrêtent, et n'osent lui adresser la parole.» Homère, Iliade, Chant 1

    Nous avons choisi cette fresque car son ancienneté nous offre une vision plus authentique de la scène représentée : elle n'a pas été modifiée ni embellie au cours du temps par des peintres plus contemporains.

     

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    Briseis de Tiepolo

         
    La villa de Valmarana a été achetée en 1715 par Giustino Valmarana, qui l'a transformée en palais baroque à trois corps de bâtiments. Il a confié à Giambattista Tiepolo le soin de représenter des épisodes épiques et sentimentaux de l'Iliade, de l'Enéide et du Roland Furieux sur des fresques ornant le bâtiment de la Palazzina, dans un style sublime en trompe l'oeil. Cette fresque de Briséis fait partie du même ensemble que celle d'Iphigénie.   Eurybatès et Talthybios mènent
    Briséis à Agamemnon
      Giambattista Tiepolo (1696-1770)
      Fresque en trompe l'œil
      H: 300 x l: 280 cm
      1757
      Villa Valmarana, Vicenza, Italie

     

    Nous apercevons quatre personnages importants sur cette fresque : Agamemnon, que l’on identifie dans sa riche armure, de dos au premier plan, regardant arriver Eurybatès et Talthybios qui ont enlevé Briséis à Achille sur son ordre. On devine un cinquième personnage, lui aussi de dos, à côté d'Agamemnon, probablement un soldat. Cette scène montre la victoire d’Agamemnon, qui a réussi à enlever Briséis à Achille, mais la tristesse que l’on peut lire sur le visage de la jeune femme rend la scène pathétique.

    Les personnages sont moins mis en valeur que sur la fresque de Pompéi : Agamemnon est représenté au premier plan mais de dos, et Briséis et les hérauts ne sont qu’au second plan. Néanmoins, les couleurs de la fresque sont très pâles, ce qui fait particulièrement ressortir Briséis, vêtue de blanc, dont la couleur attire l’attention du spectateur, sensibilisé en outre par la position de sa tête penchée.

    Les lignes directrices de la fresque sont verticales : les personnages sont droits, et cette verticalité est renforcée par les colonnes aux bords de la fresque, qui créent un effet de trompe l'œil. Néanmoins, les tentes à l’arrière-plan mettent Briséis et les hérauts en valeur, grâce à leurs lignes en diagonale, qui centrent Briséis. Nous pouvons également observer que ces mêmes tentes rappellent Achille, qui, une fois Briséis enlevée, est retourné dans sa tente et va refuser de combattre jusqu’à la mort de son ami Patrocle. Cette colère est approuvée par sa mère, Thétis, qui se rend auprès de Zeus dans l'attitude de la supplication :

    « Devant lui elle s'assit, saisit ses genoux de la main gauche, et, de la droite le touchant sous le menton, suppliante, adressa ces paroles à Zeus, le roi fils de Cronos : «Zeus, père, si jamais, parmi les immortels, je t'ai plu par mes paroles ou mes actes, exauce ce voeu. Honore mon fils, qui, entre tous, a le destin le plus court. Or, voilà que le roi de guerriers Agamemnon l'a déshonoré ; il lui a pris et détient sa récompense, qu'il a de lui-même ravie. Honore mon enfant, Olympien, Zeus prudent. Aux Troyens donne l'avantage, jusqu'à ce que les Achéens honorent mon fils et lui accordent plus d'honneurs. » Homère, Iliade, Chant 1

    Nous avons choisi cette œuvre, parce que nous avons pensé qu'il était intéressant de travailler sur un peintre célèbre comme Tiepolo, qui a représenté plusieurs scènes de la guerre de Troie dans cette magnifique villa italienne de Valmarana. De plus, cette fresque contraste avec celle de Pompéi, qui a une tonalité plus sombre.

     

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     Achille et Briséis de Deshays

         
    Briséis entraînée de la tente d'Achille   Cette peinture au cadrage très serré constituait en fait une étude pour le carton d'une tapisserie de taille bien plus importante, intitulée La colère d'Achille, qui faisait elle- même partie d'un ensemble de six tapisseries, inspirées de l'Iliade, exécutées par la manufacture de Beauvais. L'un de ces ensembles fut offert au roi de Sardaigne en 1761.
    Jean-Baptiste Deshays (1729-1765)  
    Peinture à l'huile sur toile  
    H: 83 x l: 78,5 cm  
    vers 1761  
    Musée des Augustins - Toulouse  

     

    Sur le tableau sont présents trois personnages : au centre, Briséis est entourée des deux hérauts (c'est-à-dire des officiers chargés de délivrer d'importants messages), Talthybios et Eurybate. Il s'agit donc de la scène dans laquelle Briséis est enlevée à Achille sur ordre d'Agamemnon.

    « A ces mots, Patrocle obéit aux ordres de son ami ; il conduit, hors de la tente, la belle Briséis, et la remet aux hérauts qui s'en retournent vers les vaisseaux achéens, en emmenant cette jeune fille qui les suit à regret. Alors Achille, séparé de ses compagnons, s'assied en pleurant sur les rivages de la mer blanchissante, et contemple le noir Océan ; puis, étendant les mains, il invoque à haute voix sa mère bien-aimée. »  (Homère, Iliade, chant I)

    Cette scène montre la douleur de la séparation de Briséis avec Achille. En effet, cette dernière se tourne vers un des hérauts et pleure sur son bras, tandis que le deuxième messager tourne la tête d'un air accablé.

    Briséis est le personnage le plus important de la scène : elle occupe le plus de place sur le tableau, au centre de l’œuvre. De plus, elle est très lumineuse, habillée de blanc, en opposition avec les teintes plutôt sombres des officiers. Même l'arrière-plan de couleur bleue de la peinture semble contraster avec l'héroïne. Ces différences de teintes peuvent s'expliquer par la différence de « rôle » des personnages : Briséis est vêtue de blanc, symbolisant la pureté et l'innocence. En outre, elle est aussi mise en valeur grâce au cadrage utilisé. Effectivement, le plan rapproché (à la taille) permet de se focaliser sur les trois personnages et sur leurs émotions uniquement.

    Parmi les lignes directrices de cette œuvre, on observe que les hérauts sont également en opposition avec Briséis : ils paraissent rigides et immobiles (lignes verticales), alors que Briséis donne une impression de mouvement au tableau (ligne en diagonale). Toutes ces informations donnent à voir une scène d' « adieux déchirants », évidemment renforcée par les larmes de Briséis.

    Ce tableau, bien qu'éclairé et lumineux grâce aux teintes claires utilisées, représente donc un épisode plutôt sombre de la guerre de Troie. Nous l'avons choisi principalement pour sa représentation très réaliste. En effet, contrairement à la fresque de Pompéi (datant de l'antiquité), les personnages sont si proches de la réalité que cette peinture ressemble à une photographie, en particulier grâce aux visages des hérauts. Nous avons aussi choisi cette image en opposition avec l’œuvre de Tiepolo, qui, bien que datant de la même époque, prend du recul par rapport aux personnages. Effectivement, cette dernière représente la même scène, mais d'un point de vue plus éloigné ; contrairement à celle de Deshays, qui, elle, nous permet de voir le détail des personnages, et de nous focaliser sur leurs émotions.

     


    Sanaé G. et Daphné K., 1S6


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